Sénégal: El Hadji Malick Sy - L'éminent vivificateur de l'Islam

8 Novembre 2019

El Hadji Malick Sy naquit vers 1855 à Gaya, dans le Walo. Fils de Thierno Ousmane et de Fawade Wéllé. Son père fit une partie de ses études en Mauritanie et s'arrêta à Gaya à la recherche d'un ouvrage auprès d'un érudit du nom de Malick Sow, son homonyme.

Il avait fait la connaissance et épousa Sokhna Fatimata Wade, plus connue sous le nom de Fawade Wéllé, connue par sa sainteté et sa sollicitude envers les Talibés (élèves des écoles coraniques) de la contrée.

Pour eux, elle était une véritable «Ndeyi daara» (une sorte de marraines pour les apprenants). Thierno Ousmane Sy perd la vie durant un séjour au Djoloff avant même la naissance de Malick Sy. Le père de El Haji Malick laissera cependant en héritage une bibliothèque et comme testament des instructions concernant l'éducation de l'enfant à naître.

Il demanda également que le nom de son marabout à Gaya, Thierno Malick Sow, soit donné à l'enfant qui naîtrait s'il était garçon. Sa mère et son oncle Alpha Mayoro Wéllé ne ménagèrent aucun effort pour l'éducation du jeune Malick.

El Hadji Malick écrit lui-même dans son ouvrage Ifhâm al munkir al - jâni : «Je fus recommandé à ses détenteurs, des sciences islamiques, les plus éminents et les plus compétents par mon oncle maternel...», rapporte les hagiographes du guide de Tivaoune. C'est ainsi qu'après avoir appris le Saint Coran qu'il mémorisa tôt, il sillonna le pays de long en large pour assouvir sa soif de savoir.

MAODO, UNE VIE A LA QUETE DU SAVOIR

Une vie d'étudiant itinérant s'ouvre en lui et dura vingt - cinq longues années. Ce qui lui a permit d'asseoir de solides connaissances dans les domaines les plus variés en sciences religieuses et mêmes profanes comme les mathématiques, l'astronomie, la prosodie et la poésie. Les principaux foyers de la culture islamique d'alors l'accueillirent.

C'est d'abord dans son Gaya natal où il s'initia à la théologie et à l'exégèse puis à Ndombo Alarba pour le fiqh (Droit musulman). A Bokhol, il commença son droit qu'il alla terminer à Keur Kodé Alassane et à Taiba Sèye.

Ainsi, se termina le premier cycle de ses études. C'est alors que l'accueillit Saint-Louis pour l'étude de la littérature et de la grammaire auprès du grand érudit Amadou Ndiaye Mabéye future imam ratib de Saint Louis.

Ensuite, il fit cap sur le Ndiambour, à Ndiabali chez Mor Barama Diakhaté où il étudia le Tome 1 du Khalil et Ibn Ishaq. Puis à Thilla Dramane pour le Tome 2 du Khalil et l'Alfiyya à Ngade Demba. Keur Kodé Alassane l'accueillit de nouveau pour la Risala, Thilogne ensuite pour l'Ihmirar et enfin la Mauritanie, chez Mouhammed Ali al Yaqubi pour le mysticisme.

Il y reçut des capacitations (Ijaza) dans ce domaine comme dans celui des sciences exotériques comme les hadiths.

Ses études qui ont duré vingt cinq ans étaient parfois entrecoupées de séjours au Walo. S'adonnant en même temps à l'agriculture, les produits de son champ de Ngambou Thillé lui permirent de faire le pèlerinage aux lieux Saints de l'Islam.

PREDESTINATION MYSTIQUE PAR CHEIKH OUMAR AL FOUTIYOU

Cheikh Seydil Hadji Malick Sy a été tôt perçu par Cheikh Omar Foutiyou Tall, le grand soufi et fondateur de l'empire Toucouleur. Les deux hommes, bien que contemporains, vivant dans le même espace ne se sont jamais rencontrés physiquement.

Cheikh Omar Foutiyou Tall qui a disparu en 1864 à l'âge de 67 ans, dans les falaises de Bandiagara, avait vu en El Hadj Malick comme celui qui devait assurer sa succession à la tête de la Tarikha (Voie) Tijania. On racontera que Cheikh Oumar Foutiyou Tall qui avait déjà séjourné à Gaya s'était ensuite installé à Oréfondé (dans le Fouta).

Une délégation décida de faire le voyage pour le rencontrer. Mame Alpha Mayoro Wélé, frère de Sokhna Fawade Wélé, était de la délégation de six membres.

La mère de Maodo remis à la délégation un pagne, en guise de cadeau à remettre au marabout Cheikh Oumar Foutiyou Tall. Arrivés à Oréfondé, un jeudi, ils ne seront reçus que le vendredi matin, jour où devait prendre fin la retraite mystique du marabout.

Informé de ce projet de voyage, Cheikh Oumar Foutiyou aurait ouvert la porte et après salutations d'usage avec ses hôtes, demandait directement à Mame Alpha Mayoro Wélé, le pagne que lui avait confié sa sœur, Sokhna Fawade Wéllé, et qui lui était destiné, en guise de «Adiya» (Offrande).

Cet acte impressionna la délégation, qui se demandait naturellement comment le Cheikh avait pu savoir qu'un pagne lui était offert et qui s'était entre temps retrouvé entre les mains d'un chambellan.

Quand l'offrande de Sokhna Fawade Wéllé lui fut finalement remise, il la tint à bout de bras et prononça à voix haute ces paroles prédisant un avenir pour le fils de Fawade Wélé et comme le continuateur de la mission spirituelle dans la Voie de la Tijania et pour l'expansion de l'Islam. : «Fouta, ô Fouta !

Toutes les personnes qui, d'Est en Ouest, du Nord au Sud, sont à la quête de d'Allah, retourneront un jour auprès du fils prodige du propriétaire de ce pagne», avait prédit El Hadji Omar Tall.

DE MALICK FAWADE A EL HADJI MALICK SY : UN GUIDE POUR LA COMMUNAUTE

El Hadji Malick avait 35 ans lorsqu'il effectue son pèlerinage à La Mecque vers 1888. Après La Mecque, il fit un périple dans d'autres cités du Moyen Orient comme Alexandrie, Jérusalem, Boukhara, Samarkand.

L'occasion lui fut donnée de rencontrer des sommités intellectuelles et de nouer des relations solides avec celles-ci. Il revint chez lui avec un projet : Celui de revivifier la pratique religieuse.

Ce projet se déclinait en quatre points : -enseigner et fonder des daara (écoles coraniques), bâtir des mosquées, -avoir un champ pour travailler la terre et gagner sa vie mais aussi avoir un lieu où il pourrait réunir les musulmans annuellement.

Son projet sera concrétisé avec la formation de grands érudits qu'il envoya dans les quatre coins du Sénégal et d'Afrique de l'Ouest. Après le pèlerinage à La Mecque, en passant par le Sud de la France, à Marseille puis à Alexandrie, il construit la Zawiya de Ndar en 1892.

Il séjourna ensuite et fonda des écoles au Djolof avant de retourner au Walo. Ses nombreux déplacements, l'affluence des fidèles, qu'il réunissait pour leur dispenser un enseignement, les prières et Wazifa dans la Zawiya et dans sa concession ont attiré l'attention des colons qui n'hésitent pas à le convoquer à Saint-Louis de 1893 à 1905.

Après le défi de l'implantation de la Zawiya de Saint-Louis, El hadj Malick Sy est en quête d'un point d'établissement. Il s'installe à Ndiarndé où il procéda à la formation intellectuelle et spirituelle de ses compagnons à Diacksao.

Maodo s'implanta définitivement à Tivaoune sous l'invitation d'un commerçant nommé Djibril Gueye en 1902.

Il y fonda la zawiya de Tivaoune et s'établit ensuite au cœur de Dakar à l'avenue Lamine Guèye de Dakar où il a réussi à conquérir surtout le cœur des Dakarois concentrés à l'époque entre le Cap Manuel et Bel Air.

«KHILAZU-ZAHAB», L'INCONTOURNABLE ŒUVRE SUR LE PROPHETE

Maodo Malick a légué dans le domaine littéraire de nombreux ouvrages sur divers sujets, sur la théologie, le soufisme, la biographie et louange du Prophète. «Khilazu-zahab» (l'or décanté), constitué de 1001 vers et qui est un condensé de la vie du Prophète (PSL) est sans doute le chef d'œuvre. Il faut ajouter le «Kifayatou Raghibine», qui est un livre de Droit civil, social et pénal. «Wassilatoul Mouna ou Tayssir», «Fatihatou Toulaab», «If Ami Mounkiri Jaami».

L'homme au Parasol, l'éminent propagateur de l'Islam et de la Tijania, Maodo Malick Sy a été rappelé à Dieu en 1922.

«C'est un pilier de la religion qui s'est effondré. C'est un véritable esprit éclairé qui venait de faire défaut au monde des oulémas (kamâ khasafal qamâru), tel l'éclipse couvrant d'ombres la luminosité de la lune.»

Ce vers de Cheikh Thioro Mbacké déclaré au rappel de Dieu de Seydi El Hadji Malick Sy en cette année 1922 traduit d'une manière la place occupée par le saint homme de Tivaoune dans l'islam sénégalais.

Mais, le flambeau a été transmis à Serigne Babacar Sy qui a dirigé de main de maître la «Hadara Tidjane» de 1922 à 1957.

Ne ratez pas ce que tout le monde regarde

A La Une: Religion

Plus de: Sud Quotidien

à lire

AllAfrica publie environ 700 articles par jour provenant de plus de 140 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.