Afrique: Sommet Russie-Afrique - Le retour de « l'Ours » après une longue hibernation

Sommet et Forum Économique Russie-Afrique

Cette fois-ci, c'est le tour de la Russie. La France, les USA, le Japon, l'Inde, le Brésil et la Turquie avait chacun son rendez-vous périodique avec l'Afrique.

Après une longue période de rupture avec le continent, aujourd'hui sous le coup de sanctions des Occidentaux suite à son intrusion en Crimée, face à l'offensive diplomatique et économique du Dragon chinois, « l'Ours russe » n'entend pas rester en marge de la ruée des puissances internationales vers l'Afrique. Surtout pas avec un Vladimir Poutine nostalgique de l'ère et de la grandeur soviétiques.

Pour ce premier Sommet Russie-Afrique qui s'ouvre aujourd'hui mercredi 23 octobre 2019, le chef du Kremlin a mis les petits plats dans les grands.

En effet, Sotchi, la ville hôte située au bord de la mer Noire, a subi un lifting à la hauteur de l'événement qui doit accueillir près de dix mille personnes, des hommes d'affaires, notamment une cinquantaine de dirigeants africains.

Le Sud-Africain Cyril Ramaphosa, l'Ivoirien Alassane Ouattara, le Malgache Andry Ramaphosa, dont le pays est devenu un véritable « œil de Moscou » en raison de la forte présence des services des renseignements russes, le Malien Ibrahim Boubacar Kéïta, le Burkinabè Roch Marc Christian Kaboré et l'Egyptien Abdel Fattah al-Sissi, qui coprésidera le Sommet avec Poutine en sa qualité de président en exercice de l'Union africaine, pour ne citer que ceux-là, goûteront aux douceurs du climat méditerranéen de cette cité balnéaire jadis prisée par les tuberculeux.

C'est une rencontre qui consacre à la fois le retour politique, économique et militaire de la Russie sur un continent qu'elle a beaucoup fréquenté, du moins à l'époque de l'Union des républiques socialistes soviétiques (URSS).

En effet, après la Seconde Guerre mondiale, sur fond de guerre froide entre les deux Blocs et de vent de décolonisation en Afrique, Moscou avait lui aussi son précarré marxiste-léniniste qui s'étendait du Mozambique au Bénin, en passant par le Mali, Madagascar, la Libye et l'Ethiopie.

Les nouveaux tsars rouges, à l'image de Léonid Brejnev, y exportaient leur idéologie et leur modèle de développement collectiviste à coups de kalachnikov.

Qui ne se souvient pas de contingents entiers d'étudiants africains, ces fameux « Soyouzards », bénéficiaires de bourses russes dans des universités soviétiques, notamment l'université Patrice Lumumba de Saint-Pétersbourg ?

C'est donc dire qu'il y a une vieille tradition russe, soviétique si vous préférez, en Afrique, même si la chute du Mur de Berlin, symbole de la dislocation du glacis soviétique, a provoqué le recul du Kremlin sur le « Berceau de l'humanité ».

Trois décennies après, c'est donc un come-back en force que Moscou vient d'amorcer pour rattraper dans une certaine mesure le temps perdu et les avantages économiques, militaires et stratégiques qui vont avec.

De nos jours, ne taille-t-elle pas dans les croupières de la France en République centrafricaine avec une forte présence de ses soldats en échange du diamant, de l'or et de l'uranium, elle qui a déjà signé des accords militaires avec une vingtaine d'Etats sur le continent ?

Au Mali, pris dans la tourmente terroriste, des voix ne s'élèvent-elles pas de plus en plus pour demander l'intervention russe dans la lutte contre ce nouveau fléau ?

Dans un contexte où une certaine opinion critique les relations avec les anciennes puissances coloniales qui confineraient à un marché de dupes et où même des Etats et des dirigeants cherchent à sortir du tête-à-tête franco-africain, il faut reconnaître que le terreau sociopolitique est favorable à un retour de « l'Ours russe » après une longue période d'hibernation.

Mais il faut seulement espérer que ce ne sera pas uniquement pour nous vendre des kalachnikovs, des sukhoï et des MIG, même si, par ces temps qui courent, on peut parier que nombre de participants au Sommet, notamment les chefs d'Etat du G5 Sahel, ne se priveront pas de s'intéresser à ce marché-là et on peut les comprendre.

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Plus de: L'Observateur Paalga

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