Burkina Faso: Lutte contre le terrorisme - L'asymétrie a bon dos

C'est désormais par sections entières que les Forces armées maliennes sont décimées. Après les attaques de Boulkessi, le 30 septembre, et de Mondoro, le 1er octobre dans le sud du pays qui aurait fait officiellement une quarantaine de morts, c'est une position des FAMA à Indelimane, vers Ménaka au nord-ouest du pays, qui a été prise pour cible le vendredi 1er novembre dernier. L'effroyable bilan fait état d'une cinquantaine de morts.

Une véritable boucherie qui porte la signature en lettres de sang de la « Province Afrique de l'Ouest de l'Etat islamique » ; autrement dit DAESH. Ce carnage s'ajoute à une liste déjà interminable des méfaits de ces groupes terroristes qui font à peu près tout ce qu'ils veulent de part et d'autre de la frontière entre le Mali et le Burkina.

Quand viendra-t-on à bout de cette vermine qui sévit ? « Un jour », promet le ministre burkinabè de la Défense, Shériff Sy. C'était pendant la célébration de la fête de l'Armée le 1er novembre dernier. Un jour... pourvu qu'il ne soit pas assez lointain, ce jour-là, même si on n'a aucune raison d'être optimiste puisque Roch Marc Christian Kaboré, le chef suprême des Armées, a lui-même dit que la guerre allait être longue. Ça, on l'avait bien compris, et même les plus optimistes ne se font guère d'illusion dessus.

En attendant la fin hypothétique de cette guerre d'usure, on ne peut que s'interroger sur les raisons profondes de cette déflagration continue et de la débâcle de nos Forces de défense et de sécurité, que ce soit à Boulkessi, Mondori, Indelimane au Mali, ou à Nassoumbou et Koutoukou côté Burkina Faso. Jusque-là, le caractère asymétrique de la guerre a été surtout brandi pour justifier nos déboires militaires. Il y a sans doute un peu de cela.

Quand des croyants, chrétiens comme musulmans, sont massacrés en pleines prières, quand des populations civiles sont liquidées par des hommes sans visage qui sont souvent de « paisibles » citoyens le jour, quand on pousse la perfidie jusqu'à piéger des cadavres, on peut effectivement être dérouté par la nature du conflit et les moyens utilisés par l'ennemi.

Mais on est souvent à se demander si l'asymétrie n'a pas bon dos, si elle n'est pas un prétexte trop confortable pour masquer notre incapacité. Quand des hordes sauvages attaquent des détachements ou des camps militaires, on se demande bien où se trouve l'asymétrie. Qu'on n'ait pas les moyens logistiques ou même humains pour faire face aux descentes de l'ennemi, on le veut bien. Mais que les responsables politico-militaires se réfugient à la moindre occasion derrière l'asymétrie de la guerre est pour le moins déroutant.

Dans biens des situations, ce sont deux armées qui se font face presque à visage découvert, comme ce fut encore le cas à Indelimane, et ça obéit aux règles de la guerre classique où c'est le plus fort, le plus stratège, le plus rusé ou même tout simplement le plus vaillant qui prend le dessus. Et en la matière, aussi diminuées soient-elles, nos armées sont censées avoir le minimum pour se défendre face à des terroristes qui n'ont pas forcément fait une formation militaire classique, des PME-PMS (Ndlr : les initiés comprendront), à plus forte raison des cours d'état-major ou carrément l'école de guerre. Rien ne sert donc de faire la politique de l'autruche dans les sables mouvants du Sahélistan ; il faut avoir le courage de faire notre propre introspection, l'introspection de nos armées pour venir à bout du terrorisme ou, à tout le moins, le réduire à sa portion congrue.

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Plus de: L'Observateur Paalga

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