Afrique de l'Ouest: Référendum annoncé en Guinée - Chronique d'un projet controversé

23 Octobre 2019

En visite à New York, le 22 septembre dernier, le président Alpha Condé a appelé les Guinéens à se préparer à un référendum et à des élections législatives. Depuis cette annonce, l'opposition qui soupçonnait déjà le chef de l'État de vouloir briguer un 3e mandat, renforcée par la société civile et des syndicats, a battu le rappel de ses troupes pour freiner ce projet à travers notamment des manifestations.

«Maintenant que monsieur Alpha Condé a exprimé publiquement le 23 septembre 2019 sa décision de faire un coup d'État constitutionnel, le FNDC (Front national pour la défense de la constitution) appelle les Guinéens à des manifestations à partir du lundi 14 octobre tant sur le territoire national qu'à l'étranger pour exprimer son opposition totale au projet d'un troisième mandat». C'est Abdourahmane Sanoh, le coordinateur du front anti-référendum et un 3e mandat pour Alpha Condé qui a ainsi donné le ton sur RFI, en réaction à la sortie du président guinéen soupçonné de vouloir modifier la Constitution pour pouvoir à nouveau briguer les suffrages de ses compatriotes à la fin de son deuxième et dernier quinquennat à la tête de son pays.

Et ces contestations du lundi 14 octobre ont été violemment réprimées par les forces de l'ordre, faisant une dizaine de mort dont un gendarme et leurs initiateurs arrêtés. Une semaine après, un tribunal de Conakry a requis des peines de prison allant d'un an ferme à six mois ferme contre certains de ces prévenus, hier mardi.

En effet, alors que le second et dernier mandat du président Condé, selon l'actuelle Constitution de la Guinée qui limite à deux le nombre de mandats, arrive à terme en octobre 2020, début septembre dernier, son Premier ministre, Ibrahima Kassory Fofana, a été chargé d'organiser de larges «consultations» portant en particulier sur la Constitution. Ce qui n'a pas manquer de conforter ceux qui craignaient déjà que le président refuse de quitter le pouvoir en 2020, à la fin de son deuxième et dernier quinquennat. Du coup, ces consultations avaient été boycottées par les principaux partis d'opposition qui parlent de «mascarade».

Et comme si l'histoire semble leur donner raison, en visite à New York, le 22 septembre dernier, le président Alpha Condé a appelé les Guinéens à se préparer à un référendum et à des élections législatives. Depuis cette sortie du chef de l'État guinéen, l'heure est au rappel des troupes dans le camp de ses adversaires politiques et de la société civile réunis au tour du FNDC.

Porté à la magistrature suprême en 2010, Alpha Condé, 81 ans, le premier président démocratiquement élu de Guinée, a souvent contesté la pertinence de la limitation du nombre de mandats dans différents discours. Et le FNDC voit à travers ce projet de révision de la Constitution évoqué par le pouvoir, une manière de permettre à Alpha Condé de se présenter, fin 2020, pour un troisième mandat. Déjà, en mai dernier, Cheick Sako, le Garde des Sceaux, ministre de la Justice guinéen avait démissionné.

Dans sa lettre de démission dont BBCAFRIQUE a reçu une copie, M. Sako fait part de son opposition à la modification de la Constitution qui se prépare en Guinée et à laquelle il n'a pas été associé. La lettre qu'il a rédigée depuis Montpellier, dans le Sud de la France, d'où il avait intégré le gouvernement guinéen en 2014, est datée du 20 mai dernier. Mais c'est seulement lundi 27 mai qu'elle a été publiée.

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