Congo-Brazzaville: Musique - Michel Ngongo lance "+243"

Le nouvel opus du pianiste, un instrumental de dix titres sorti le 26 octobre et intitulé comme le préfixe téléphonique correspondant à l'indicatif République démocratique du Congo, explore différentes rythmiques qui composent la culture musicale de ce vaste pays comme il se plaît à le souligner.

Enseignant à l'Institut national des arts (INA), Michel Ngongo est un musicien accompli qui se sert de son talent à sa guise pour exprimer sa sensibilité musicale. Pianiste, réputé auteur-compositeur et arrangeur, il nourrit une passion pour la musique instrumentale qu'il partage à souhait dans ses œuvres. C'est donc mû par le même élan qui l'a porté à réaliser "Réflexion", son premier album sorti en 2017, qu'il revient avec "+243". Le titre le laisse deviner, la petite phrase écrite en dessous le confirme sans équivoque, l'album est « Une excursion au cœur de la musique RDCienne ».

Alors qu'il mène allègrement la danse de cette randonnée musicale, Michel Ngongo signale au Courrier de Kinshasa que « +243 est un travail sur l'identité nationale ». L'on se doute bien, comme il l'avoue lui-même : « Je suis Congolais, je présente la culture congolaise ». Et ce n'est pas chose aisée quand on sait justement, et le musicien le rappelle : « Cette culture est à la fois une mais peut être comprise ou se diviser en plusieurs cultures. Se retrouvent ainsi entremêlées les cultures luba, yaka, yombe, songye, etc. ». C'est là un de ses aspects enchanteurs que l'opus a pris soin de manifester, à savoir que cette culture vécue au quotidien dans sa diversité est à partager. « Le travail fait permet qu'en interne les uns découvrent les rythmes des autres quitte à les accepter, les consommer et les comprendre davantage », explique Michel Ngongo. Il renchérit : « Nous sommes tous +243, entre nous, nous sommes différents mais nous acceptons ces différences sans faire des clichés, sans repousser les autres d'une part. Et d'autre part, nous voulons que l'étranger au-delà de nos frontières nous considère comme des +243 ».

Michel Ngongo affirme qu'en fin musicien, il a fait en sorte que « le mélomane étranger puisse comprendre, saisisse bien mieux la quintessence de cette musique que nous faisons ». Et de préciser en sus : « Voilà pourquoi nous tournons sur des rythmes à la fois développés dans les espaces urbains, c'est-à-dire les villes, à travers la rumba. Mais il y a aussi des rythmes folkloriques » ou traditionnels, c'est selon.

Morceau transgénérationnel

L'autre magie de l'album "+243", c'est qu'en plus de tourner autour des rythmes congolais, la rumba et les musiques folkloriques, etc., il en offre une lecture historique. Ainsi, le titre "Kin nostalgia", nous renseigne le pianiste, repose sur « des tendances et non de reprises de tubes d'autrefois ». Et de poursuivre : « Il rappelle des sonorités des certaines époques, Zaïko, Choc Stars, Victoria, etc. ». Le morceau où le jeu de guitare est juste admirable. Michel Ngongo invite les mélomanes à mettre le doigt sur l'attrait transgénérationnel de ce morceau qu'il détaille ici : « Kin nostalgia est un clin d'œil au passé pour savoir d'où l'on vient, où l'on est et vers où nous allons. Vu de l'extérieur, l'on a la nette impression que notre musique se joue de la même façon depuis ses débuts à nos jours. Mais à y écouter de plus près, l'on se rend finalement bien compte qu'avec la technologie d'aujourd'hui, il y a des nuances différentes ».

Et pour ce qui est des thématiques, "Kivu", le titre promotionnel que d'aucuns trouvent bien mélancolique et n'ont pas tort, n'a que trop bien exprimé le sentiment douloureux de son auteur. En effet, Michel Ngongo nous a du reste confié avoir pris le parti de présenter "+243" avec ce single pour une bonne raison. « Je l'ai choisi parce que je tiens à compatir avec les habitants de ce coin du pays dont la détresse prend plusieurs dizaines d'années », a-t-il affirmé.

Et, au sujet de "Merci", l'enseignant de l'INA dit d'entrée de jeu : « Il y a des gens pour qui Merci comble toutes les bonnes intentions que l'on peut leur manifester ». La guitare qui s'y exprime joyeusement est celle du virtuose Olivier Tshimanga. Qui, comme prend le soin de le rappeler ici Michel Ngongo, est « connu pour sa touche particulière sur la guitare acoustique », sa fameuse "tshimangologie" guitare. Et d'ajouter avec énergie : « C'était plus facile de prendre Olivier Tshimanga pour jouer dans un morceau comme Merci à cause de son jeu de guitare qui est différent de Rodriguez Vangama, Tosha Fulankanda et Hono Kapanga dont j'apprécie aussi la technique ». C'est là que l'arrangeur révèle son génie à travers sa capacité à savoir agencer les choses de la plus belle manière. Quitte ici à rassembler et s'entourer des meilleurs comme il l'a dit à l'occasion de l'interview accordée à Radio Okapi, toujours en marge de la sortie de "+243".

Ne ratez pas ce que tout le monde regarde

Plus de: Les Dépêches de Brazzaville

à lire

AllAfrica publie environ 700 articles par jour provenant de plus de 140 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.