Cameroun: Eboulement - Drame à Bafoussam

Plus de 50 personnes ensevelies après un glissement de terrain dans la nuit de lundi à mardi au quartier Gouache.

La cinquantaine bien entamée, Victor Tankou ne cesse de verser des larmes. Son œil droit, blessé, est recouvert d'un bandage. Les voisins ont du mal à calmer ce vannier de formation dont la maison est partiellement détruite et qui a surtout perdu sa fille de 16 ans, Idem Nkenfack, élève en classe de terminale D dans un établissement de la place. Cette dernière a été surprise dans son sommeil ce lundi soir alors qu'elle venait à peine de se coucher, après avoir fini d'étudier à 21h. Doris, elle, est en état de choc.

Secourue par des riverains et des proches, cette ménagère trentenaire n'entend presque plus les mots d'encouragement et de réconfort qui lui sont adressés. Pour essayer de la calmer, l'une de ses sœurs lui raconte que son beau-frère, son frère cadet et ses trois enfants sont encore vivants et qu'elle va bientôt les retrouver. Mais rien n'y fait. Doris sait qu'ils sont bien morts et qu'elle ne les reverra plus. Elle est inconsolable. Pauline Djoukouo, elle, continue d'élever les bras au ciel en remerciant le Très-Haut d'avoir préservé sa vie et celle de sa famille. La terre est entrée chez elle jusqu'au salon en détruisant la porte, mais grâce au secours des voisins alertés, elle a pu être extraite ainsi que les autres membres de famille, par la fenêtre.

Si ces rescapés peuvent encore retrouver le goût de vivre demain, malgré le choc et la douleur qui les étreignent aujourd'hui, ce n'est plus le cas de près de 56 personnes. Une quarantaine de corps avaient déjà été extraits des décombres hier au moment où nous mettions sous presse. Thomas Watsa est l'un d'eux. Ce père d'une famille de huit personnes a bu un café avec des amis lundi soir avant de regagner son domicile. Il ne pouvait se douter de rien. Mais aux environs de 21h30, après une seconde journée de forte intempérie dans la ville de Bafoussam et au quartier Gouache, bloc 6, dans l'arrondissement de Bafoussam III, un glissement de terrain s'est produit. La secousse était tellement forte qu'une vaste terre argileuse s'est détochée des flancs de la montagne, a enseveli 11 maisons avec leurs occupants et a entraîné tout ce beau monde sur plus de 150 mètres.

Même des arbres de bonne taille ont été déplacés de leur lieu initial. Sitôt l'alerte donnée, les premiers secours s'organisent. Les riverains, sortis indemnes, se munissent qui d'une pioche, qui d'une pelle, qui encore d'une houe et essaient de sortir des gravats leurs voisins. Mais la tâche n'est pas facile. Il faut s'armer de patience, parce que la terre est moite et facilement, l'on peut s'enfoncer. Les coups de pioche, couplés aux cris de désespoir et pleurs des populations résonnent dans la nuit noire qui a envahi la ville de Bafoussam.

Dégâts importants. Les sapeurs-pompiers arrivés sur les lieux doivent faire le triste constat du difficile accès au site. Pas facile d'y déplacer des véhicules tout terrain. Il faut simplement creuser à la manière traditionnelle, en attendant que des engins appropriés arrivent tôt mardi. A 2h du matin, les voisins de Victor Tankou parviennent à retrouver le corps de sa fille. A 5h du matin, sept personnes sont déjà extraites dont un vivant (prénommé Diaspora) qui malheureusement décède quelques minutes plus tard à l'hôpital régional de Bafoussam. Sur le site, au lever du jour, les dégâts sont vraiment importants.

Des matelas éparpillés çà et là, des tôles détruites, des planches qui ont servi à construire les toits des maisons étalés sur une bonne partie du site, des maisons enfouies dans la terre, des animaux tués constituent ce spectacle désolant offert aux populations et renseignent sur l'ampleur de la catastrophe qui vient de se produire. Les fouilles se poursuivent. Mais l'espoir de retrouver des survivants a presque disparu. Des ingénieurs des Travaux publics, du Minhdu, du Labogénie entre autres, arrivés sur les lieux, se concertent et définissent un schéma pour faire venir les engins sur le site. A 9h, des niveleuses et autres pelles chargeuses descendent à vitesse lente sur le site, sous les applaudissements de certains riverains.

Mais avant, un huitième corps a été découvert. Une dame enceinte qui s'est rendue lundi à l'hôpital pour accoucher. Le corps médical a voulu l'interner pour qu'elle poursuive le travail, mais elle a préféré rentrer et revenir le lendemain. Son corps est acheminé à la morgue de l'hôpital régional. Sous le regard ému du ministre de la Décentralisation et du Développement local, Georges Elanga Obam arrivé sur les lieux quelques minutes plus tôt pour constater lui aussi les dégâts. Hier, vers 15h, 42 corps avaient déjà été extraits des décombres dont 05 bébés, 11 hommes et 17 (femmes dont quatre enceintes). Au moment où nous mettions sous presse, le ministre de l'Administration territoriale, Paul Atanga Nji était annoncé dans la ville de Bafoussam. Tandis que les fouilles se poursuivaient pour retrouver les autres corps encore ensevelis dans la terre de Gouache.

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