Guinée Bissau: JOMAV joue avec le feu

analyse

Après des décennies d'instabilité chronique faites tantôt de coups d'Etat et de tentatives plus ou moins avérées, tantôt d'assassinats politiques sur fond de narco trafic, la Guinée Bissau était censée conforter, par la présidentielle du 24 novembre prochain, le processus de stabilisation politique entrepris depuis quelques années, sous l'égide notamment de la CEDEAO.

On ne sait pas si ce scrutin se tiendra à bonne date, mais quand bien même il se tiendrait, il risque de faire replonger le pays dans le bourbier dont il peine déjà à se sortir.

La campagne électorale s'est certes ouverte le 2 novembre dernier pour les 12 candidats en lice, mais dans un contexte on ne peut plus tendu.

A l'origine de cette nouvelle poussée de fièvre bissau-guinéenne, le limogeage, par le président José Mario Vaz, du Premier ministre Aristides Gomes, soutenu par la CEDEAO et la communauté internationale, mais remplacé par Faustino Imbali. Et voilà deux gouvernements qui se regardent en chiens de faïence. En temps normal, il n'y a rien d'extraordinaire à ce qu'un chef d'Etat remplace son chef de gouvernement.

Sauf que là JOMAV, comme l'appellent ses partisans, est manifestement sorti de la feuille de route tracée en juin dernier par le sommet extraordinaire de la CEDEAO qui l'avait certes autorisé à rester en poste 4 mois malgré l'expiration de son mandat au prix d'une réduction de ses pouvoirs. En passant outre, c'est cet arrangement politique qu'il vient de déchirer, et l'on craint de nouveau une rechute du patient bissau-guinéen en rémission oui, mais pas tout à fait guéri.

Voici donc l'organisation ouest-africaine revenue au chevet de ce grand malade, multipliant les chassés-croisés politico diplomatiques, sans qu'on sache véritablement si tout cela parviendra à circonscrire ce nouveau départ de feu avant que la situation ne s'embrase.

Après le séjour d'une délégation ministérielle à Bissau le 3 novembre dernier, un sommet extraordinaire est convoqué d'urgence le 8 novembre à Niamey, au moment où le président Vaz, en poste depuis 2014, semble se braquer. A la CEDEAO, qui juge sa décision « illégale », il crie en effet à « l'ingérence » parce que son pays serait « libre et indépendant ». Un pays tellement libre et indépendant qu'il est maintenu sous respiration artificielle depuis des lustres par cette même CEDEAO et cette Communauté internationale que ses dirigeants défient.

A l'évidence JOMAV semble engagé dans une logique d'affrontement, lui qui a convoqué lundi soir un conseil de défense, comme pour bien montrer à ses contempteurs que c'est lui qui contrôle l'armée. Ira -t-il pour autant jusqu'à utiliser la force si la situation devait dégénérer comme on le redoute ?

Une chose est sûre, l'apprenti-pyromane joue avec le feu, et s'amuse à sacrifier la relative stabilité de ce petit pays de 2 millions d'habitants sur l'autel de ses ambitions personnelles. Qu'il prenne gare aux étincelles, car il pourrait bien être le premier à se brûler.

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Plus de: L'Observateur Paalga

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