Guinée: La tempête Amoulanfé (1) continue de souffler

Les rues de Conakry étaient noires de monde ce jeudi matin à l'appel du Front national pour la défense de la Constitution (FNDC). L'opposition persiste ainsi dans son rejet du projet présidentiel de réforme de la loi fondamentale qui ouvrirait la voie à un troisième mandat à Alpha Condé en fin 2020.

Ces manifestations de rue constituent en fait la phase 2 d'un ensemble d'actions qu'entend mener le FNDC pour contraindre le pouvoir guinéen à renoncer au tripatouillage de la Constitution.

La phase une a consisté à demander aux députés des partis d'opposition de boycotter les sessions du Parlement pour ne pas avaliser le processus unilatéral de relecture de la loi fondamentale. En quoi consistera la phase 3 ? Grève générale ? Opération villes mortes ? Désobéissance civile ?

Ou toutes ces actions à la fois ? En tout cas, les foules de manifestants, sortis nombreux hier, ont administré la preuve que si la justice guinéenne voulait intimider les croquants en condamnant cinq des leaders du FNDC à la prison ferme, de 6 à 12 mois, c'est raté.

De fait, ni cette condamnation des principaux responsables de l'opposition, ni l'arrestation de près de 200 manifestants, ni le fort déploiement des forces de l'ordre dans les principales artères de la capitale n'a démobilisé les mécontents du pouvoir Condé.

Au contraire, l'opposition est visiblement décidée à ne pas s'en laisser compter et continue de mobiliser ses partisans pour faire barrage à un éventuel troisième mandat d'Alpha Condé.

Que va faire alors le locataire du palais de Sékhoutouréya? Trois options s'offrent à lui selon les cas de figure connus de l'évolution politique des pays de la sous-région : primo, Alpha Condé peut encore faire marche arrière et suivre le bon exemple de l'actuel président nigérien, qui, en application des dispositions de la Constitution de son pays, a déjà annoncé qu'il ne briguerait pas un troisième mandat à la fin de celui en cours ; secundo, il peut s'agripper fermement aux rênes du pouvoir comme le Togolais Faure Gnassingbé ou le Tchadien Idriss Deby, au risque de nouvelles pertes en vie humaine avec l'espoir que la tempête anti troisième mandat s'estompera avec le temps ; tertio, l'entêtement du président guinéen pourrait le conduire droit dans le mur et lui faire perdre brutalement le pouvoir comme Blaise Compaoré au Burkina en 2014, ou Mamadou Tandja au Niger en 2010. Le deuxième cas de figure, encore plus le troisième, ne serait pas à l'honneur du dirigeant de la Fédération des étudiants d'Afrique noire française (FEANF) ni de l'opposant intrépide et visionnaire que fut Alpha Condé.

On croise donc les doigts afin que l'autorisation de manifester qui a été accordée à l'opposition ce jeudi soit le début d'un virage en douceur du pouvoir de Conakry.

Il abandonnerait ainsi la voie sans issue du durcissement du régime depuis que l'idée d'un troisième mandat pour Alpha Condé a pollué le climat politique dans le pays.

On observera alors jusqu'où peut aller ce virage en douceur du pouvoir Condé en ayant à l'esprit que pour le FNDC, il n'est pas question de relâcher la pression tant que le projet de réforme constitutionnelle n'est pas abandonné.

C'est dire que c'est un calme en trompe-l'œil qui a entouré les manifestations d'hier en Guinée. La tempête anti troisième mandat n'est pas près de s'estomper.

(1) : Expression en langue nationale guinéenne, Sosso, qui veut dire « ça ne passera pas »

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