Sénégal: Démarrage des auditions dans l'affaire des contrats d'exploration pétrolière et gazière - Une affaire «petrogazgate » à mille facettes

6 Novembre 2019

Le Doyen des juges, Samba Fall, suite à une première audition avec la Brigade des Affaires générales de la Division des investigations criminelles (Dic), a démarré effectivement les examens depuis le lundi 4 novembre, dans le dossier Petro-Tim.

Cette affaire soulevée par la chaine britannique BBC et qui fait état d'un scandale de 10 milliards de dollars en royalties versés par British Petroleum (BP) à Frank Timis, lequel avait signé avec le Sénégal un contrat pétrolier et gazier controversé en 2012, par l'entremise du frère du président, Aliou Sall, est dorénavant en instruction.

Occasion choisie par Sud quotidien, après le défilé devant le juge des responsables comme Abdoul Mbaye, Mamadou Lamine Diallo, Birahim Seck, etc, pour revenir sur les péripéties du feuilleton "PetroGazGate" qui est loin de connaitre son épilogue.

L'attribution de concessions d'exploration gazière et pétrolière à l'homme d'affaires controversé Frank Timis en 2012, ainsi que le rôle joué par Aliou Sall, le frère cadet du président Macky Sall accusé de conflits d'intérêts et de corruption dans cette affaire d'hydrocarbures, a pris une nouvelle tournure.

Le Doyen des juges, Samba Fall, a démarré les auditions des témoins dans ce dossier Pétro-Tim, depuis le lundi 4 novembre dernier.

A ce jour, beaucoup de responsables politiques et acteurs de la société civile, à l'image d'Abdoul Mbaye du parti Act, Mamadou Lamine Diallo du mouvement Tekki, ou encore le journaliste Mouth Bane, sans oublier Babacar Mbaye Ngaraaf du mouvement "L'Alliance sauver le Sénégal", et Birahim Seck du "Forum civil", sont passés devant le juge, après leur première audition par la Division des investigations criminelles (Dic).

Déjà, la Conférence des leaders du Congrès de la renaissance démocratique (Crd) rue dans les pancartes pour préciser que ledit démarrage des auditions est distinct de la procédure judiciaire qu'ils ont initiée dans ladite affaire.

Le patron de l'Act, Abdoul Mbaye et ses camarades du Crd, tous membres de l'opposition, continuent ainsi de réprouver la démarche adoptée antérieurement par le procureur de la République, notamment l'appel à témoins qui a débouché à ces auditions.

LA BBC REMET LE COUTEAU DANS LA PLAIE A TRAVERS UN REPORTAGE

Cette affaire d'attribution de concessions d'exploration gazière et pétrolière, qui a pourtant démarré depuis bientôt 5 ans, a connu une vitesse fulgurante après l'enquête de la BBC sur le dossier Petro-Tim qui fait cas d'un scandale à dix milliards de dollars, en juin dernier.

Dans le reportage de moins d'une demi-heure, la chaîne britannique accuse notamment la compagnie pétrolière British Petroleum (BP) d'avoir accepté de verser quelque 10 milliards de dollars de royalties à l'homme d'affaires roumano-australien Frank Timis.

Lequel avait signé en 2012, un contrat pétrolier controversé avec le Sénégal. Le reportage affirme principalement que, dès 2012, Timis a fait appel aux services d'Aliou Sall, frère du président Macky Sall, d'abord en tant que consultant puis pour prendre la tête de la filiale Petro-Tim Sénégal.

ALIOU SALL NIE TOUT EN BLOC

Cette enquête de la BBC qui parle de «scandale à dix milliards» crée ainsi une onde de choc dans le pays, avec un tollé général. Surtout quand elle accuse Aliou Sall d'avoir touché un versement de 250.000 dollars, considéré comme un «pot-de-vin» à travers sa société Agritrans, lors de la rétrocession des blocs par Frank Timis à British Petroleum.

Le mis en cause, maire de la ville de Guédiawaye, n'a pas tardé à réagir, face à la vague d'indignation causée par ledit reportage. Lors d'une conférence de presse, il affirme sans ambages que «c'est absolument faux !

Je n'ai jamais - directement ou indirectement - reçu 250 000 dollars de Timis Corporation, pas plus qu'Agritrans. Il s'agit d'un paiement imaginaire».

Cela, tout en admettant avoir reçu un salaire de 25.000 dollars «légal» et «habituel dans le secteur du pétrole et du gaz» en tant que gérant de Petro-Tim Sénégal sur la base d'un contrat négocié «comme tout travailleur».

Même son frère de président, Macky Sall s'est impliqué dans l'affaire en tentant de laver son jeune frère. En effet, après la prière de l'Aïd el-Fitr marquant la fin du ramadan, le président avait déclaré que «nous savons que là où il y a du pétrole, certains vont tenter de déstabiliser le pays

Le gouvernement va poursuivre cette affaire». Cela, non sans promettre des sanctions s'il le faut, tout en prévenant qu'il n'est pas question d'accepter «de fausses accusations».

AAR LINU BOKK PORTE LE COMBAT

Une sortie qui n'a pas calmé pour autant les ardeurs de l'opposition et certains membres de la société civile qui décident alors de mener le combat pour réclamer toute la lumière sur les révélations de la BBC.

La plateforme "Aar Linu Bokk" voit le jour et réussit une mobilisation exceptionnelle, le vendredi 21 juin. Toutefois, au bout de quelques manifestations, la mobilisation a faibli à cause d'un conflit interne de positionnement entre leaders, mais surtout à cause des «contre-feux» allumés par le régime.

La coupe d'Afrique des nations (Can), avec la bonne prestation des Lions arrivés en finale, n'aidant pas aussi les organisateurs.

Décidée à ne pas laisser s'éteindre l'incendie allumé par la BBC, l'opposition qui est revenue sur le processus d'attribution des blocs gaziers Cayar Offshore Profond et Saint-Louis Offshore Profond, de Wade à Macky Sall, en juin 2012, fait état d'un rapport de l'Inspection général d'état (Ige) qui aurait été «étouffé» par les tenants du pouvoir.

Pour Thierno Alassane Sall, ex-ministre de l'Energie, «le rapport étouffé de 2012 n'a pas manqué de relever en des termes très sévères la précipitation du ministre Aly Ngouille Ndiaye à faire procéder à l'approbation des contrats sans attendre la conclusion du rapport d'enquête» ordonnée le 30 mai précédent par Macky Sall.

A cet effet, les leaders du Crd entreprennent une démarche judiciaire auprès du Doyen des juges avec constitution de partie civile, le 22 juillet dernier, pour faux, usage de faux en document administratif et détournement de deniers publics. Une autre démarche judiciaire, après avoir déposé en vain une plainte contre Aliou Sall à la Crei.

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