Burkina Faso: An V de l'insurrection populaire - Il ne faut pas jeter le bébé avec l'eau du bain

29 Octobre 2019

Octobre 2014-octobre 2015. Cela fait cinq ans que les Burkinabè, à travers une insurrection populaire qui mettait fin à 27 ans de règne, ont changé le cours de l'histoire que voulait imposer l'ex-président Blaise Compaoré à leur pays.

En disant non à la patrimonialisation du pouvoir et à tout pouvoir à vie, les Burkinabè entendaient non seulement arrimer leur pays à la vraie démocratie par le jeu de l'alternance, mais espéraient aussi des lendemains meilleurs. Mais cinq ans après, qu'en est-il ? Le pays des Hommes intègres se porte-t-il mieux ? Non ! En tout cas, ce serait mentir que de répondre par l'affirmative, tant le quotidien des Burkinabè n'a pas fondamentalement changé par rapport à l'ère Compaoré.

Après l'euphorie, l'heure est au désenchantement pour de nombreux insurgés

On se demande même s'il n'a pas empiré par endroits avec les attaques terroristes qui sont en passe d'annihiler les efforts de développement du gouvernement et qui continuent de troubler le sommeil des populations. C'est dire si après l'euphorie de la victoire, l'heure est au désenchantement pour de nombreux insurgés. Pour autant, faut-il regretter l'insurrection populaire ? Evidemment, non. D'abord parce que la démocratie à la sauce Compaoré que Blaise voulait servir aux Burkinabè, n'offrait aucune possibilité d'alternance par la voie des urnes, dans un système complètement verrouillé au profit d'un seul individu et de son clan. C'est dire si malgré

les insuffisances de la Transition, l'insurrection a permis de sauver la démocratie au Burkina Faso et de libérer davantage la parole. Au point que même les partisans de Blaise Compaoré qui soutenaient mordicus qu'il n'y avait pas de Burkinabè capable de diriger le pays en dehors de leur mentor, se découvrent aujourd'hui plusieurs compétences, en leur sein, à même de briguer la magistrature suprême. Si l'insurrection populaire n'était pas passée par là, il y a lieu de croire que certaines de ces ambitions ne se seraient jamais exprimées au grand jour. Mais cela est bon pour la démocratie.

Ensuite, en se dressant contre les velléités monarchistes de leur président, les Burkinabè ont marqué les esprits au-delà même du continent africain où de nombreux chefs d'Etat continuent de se poser aujourd'hui encore en vrais prédateurs des libertés et en autant de fossoyeurs de la démocratie. Car, à quoi rime une démocratie sans alternance quand on sait que les longs règnes débouchent le plus souvent sur le chaos ? C'est dire si cette insurrection, d'une certaine façon, était une alternative avec laquelle il fallait nécessairement compter dans le contexte burkinabè de l'époque. Car, on en était arrivé à un tel niveau de défiance entre les protagonistes, que le scénario qui restait, était celui du ça passe ou ça casse. La suite, on la connaît.

Mais, cinq ans après, les Burkinabè vivent les conséquences de leur insurrection. Entre attaques terroristes dont de nombreux Burkinabè continuent de se demander si elles n'ont pas, d'une façon ou d'une autre, de lien avec la chute de l'ex-homme fort du pays, mouvements d'humeur et revendications sociales, les Burkinabè peinent véritablement à joindre les deux bouts. Et le changement tant espéré tarde à venir, tant les autorités actuelles peinent à marquer véritablement la rupture avec le régime déchu de Blaise Compaoré.

La nécessité d'une prise de conscience collective s'impose

Et cela fait nourrir des regrets jusqu'au sein des insurgés dont certains ont des raisons de penser que l'insurrection populaire n'est pas allée à son terme. Mais on peut difficilement donner tort à ces derniers car, quoi qu'on dise, le « dégagisme », tel que prôné et réclamé sous d'autres cieux, n'a pas eu lieu au Burkina où le même vieux personnel politique se retrouve encore aux affaires, avec une offre politique loin de sortir des sentiers battus.

Mais si dans la dégradation continuelle de la situation du pays, l'on ne peut pas mettre hors de cause la responsabilité du régime actuel, il y a que les Burkinabè ont aussi fait dans l'excès au point que l'incivisme est en passe, si ce n'est déjà fait, de saper l'autorité de l'Etat. Et c'est peu de dire que dans ce contexte, les autorités ne savent véritablement pas quoi, du bâton ou de la carotte, utiliser dans ce Burkina post-insurrectionnel où les attentes des populations ont toujours été fortes, multiples et multiformes. C'est pourquoi la nécessité d'une prise de conscience collective s'impose, allant dans le sens de la discipline et de l'auto- discipline arrimées au patriotisme, pour pouvoir faire face aux nombreux défis et surtout à l'adversité commune qui se décline aujourd'hui principalement et prioritairement, en terme de sécurité.

En tout état de cause, comme le dit l'adage, « l'eau versée ne se ramasse pas ». C'est dire que l'insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014, fait désormais partie intégrante de l'histoire du peuple burkinabè. Il lui appartient alors de l'assumer pleinement et entièrement, et de se ressaisir pour redresser la barre là où il le faut.

Car, comme le dit un autre adage, « il ne faut pas jeter le bébé avec l'eau du bain ». Et si le tableau est aujourd'hui loin d'être rose, l'on ne peut pas non plus le peindre totalement en noir. Des efforts ont été indéniablement faits et peuvent compter pour autant d'acquis dans différents domaines, même si beaucoup reste encore à faire. Ce n'est certainement pas en cinq ans que l'on peut tourner la page de 27 ans de dictature. Mais il appartient aux tenants du pouvoir de donner des signaux forts de leur volonté d'aller dans le sens des aspirations du peuple burkinabè. Pour cela, il faut non seulement de la vision, mais cela passe aussi par une gouvernance vertueuse.

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