Afrique: A propos du sommet de Sotchi

La rencontre entre le président Vladimir Poutine et les très nombreux dirigeants africains invités à débattre, cette semaine, à Sotchi, sur les rives de la mer Noire, marque indiscutablement un tournant dans la conduite de la politique étrangère russe. Ou, plus exactement, le retour à ce qui fut, pendant des décennies, l'un des fondamentaux de la diplomatie soviétique, à savoir le resserrement des liens entre l'Afrique et la Russie.

Concentrés sur la remise en ordre de leur gouvernance interne consécutive à l'effondrement de l'URSS survenu dans la dernière décennie du siècle précédent, les héritiers des Tsars, de Staline et de Gorbatchev avaient à juste titre relégué la diplomatie au second rang de leurs priorités, s'attachant à panser les blessures internes et surtout les cassures économiques provoquées par le régime communiste. Ils avaient, ce faisant, relégué la Russie au deuxième rang des grandes puissances et laissé les Etats-Unis imposer leur loi dans la sphère mondiale avec l'aide des nations de la vieille Europe. Résultat de ce tournant historique, Moscou, concentré sur ses propres problèmes, avait dû, sinon se retirer de la scène internationale, du moins accepter de n'y jouer qu'un rôle secondaire.

Or voici que le redressement de l'économie russe et la politique de réforme interne conduite trois décennies durant sous l'impulsion directe ou indirecte de son président actuel, Vladimir Poutine, a produit plus vite et plus fortement que prévu les effets espérés. Une révolution interne qui a eu comme résultat le mouvement historique auquel nous assistons maintenant : celui de la réaffirmation, face à la Chine et aux Etats-Unis, de la place que la Russie entend occuper dans la gouvernance mondiale. Et naturellement l'Afrique redevient, dans ce nouveau contexte, le partenaire privilégié de la Russie.

Tout indique donc aujourd'hui que le sommet de Sotchi débouchera sur des accords avec les Etats du grand Sud qui feront à nouveau de la Russie l'un des partenaires les plus actifs du continent africain. Ceci est d'autant plus probable que nombreux sont les dirigeants et les cadres supérieurs africains qui ont été formés dans les universités russes, lorsque le marxisme et le communisme étaient perçus en Afrique, en Asie et ailleurs dans le Tiers-Monde comme la voie la plus sûre pour résoudre rapidement les problèmes du sous-développement.

Misant désormais à fond sur la proximité ainsi créée entre les deux continents, Vladimir Poutine va mettre tout en œuvre pour que la Russie redevienne l'un des principaux acteurs de l'émergence africaine. Et il a toutes les chances d'y parvenir étant donné le legs du passé dont il a hérité.

Il n'est pas inutile de souligner, dans ce nouveau contexte, que la Russie joue, comme on dit, à fond la carte intellectuelle, culturelle, artistique tout comme l'a fait dans le passé et continue plus que jamais de le faire la France. En témoigne tout particulièrement le dynamisme du Centre culturel russe à Brazzaville, qui multiplie les rencontres, les débats, les expositions et qui, de façon très significative, a célébré avec éclat dans ses locaux, il y a quelques jours, le cent trente- neuvième anniversaire de la création de Brazzaville par Pierre Savorgnan de Brazza.

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