Madagascar: Obsèques - Fafa, l'adieu à un immortel

Les adieux à Famantanantsoa Rajaonarison ou Fafa, membre fondateur du groupe Mahaleo, a été unique, du Palais des Sports à Mahamasina à l'église Tranovato Faravohitra, hier.

Dans le documentaire « Mahaleo » de César Paes et de Raymond Rajaonarivelo (2005), il y a une scène où le groupe se prélassait dans un salon exigu. La discussion portait sur la situation de Dama dans la politique. Si Dadah s'amusait avec son éternel air rigolard, Bekoto écoutait attentivement... Bref, tout le monde manifestait sa position. Sauf Fafah, le « benjamin », il écoutait, le regard amusé, sans doute heureux d'être entouré de ses frères de scène, se taisait dans son coin. Cette image de Famantanantsoa Rajaonarison, membre du groupe Mahaleo, reflétait sa personnalité. Quand dans l'assistance, lors de ses funérailles d'hier, un cousin soufflait. « Ce gars, il n'avait pas d'ennemi, littéralement ». La chose semble se confirmer.

Cette douceur, Fafah l'avait dans sa voix. Quand les Dama, Dadah et Bekoto lui refilaient leurs créations, le Mahaleo à la voix d'or arrivait à en faire des morceaux cultes. Il était né pour chanter. Ce jour d'adieu du 23 octobre sonnait alors comme un old-timey, ces chansons venues du fin fond du Colorado. Celles qui s'éloignent du tumulte de cette vie et surtout d'un pays meurtri. Quelque chose de biblique. Rien qu'en voyant le corbillard arrivé au portail principal du Palais des Sports de Mahamasina dans la matinée, du côté de la boulangerie Gerb'or. La dépouille mortelle a été accueillie par une trentaine d'artistes allant à pied entonnant des airs de Mahaleo. Dans le lot se trouvaient Gothlieb, Tonton Pà, Rainitelo...

Le Premier ministre Christian Ntsay, visiblement affecté par l'ambiance, a été présent avec une forte délégation ministérielle pour porter les mots de soutien du Gouvernement à la famille. Le chef d'institution a ensuite remis le titre de rang de Grand Officier de l'Ordre National à Famantanantsoa Rajaonarison. Une cérémonie émouvante, martiale... Le silence pesait dans la salle.

Au firmament. Vers midi, il a fallu quitter les lieux. Toute l'assistance s'est dressée sur un « Isekely », des mains se levaient en signe d'adieu. Plusieurs artistes étaient présents, Dadalo du groupe Oladad, Erick Manana, Jacquot du rock band Green... Dehors dans les rues, les passants saluaient également la dépouille qui se dirigeait vers l'église Fjkm Tranovato Faravohitra.

Un requiem lourd d'émotion. Le pasteur Lala Emmanuel Ravalinomenjanahary a consciencieusement remonté le moral de la famille, des amis et des compagnons de scène dans son homélie. L'homme d'église a aussi été désigné pour porter les remerciements de la famille. « Vos gestes ont été appréciés, puisque vous n'êtes pas venus par peur ou par fausse honte... Mais vous avez démontré de l'amour... La famille a senti à travers vos regards la peine partagée, les larmes sans aucune hypocrisie et vous êtes encore nombreux à être présents ici à l'église ». Durant le culte, les chansons évangéliques choisies par la famille reflétaient également la personnalité de Fafa. Des chansons d'automne tel un blues d'orphelin : « Jeso Sakaizanay », « He sambatra aho, Jeso »...

Vers 14 h, le cercueil allait se diriger à Rangaina Ilafy où Fafah reposerait à jamais dans sa dernière demeure. Dans la chapelle se trouvaient des compagnons de route comme le fondateur de Media Consulting, un ami du groupe également, Jaobarison Randrianarivony ou encore Jaojoby Eusèbe le roi du salegy. En somme, un adieu émouvant, humain et à l'image de Fafah... Il est désormais parmi les immortels de la musique malgache.

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