Cote d'Ivoire: Barthélemey Inabo à propos de Soro - Un politicien qui a fait de la sorcellerie ne doit pas

interview

Dans cette interview parue dans la version papier de l'IA le mercredi 6 novembre 2019, Barthélémy Inabo revient sur le retour de l'émission télé Variétoscope. L'ex animateur-vedette et producteur télé jette également un regard sur la situation politique ivoirienne à l'horizon de 2020.

9 ans après le retour de l'émission Variétoscope a -t-il un retour gagnant ?

Oui, quand même. Il ne faut pas cracher dans la soupe. Nous avons certes gagné notre pari, mais ce n'est pas le mien, c'est celui du Directeur général de la RTI (Radiodiffusion télévision ivoirienne : Ndlr). Je le dis tous les jours et on me dit que je suis un laudateur, pas du tout ! Voilà quelqu'un qui a cru qu'on pouvait réveiller une émission qui a disparu depuis 9 ans. Et il nous a demandé est-ce qu'on pouvait tenir. J'étais sceptique. J'ai dit : "vraiment, une émission qui se prépare avec 12 personnes, nous ne sommes restés que 3. Et avec Koné Siriki Sil, ça faisait 4 personnes". Il était donc difficile pour moi de tenter le pari et il m'a dit : «allez-y, je vous soutiens». Et nous sommes partis pour relancer l'émission. Donc, la réussite dépend essentiellement des choix du Directeur général de la RTI. Je voulais vraiment, à travers vous, lui dire merci, et lui tirer mon chapeau. Et cela nous a galvanisé nous-mêmes pour atteindre un tel niveau qui pour nous, est un niveau intermédiaire. Parce que pour nous, Variétoscope fait le plein du Palais des Sports. C'est-à-dire, 10 mille personnes par manche et là, nous n'étions pas très loin de ce chiffre à la finale mais nous pensons que l'année prochaine, nous allons aller un peu plus.

Barthélémy Inabo aussi est une image. Est-ce que cela aussi a joué ?

J'espère que mon image tient encore la route, et que cela a joué positivement. Ici, en Afrique, on a l'art de détruire des gens qui ont pris un certain âge, alors que lorsque je regarde Michel Drucker animer encore, comme si de rien n'était, alors qu'il a 76 ans, très loin de moi. Je pense que l'expérience est importante pour faire de telle émission. L'expérience est également importante pour transmettre ce qu'on sait. Transmettre ce que nous avons appris à la jeune génération, c'est ce que j'essaie de faire, avec Variétoscope.

Nous allons changer de sujet pour parler du Bureau ivoirien du droit d'auteur (Burida) où plusieurs camps se regardent en chien de faïence. En votre qualité de producteur enregistré au Burida, qu'en pensez-vous ?

Je trouve vraiment regrettable qu'on arrive à un tel niveau. Heureusement que monsieur le ministre a essayé de rapprocher les différents antagonistes. Ce que je voulais dire aux jeunes frères qui se battent pour le contrôle du Burida, est que ce n'est pas dans les invectives qu'on peut arriver à sauver une maison qui a beaucoup de difficultés. Je pense qu'on peut mieux faire, qu'on peut mieux gérer le Burida. Comme la tempête commence à s'estomper, je pense que les gens vont s'entendre sur une règle de conduite à tenir pour que la maison tienne bon. Le Burida est une maison à laquelle j'appartiens, comme vous l'avez souligné en tant que producteur. Nous devions avoir une autre image du Burida, que de se retrouver toujours dans les médias en train d'être au centre des disputes inutiles.

Que proposez-vous alors pour une sortie de crise au Burida ?

Ma proposition est de mettre en place une administration provisoire avec des membres qui s'affrontent qui ont certainement de bonnes idées, qui vont se mettre ensemble pour que chacun apporte ses idées pour faire avancer le BURIDA.

Nous allons parler politique, notamment votre regard sur la classe politique , avec en point de mire l'élection présidentielle de 2020 ?

J'avoue que j'ai un peu peur du niveau de langue qu'on utilise ici en Côte d'Ivoire pour faire de la politique. Cela n'a rien à voir avec la politique qu'on voit ailleurs. Je souhaite que les acteurs politiques mettent un peu d'eau dans leur vin, parce que les jeunes de 2010 ne sont plus les mêmes aujourd'hui. Je pense qu'il y a beaucoup de jeunes qui apprennent de mauvaises choses en écoutant les leaders politiques qu'ils suivent. Il faut surtout penser au développement et à l'harmonie de notre pays...

Aujourd'hui, il y a débat sur une éventuelle candidature pour un 3è mandat d'Alassane Ouattara. Qu'en pensez-vous ?

J'avoue que je n'ai pas très bien lu les dispositions réglementaires en la matière. Mais si celles-ci lui permettent d'être candidat, si on est démocrate on doit l'accepter. Si les dispositions réglementaires ne lui permettent pas d'être candidat, il serait sage que le Président de la République ne se présente pas. Toutefois il ne faudrait pas que les dispositions réglementaires autorisent quelqu'un à être candidat et qu'on lui dise : "non, non, ne soit pas candidat pour des raisons politiques ». Ça ne tient pas la route. Ou bien on est démocrate, ou bien on ne l'est pas. Comme le Président Ouattara l'a dit lui-même, il faut passer le témoin à une nouvelle génération politique, d'autant plus que j'ai l'impression que l'ancienne génération est dans les querelles à n'en point finir. Je pense qu'une nouvelle génération va essayer d'apaiser les cœurs ; qu'il serait sage que l'ancienne génération tende la main à la nouvelle génération. Ce serait vraiment sage, sinon, ce serait comme au Burida avec des querelles à n'en point finir, avec une histoire de "lèves-toi et je m'y mette". Et ça, ce n'est pas bien.

Que pensez-vous de la situation que vivent Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé qui, bien qu'acquittés, ne sont pas libres de tout mouvement ?

Je pense qu'on aurait dû régler cela entre nous. Sincèrement ! Ça nous aurait évité beaucoup de chose. Mais comme la procédure est en cours, il serait malséant de ma part d'apporter un jugement. Je ne peux qu'être heureux qu'ils soient en liberté parce que ce sont des parents mais je suis loin des options politiques des uns et des autres. Je suis capitaliste, je ne suis pas socialiste. Je suis pour que quelqu'un puisse gagner de l'argent à la sueur de son front.

Je ne suis pas pour l'option selon laquelle l'on peut vivre grâce social. C'est ce qui amène ce qui se passe en France. Ils sont tellement habitués au social que lorsqu'on leur enlève un élément du social, ils ne sont pas d'accord. Je suis capitaliste. Je travaille dur pour gagner mon argent et je veux en jouir, tranquillement.

Cependant ça ne veut pas dire que quand j'en ai, je ne donne pas, mais lorsque je vous donne, je le fais pour que vous fassiez quelque chose plutôt que de tendre la main tous les jours. Si vous venez me voir pour me demander de l'argent pour aller doter votre femme, je ne vous le donnerai jamais, mais si vous êtes malade et que vous me sollicitez, je peux vous donner de l'argent pour que vous guérissez pour aller travailler et gagner de l'argent. Ça, c'est ma philosophie.

Je vous donne un exemple, hier (dimanche 3 novembre 2019 : Ndlr), je suis allé acheter un poulet dans un super marché, et on m'a dit que ce poulet provenait de la ferme d'un ministre et j'étais fier. Qu'un ministre de la République actuellement en fonction puisse élever des poulets pour nous les vendre, donne à être fier de lui. Je ne vous dirai pas son nom mais je crois qu'il se reconnaitra. Voilà quelqu'un qui vit de la politique actuellement mais il fait quelque chose dont il va se servir lorsqu'il ne fera plus de la politique demain. Et ça, c'est ce que je conseille.

Tout comme vous d'ailleurs qui avez une école, des plantations, des camions etc. Vous êtes un homme d'affaires ?

Oui, je vous ai dit que je suis capitaliste. Je ne veux pas dépendre de l'aumône des gens, donc je me bats. Et si je suis bloqué dans mes activités, je peux vous solliciter pour un prêt pour développer mon affaire. Mais je ne demanderai jamais de l'argent pour en profiter gratuitement. C'est cela ma philosophie.

Que pensez-vous de la rupture entre Soro Guillaume et Alassane Ouattara ?

Je pense qu'un politicien qui a fait de la sorcellerie politique avec ses compères sorciers ne doit pas en parler sur la place publique. C'est tout ce que j'ai à dire sur le sujet.

Comment va votre santé ?

Ça va, sinon, sinon, je ne pourrai pas faire tout tout ce que je fais

Et Bernard (son frère cadet qui lui a offert l'un de ses reins lorsqu'il avait une insuffisance rénale : Ndrl), comment va-t-il ?

Il est rentré. Il travaille aussi. Il est en train de faire son petit bonhomme de chemin aussi.

Votre mot de fin

On a tous peur de 2020, mais en 2020, les électeurs devront prendre des options, au vu des programmes des uns et des autres pour choisir notre candidat. Aujourd'hui, on est mieux placé pour choisir un candidat pace que tous les camps ont dirigé la Côte d'Ivoire et maintenant, nous allons choisir celui qui a le mieux dirigé. C'est cela la réalité !

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