Ile Maurice: Le syndicaliste doit-il donner une consigne de vote ?

Pendant cette campagne électorale, des syndicalistes sont sortis de leur réserve. Ils ont non seulement exprimé leur préférence politique mais également demandé à leurs membres de voter pour ou contre des partis ou blocs politiques. Des conférences de presse où certains font l'éloge du gouvernement sortant ont été largement couvertes par la Mauritius Broadcasting Corporation. D'autres ont dénoncé le rôle de certains de leurs confrères. Dans cette optique, l'express a fait le tour du monde syndical pour recueillir opinions et impressions.

Radhakrishna Sadien, de la Government Service Employees Union (10 000 membres), soutient que le rôle primordial d'un syndicaliste est de défendre ses membres, contrairement à ce que font actuellement certains syndicalistes. Dénoncer d'anciens dirigeants politiques ou encenser d'actuels ministres est contraire au rôle d'un leader syndical. «Il ne peut pas réfléchir à la place d'un membre syndiqué. Le droit de vote est sacré et un syndicaliste n'a pas le droit de dicter à un travailleur ce qu'il doit faire.»

Deepak Benydin, président de la Federation of Parastatal Bodies and Other Unions (35 000 membres), est l'un de ces syndicalistes qui prennent fait et cause pour le gouvernement du jour. Il rappelle que, quand Rama Sithanen était ministre des Finances, plusieurs corps parapublics étaient affectés. «Il écrasait les travailleurs et il suivait les dictats de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international.»

Il émet aussi des critiques contre Xavier-Luc Duval qui a pris le parti du patronat quand Soodesh Callichurn est venu avec le Workers' Rights Bill. Il soutient qu'il n'a pas donné de mot d'ordre à ses membres, mais qu'il leur a fait comprendre que leurs intérêts se trouvent plus du côté l'Alliance Morisien. Invité à dire s'il ne se sent pas obligé de demander cela aux travailleurs parce que son frère Toolsyraj est un candidat de cette alliance, il répondra qu'il ne fait pas de politique et qu'il ne donne pas de coup de main au député sortant.

Deux écoles de pensée

Jaylall Boojhawon, de la Police Officers Solidarity Union (7 000 membres), explique qu'il n'a jamais donné de mot d'ordre ou encore moins de consigne de vote. «J'ai analysé le manifeste électoral des deux alliances et je trouve que celui présenté par l'Alliance Morisien au chapitre concernant les policiers est plus intéressant. Dans celui de l'Alliance Nationale, il n'y a pas assez de détails concernant les policiers.» Il rappelle aussi que c'est l'actuel gouvernement qui a permis aux policiers de se syndiquer. «Les membres de mon syndicat sont toutefois libres de choisir leurs représentants.»

Pour Rashid Imrith, président de la Fédération des syndicats du secteur public, il existe deux écoles de pensée. «Il y a ceux qui veulent prendre position. Que ce soit pour le gouvernement d'avant ou le gouvernement sortant. Et l'autre école de pensée qui veut que chaque personne soit libre de ses actes.» Il dit respecter ces principes. «Je suis conscient que chaque travailleur a une maturité politique. Je ne peux me permettre de leur imposer quoi que ce soit. De toutes les manières, même un père n'a pas le droit d'obliger son fils de voter pour un parti quelconque.»

Pour ces élections, Rashid Imrith soutient que c'est une lutte à trois. «Il ne faut pas oublier qu'après les élections, seul un parti sera au pouvoir. C'est la raison pour laquelle nous avons opté de ne pas passer de mot d'ordre. Nous n'exprimons pas une politique partisane.»

De son côté, Jane Ragoo, de la Confédération des travailleurs du secteur public et privé (CTSP), est catégorique : «Nous ne pouvons donner un mot d'ordre.» Selon elle, les paroles de Reaz Chuttoo, dans une conférence de presse, le 17 octobre, ont été mal inter- prétées. «Nous demandons aux gens de voter pour les personnes et non pour les partis. La perception a fait que les gens ont mal compris nos mots.» Elle précise que la CTSP préfère mettre en avant «l'être humain, cette personne qui est capable d'apporter des changements. De toutes les manières, chacun est libre de son choix».

Pour Jane Ragoo, la CTSP a fait son travail en émettant un document adressé aux trois principaux blocs. «Ce sont nos revendications. Nous connaissons la souffrance et l'inquiétude des gens.» Toutefois, force est de constater que les arguments utilisés se retrouvent dans les trois manifestes électoraux. «De toute manière, notre rôle n'est pas d'influencer le vote des gens mais d'aider à l'éducation des travailleurs.»

Rafick Bahadoor, président de la Taxi Proprietors Union, de son côté, n'y va pas par quatre chemins. «Nous avons déjà passé le mot d'ordre.» Pour lui, ce n'est pas à quelques jours de la fin d'un mandat qu'on peut venir proposer monts et merveilles. «Pendant l'épisode du métro, il y a eu des négociations. Mais après, on nous a mis devant le fait accompli. On parle de feeder buses gratuits, mais qu'est-ce que nous, chauffeurs de taxi, allons y gagner ?»

Il ne faut pas minimiser l'éducation des chauffeurs de taxi, dit-il. «Nous avons tous eu droit à l'éducation gratuite. Il ne faut pas nous sous-estimer.» D'ajouter que plus de 6 000 chauffeurs se retrouvent dans son union. «Ce n'est pas un grant de Rs 100 000 qui nous fera changer d'avis. Pendant ces derniers cinq ans, nous avons parlé du problème rencontré par les chauffeurs de taxi d'hôtels et aucune solution n'a encore été trouvée.»

«Le vote doit rester libre»

Dans les années 60, 70 et 80, des syndicats d'obédience politique comme la General Workers Federation, proche du MMM, ou le Mauritius Labour Congress, proche du PTr, donnaient souvent un mot d'ordre pour les élections, rappelle Pitch Venkatasamy de Think Mauritius. L'ex-syndicaliste, qui a été pendant de longues années président de la Fédération des syndicats du service civil, estime toutefois que «cette fois-ci, on constate que certaines limites sont dépassées».

Il rappelle même qu'une centrale syndicale ne peut exprimer une préférence pour un parti ou encore moins donner un mot d'ordre. «Car n'oublions pas que ces syndicats travaillent toujours avec le gouvernement du jour.» Il rappelle aussi que dans la fonction publique certains postes sont établis par le gouvernement sous le «Civil Establishment Order» sans oublier qu'il y a aussi des négociations avec le gouvernement autour des augmentations salariales, par exemple. Néanmoins, ajoute-t-il, un syndicaliste a le droit de faire une analyse des manifestes électoraux, mais il doit laisser à ses membres la liberté de voter pour le candidat de leur choix. «Il devrait y avoir un vote libre.»

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