Burkina Faso: Recrutement de « volontaires pour la défense » - De guerre lasse ?

Photo: Sidwaya
Le Président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré

L'heure est grave. L'expression, assaisonnée à toutes les sauces au gré des circonstances, est sans doute galvaudée mais rarement elle aura été aussi pertinente, tant l'interminable cauchemar dans lequel le Burkina est plongé depuis cinq interminables années n'en finit pas.

Quatre jours après l'assassinat d'Oumarou Dicko, maire de Djibo, la ville martyre par excellence, c'est un convoi de cinq autobus de la mine de SEMAFO à Boungou et son escorte de sécurité qui ont été la cible des terroristes.

Le bilan, hélas encore provisoire, fait déjà froid dans le dos : une quarantaine de morts, une soixantaine de blessés. Ce qui en fait à ce jour l'attaque terroriste la plus meurtrière, civils et militaires confondus.

L'heure est donc vraiment grave. Tant et si bien qu'au lendemain de cette indicible boucherie, le président Roch Marc Christian Kaboré, dans une adresse à la nation, a décrété un deuil national de 72h et invité chaque Burkinabè « au recueillement et à l'introspection pour raffermir sa foi en l'unité, à la cohésion et à la paix dans notre pays ». Voilà pour le symbole !

On retiendra aussi et peut-être surtout de cette intervention présidentielle l'ordre donné - de guerre lasse ? - par le chef suprême des armées « pour le recrutement de volontaires pour la défense dans les zones sous menace ».

Sous la Révolution, on aurait parlé de « guerre populaire généralisée » . Cette mesure vient comme en écho à l'initiative prise il y a quelques semaines par des habitants de Kongoussi cornaqués par Aly Nana pour organiser la résistance populaire.

Une initiative qui vient, pour ainsi dire, de recevoir le sceau présidentiel, même si beaucoup y avaient émis d'emblée des réserves.

Non seulement parce que certains pourraient avoir un agenda caché derrière ce volontarisme a priori méritoire mais, aussi plus grave, parce que la vermine que nous combattons sans succès tangible pour le moment pourrait bien infiltrer ces structures et s'en servir comme cheval de Troie pour mieux nous exterminer.

Et quand bien même elles seraient encadrées par les Forces de défense et de sécurité traditionnelles, le risque n'est pas négligeable.

Quelques interrogations subsistent cependant au sujet du mode d'emploi de cette expérimentation dont les contours sont encore inconnus du grand public.

En parlant de recrutement, faut-il comprendre qu'il ne s'agira pas de simples bénévoles façon Aly Nana mais d'hommes et de femmes qui seront dûment rétribués à la hauteur de leur peine et du danger encouru ?

De même, quel sera l'apport réel, sur le terrain, de ces « recrues » qui n'auront peut-être pas toutes, une formation militaire, même sommaire, à moins qu'on ne veuille puiser dans le contingent des militaires retraités ou des réservistes qui peuvent encore monter au front ou être utiles dans le renseignement?

Pour sûr, le locataire de Kosyam a dû peser et soupeser sous toutes les coutures les risques inhérents à cette démarche avant de s'y engager et il va subséquemment s'entourer de toutes les garanties pour éviter que le remède s'avère pire que le mal.

Mais peut-on décemment lui reprocher , le pauvre qui ne doit plus savoir où donner de la tête ni à quelle Armée se vouer, d'essayer tout ce qui est raisonnablement « essayable » pour nous tirer de ce piège sans fin ?

Quand il appelle à l'union sacrée de ses compatriotes « ... de l'intérieur et de l'extérieur... sans considération d'opinion politique » , faut-il d'ailleurs y lire en creux une main tendue, même timidement, aux dignitaires de l'ancien régime, Blaise Compaoré en tête, qu'il a toujours accusés d'être les distillateurs de ce cancer qui nous ronge impitoyablement ? Et si tel est le cas, quelle suite politique sera donnée à cet appel ?

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Plus de: L'Observateur Paalga

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