Mali: Récurrence des attaques meurtrières contre les camps militaires - L'introuvable antidote !

3 Novembre 2019

L'armée malienne a encore été endeuillée le vendredi 1er novembre dernier, suite à une attaque d'envergure menée par l'Etat islamique contre le camp militaire d'Indelimane, dans la région de Menaka, non loin de la frontière nigérienne. Les assaillants, arrivés en grand nombre et à l'heure du déjeuner, ont, dans un premier temps, utilisé l'artillerie pour pilonner cette position avancée des forces armées maliennes (FAMA), avant d'investir le camp et de tirer à balles réelles et à hauteur d'homme, sur les soldats qui n'avaient pas eu le réflexe de replier.

Lorsque les renforts sont arrivés sur place cinq heures de temps après cette attaque dite complexe et terroriste, c'était juste pour reprendre le contrôle d'une enceinte militaire dévastée et découvrir l'indicible horreur, une cinquantaine de soldats ayant péri au cours des affrontements. Ce pogrom, le deuxième du genre depuis le mois d'octobre et l'attaque massive des terroristes contre le camp de Boulkessy qui avait fait une quarantaine de victimes dans les rangs des FAMA, vient nous rappeler l'impérieuse nécessité de revoir les stratégies militaires jusqu'ici mises en place pour faire face aux différents périls, surtout quand on sait que l'ennemi n'est jamais à cours d'ingéniosité quand il s'agit de prendre à défaut ceux qui ont la noble mission de défendre l'intégrité territoriale de nos différents pays.

Face aux attaques de plus en plus osées et sophistiquées des groupes armés, on n'a pas besoin d'être un pur produit de la plus grande école de guerre du monde pour savoir que sans couverture aérienne dans ces zones reculées et à risques, les braves fantassins qui y sont projetés serviront de plus en plus de chair à canon aux terroristes. On imagine bien que si les hélicoptères maliens qui font quotidiennement le show dans le ciel des grandes villes du Nord, avaient été déroutés sur zone en cette mi-journée du vendredi 1er novembre, les assaillants n'auraient eu ni le temps, ni le toupet de parader dans le camp militaire cinq heures durant, avant de se replier en ordre, vers une destination inconnue.

Le salut ne viendra ni de Genève ni de New-York

Avant Indelimane, en effet, il y a quand même eu Kidal, Gao, Soumpi, Bintagoungou, Dioura, Guiré, Boulkessy et Mondoro, et à chaque fois, c'est l'armée malienne qui subit les revers, sur les plans humain, matériel et psychologique. Pourquoi, malgré toutes ces mauvaises expériences qui auraient pu servir de leçons à la troupe, n'arrive-t-on pas à trouver l'antidote à ce poison qui se répand à la vitesse de la lumière, dans la zone sahélo-saharienne ? Pourquoi ces milliers de soldats onusiens et français sont-ils presque toujours aux abonnés absents quand il s'agit de voler au secours, illico presto, des FAMA quand elles sont assiégées, afin de les dégager de l'emprise des assaillants ? On expliquera peut-être cet attentisme par le fait que la MINUSMA, par exemple, n'a pas vocation à combattre les groupes terroristes, que la force Barkhane ne dispose pas de moyens pour intervenir en un temps record sur l'ensemble de sa zone de couverture et que le G5 Sahel est encore au stade embryonnaire.

Mais pourquoi donc ne pas adapter le mandat ou les moyens à la situation plus qu'inquiétante de cette zone dite des trois frontières (Mali-Burkina-Niger), en rendant la mission de l'ONU plus offensive et en ouvrant davantage l'œil sur cette partie éruptive du Sahel ? Les populations meurtries par l'insécurité préfèrent juger sur pièces, et apprécier l'efficacité et l'utilité de ces forces étrangères à l'aune des résultats qu'elles engrangent sur le terrain.

Les discours paternalistes et les actions d'éclat menées de façon sporadique sont loin de rassurer les victimes directes et collatérales du terrorisme. D'autant qu'ils cachent mal, à leurs yeux, la volonté de ces pompiers (pyromanes ?) de faire main basse sur les ressources minières et énergétiques dont regorgerait notre sous-région. En un mot comme en mille, c'est ce résultat, ou plus exactement cette absence de résultat, qui agace les populations et les rend de plus en plus frileuses et rétives par rapport à la présence de ces forces étrangères. En tout état de cause, le salut ne viendra ni de Genève ni de New-York, mais de notre capacité à adapter nos systèmes de défense aux menaces actuelles, en mettant prioritairement les populations locales à contribution.

Malheureusement, ces dernières sont peu enclines à coopérer, par peur ou par dépit, et c'est ce qui explique en partie la recrudescence des actes terroristes, notamment dans les pays du Sahel. Il appartient donc aux autorités de trouver des solutions locales aux problèmes endogènes qui, le plus souvent, créent, alimentent et exacerbent des crises sociales qui peuvent déboucher sur le phénomène du terrorisme tel que nous le vivons aujourd'hui. Espérons qu'elles y arriveront, et que l'entente cordiale entre les différentes communautés qui en résultera, permettra de mettre fin à la comptabilité macabre tenue dans chacun des trois pays victimes du terrorisme dans la sous-région que sont le Mali, le Burkina Faso et le Niger.

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