Ile Maurice: Vidéos sur la toile - La réputation de Maurice prend un sale coup

Serenitygate, NavinGate1, 2, SherryGate : autant de vidéos qui circulent dans cette campagne électorale. Quel en est l'impact local et international sur Maurice ? Quels secteurs économiques en sortent affectés ? Explications.

«Les vidéos circulées mettent Maurice dans une position fragile. Cela peut soulever des questionnements sur la capacité du secteur des services, du secteur financier entre autres à répondre à l'obligation de confidentialité exigée par la réglementation internationale, y compris celle de l'Union européenne», constate Kris Valaydon. Pour le juriste et analyste politique, la pléiade de vidéos impliquant le gouvernement sortant ainsi que le Parti travailliste ne rend pas service au pays, et encore moins aux investisseurs. «Quelqu'un qui va investir ses millions de roupies à Maurice fera comme toujours, son exercice de 'due diligence'. Il s'informera bien du climat politique qui règne dans le pays, l'état de la gouvernance, le niveau de corruption et l'état de droit. Sans compter, l'idée qu'il se fera de ceux qui aspirent à diriger le pays.» Comme lui, Kumaran Pillai, éditeur du journal The Independent à Singapour, est persuadé que ces vidéos peuvent avoir un effet dissuasif chez les investisseurs potentiels.

Toutefois, un expert en finance affirme que cette incidence est probablement faible. Selon lui, les investisseurs savent «qu'une campagne électorale apporte souvent le pire et que beaucoup d'accusations sans preuves sont lancées». Il ajoute que la facilité à investir et à pouvoir opérer sans tracasseries demeure le plus important pour ces derniers. Pour ce faire, ils se fient au feedback des investisseurs déjà installés et au traitement de leur dossier. En revanche, le spécialiste s'inquiète de la détérioration de notre rang dans la classification de la perception de la corruption, un aspect qui rejoint les propos de Kris Valaydon.

Parfum local

Parallèlement, la protection des données personnelles ou sensibles va prendre un sérieux coup avec la diffusion des données bancaires jetées au public pour des gains électoraux, ajoute le juriste : «Cela aura un impact sur les Mauriciens qui ont des comptes en banque, mais de manière plus grave sur les investisseurs étrangers.» «Nous comptons beaucoup sur nos call centres et nous devons faire très attention à ce que le pays ne soit pas entaché de quelque manquement aux General Data Protection Regulations sur la protection des données», déclare-t-il.

Qu'en est-il du secteur touristique ? Plusieurs opérateurs ont refusé de donner leur point de vue pour la «sensibilité» des vidéos. Cela dit, l'incidence serait moindre, estime Kris Valaydon : «Si cela peut relever de l'exotisme, du parfum local, le touriste aura un regard distant, peut-être même condescendant sur ce qui se passe. Il nous comparera à d'autres pays où il en a vu peut-être pire.» Ce dernier aura alors une approche folklorique. Du moment qu'il n'y a pas de violences et d'insécurité, l'industrie touristique ne devrait pas en pâtir, à son avis. Mais une spécialiste en communication d'origine française, récemment à Maurice, a une autre perception. «On sait bien que la politique est truffée de scandales. On a vu le cas de Chirac en France ou celui de Bill Clinton aux États-Unis. Mais l'exposition publique que ce soit sur les réseaux sociaux ou sur grand écran, nuit à l'image de Maurice en termes de respect des droits de vie privée. Cela n'encourage pas les touristes à venir sur votre île.»

L'image de Maurice en est totalement éclaboussée, estime Kumaran Pillai. Pour lui, ces vidéos reflètent une politique de gouttière, visant juste à jeter de la boue sur l'autre. «Les partis politiques devraient plutôt se focaliser sur comment ils peuvent mieux servir le peuple et aider les communautés», soutient-il. Pour lui, de telles «tactiques ont terni et entaché la bonne réputation dont jouissait Maurice dans le passé».

Bien qu'elle ne commente pas l'effet sur Maurice, Cherilyn Ireton, Executive Director du World Editors Forum, appelle à redoubler d'efforts pour la vérification et contre-vérification des faits auprès des politiciens. «Le matériel de campagne électorale, y compris les vidéos, doit être vérifié. Et en cas d'exagération ou de désinformation, il faut leur demander des comptes.» «La facilité avec laquelle les données sont circulées, surtout les informations falsifiées, rend la tâche des journalistes plus ardue. Toutefois, ceci est essentiel pour toute démocratie», avance-t-elle.

Ce que dit la loi

Selon Kris Valaydon, juriste, plusieurs lois réglementent la diffusion des vidéos. Il évoque notamment le Code Criminel, le Code Civil sur la diffamation, l'insulte, l'atteinte à la vie privée, entre autres. D'autres lois spécifiques relèvent de l'Independent Broadcasting Authority, l'Information and Communication Technologies Authority of Mauritius, la Data Protection Act, entre autres. «Mais nous sommes en période électorale où certaines lois échappent au contrôle s'exerçant en temps normal», affirme-t-il. Il n'est pas étonnant dès lors que certaines lois ne sont pas respectées, et ce, allègrement, ajoute-t-il.

Ne ratez pas ce que tout le monde regarde

Plus de: L'Express

à lire

AllAfrica publie environ 700 articles par jour provenant de plus de 140 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.