Afrique de l'Ouest: Meissa Babou - «Le Sénégal va dans le gouffre»

12 Novembre 2019

Lever 55 milliards sur le marché financier pour une grande entreprise, à fortiori , un Etat n'est pas de la mer à boire. Mais le Sénégal sous ajustement, qui a fait l'effort d'augmenter les prix de quelques produits à la consommation et de baisser quelques dépenses, sous la houlette de la Banque mondiale pour le rééquilibrage des comptes du Trésor public doit nécessairement arrêter tous les projets qu'il finance et surtout ne pas engager d'autres. C'est ce que préconise l'Economiste Meissa Babou pour faire face aux engagements exigibles.

L'économiste Meissa Babou, enseignant à l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad) interpellé sur les 55 milliards de francs CFA que l'Etat du Sénégal vient de lever sur le marché financier de l'Union monétaire ouest africaine (Umoa), s'en désole et cloue au pilori l'ancien ministre de l'Economie, des Finances et du Plan Amadou Ba, qui a pourtant été longtemps alerté par les avisés aux fins de limiter les interminables Eurobonds levés sur le marché financier.

Pour s'en convaincre, il a tenu à rappeler ceci : «Six (06) mois avant la dernière présidentielle, alors invité à Sud Fm je parlais déjà d'une banqueroute si l'on n'arrêtait pas le ministre Amadou Ba. Aujourd'hui, le temps m'a donné raison.

Nous sommes en train de subir les conséquences des actions d'autorités qui ne comprennent que dalle». A l'en suivre: «Le ministre a enfoncé le pays dans des projets inutiles comme le Train Express régional, l'autoroute Ila Touba... ».

De mémoire, convoque l'économiste pour étayer son propos. «La Banque mondiale a toujours conseillé le Sénégal.

Par exemple avec le Ter, la Banque mondiale n'était pas d'accord. Et quand le Sénégal a levé 1200 milliards sur le marché financier, la Banque mondiale avait recommandé à celui-ci (Sénégal) de garder la moitié pour 2019. Mais, Amadou Ba répondait en ces termes: Nous sommes un pays souverain».

Le Sénégal sera absent sur le marché financier pour un temps

Cette posture assez dommageable, fait-il savoir, «nous a amené à payer cash. Aujourd'hui, nous en sommes à une situation de déséquilibre budgétaire, voire de déficit budgétaire. Et lorsque le pays est dans une telle situation, la Banque mondiale vous freine».

D'ailleurs, ajoute-t-il: «Le Sénégal ne pourra plus aller sur le marché financier sans autorisation du Fonds monétaire international (Fmi).

Nous sommes sous-ajustement. Parce que nous sommes incapables de payer la dette. Et tant que cette situation n'est pas réglée, aucun accès au marché financier ne sera autorisé par le Fmi».

Le social freine le développement

Selon l'économiste, «notre développement est freiné par le social. Et ce qui est dommage dans cette affaire, c'est le mal-vivre noté chez les Sénégalais.

Les Sénégalais ne se retrouvent plus parce qu'au niveau social, la situation est difficile au niveau des écoles, des hôpitaux, et particulièrement pour les universités.

Par exemple, cette année, l'Etat aura de sérieux problèmes pour orienter tous les nouveaux bacheliers dans les universités. Parce que les universités ne sont pas capables d'absorber tous ces bacheliers».

Tous les projets doivent être arrêtés, excepté les projets clés en main

A la situation actuelle, l'économiste préconise ceci: «Tous les projets où l'Etat finance doivent être arrêtés.

Et seuls les projets financés clés en main doivent continuer». Et de dire dans la foulée : «Aujourd'hui encore, l'Etat engage un projet social appelé Bus Rapid Transit (Brt) sans avenant de 300 milliards de francs CFA, lequel sans doute arrivera à plus de 600 milliards.

Nous l'avons vu avec le Train Express Régional (Ter) qui, au départ tournait autour de 800 milliards, mais aujourd'hui il avoisine plus de 1500 milliards». Aujourd'hui, conseille-t-il: «Le seul projet bon, c'est le projet Ila Kaolack. Parce que ce sont les Chinois qui financent clé à main».

L'absence de planification est contre performante

Très déçu par cette situation, Meissa Babou dira: «Il n'y a aucune planification dans nos politiques publiques. Les gens font des projets par copinage à l'image du projet Ter. Donc, pas même de vision.

Ce sont des investisseurs qui viennent nous faire des propositions comme ça. Et très souvent, ces projets ne rentrent pas dans notre vision de développement».

Et l'économiste de déconseiller: «Il faut que les gens arrêtent d'engager l'Etat dans des projets où le seul but visé est l'intérêt personnel. Tout doit être planifié avant. Ce qui n'est pas le cas pour bon nombre de projets engagés ».

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