Sénégal: Refus de débat sur le 3e mandat - Momar Diongue «trahit» le secret de Macky

12 Novembre 2019

Alors que les supputations vont bon train au sujet des motivations réelles du chef de l'Etat qui, au moment où il semble bannir toute discussion au sein de camp concernant le troisième mandat, procède au renforcement de sa coalition par la promotion des alliés de la dernière heure.

Momar Diongue, journaliste et analyste politique, interpellé par la rédaction de Sud quotidien, souligne que le président Sall après avoir martyrisé l'opposition durant son premier mandat, est en train de l'amadouer soit pour se baliser la voie du troisième mandat le moment venu, soit pour créer un vaste rassemblement pour son futur dauphin.

«Le chef de l'Etat est en train de se renforcer, de créer un vaste mouvement autour de sa personne et cela, bien avant l'élection présidentielle. Je dirais même que cette dynamique a commencé au Conseil des ministres décentralisé tenu à Kaffrine.

En marge de cette rencontre, il avait dit qu'il allait réduire l'opposition à sa plus simple expression. C'est le premier repère qui explique à mon avis cette dynamique. J'y reviendrais tout à l'heure.

Le deuxième repère, ce sont les élections législatives de juillet 2017 où le président Macky Sall s'est rendu compte que sa coalition, Benno Bokk Yaakaar, était en train de s'affaiblir ou de s'essouffler.

Car, au sortir de ces législatives, il avait à peine 51% des suffrages même si le mode de ce scrutin lui a permis d'avoir une majorité avec énormément de départements qu'il a remportés.

Mais toujours côté suffrages, il était quasiment titillé par l'opposition/ C'est pourquoi il a senti la nécessité de renforcer la coalition Bby.

Et si vous souvenez bien, c'est au sortir de ces législatives qu'il à commencé à faire appel à ses anciens frères libéraux : Modou Diagne Fada, Farba Senghor, Pape Samba Mboup, Souleymane Ndènè Ndiaye, Serigne Mbacké Ndiaye qui l'ont tous rejoint pour élargir les base de la coalition Benno Bokk Yaakaar pour aller vers une grande coalition présidentielle. Donc, c'est depuis cette élection qu'il s'est lancé dans cette dynamique.

Maintenant, je l'ai évoqué un peu plus haut, je considère le Conseil des ministres décentralisé de Kaffrine comme étant le premier repère de cette dynamique de renforcement du président Sall tout simplement. Si vous vous rappelez de la déclaration du chef de l'Etat, lui-même disait qu'il allait réduire l'opposition à sa plus simple expression.

Et dans sa démarche, il a fait recours à deux stratégies dont la première a été utilisée durant son premier mandat où il était question pour lui de ne pas faire de quartier à l'opposition. C'est la raison pour laquelle il l'a martyrisée à l'époque.

Ceux qui avaient des velléités pour entraver son chemin pour le second mandat, on a vu le sort qui leur a été réservé.

Certains sont allés en prison comme Khalifa Ababacar Sall à la faveur de l'affaire dite de la caisse d'avance de la mairie de Dakar, Karim Wade avait fait les frais de la Crei, le Pds a vu énormément de ses responsables arrêtés et emprisonnés au point qu'il soit obligé de se concentrer sur leur libération plutôt que penser à se massifier et à s'organiser.

Ensuite, il a réussi à travers la loi sur le parrainage à faire invalider les candidatures de certains ténors de l'opposition dont Malick Gakou, Pape Diop, Hadjibou Soumaré, Aïda Mbodj pour ne citer que ceux-là.

Donc, il avait réussi à martyriser l'opposition et ne lui donner aucune chance de pouvoir entraver son chemin pour le second mandat. Ça, c'est la méthode du premier mandat».

«AMADOUER L'OPPOSITION POUR SE BALISER LA VOIE DU TROISIEME MANDAT, LE MOMENT VENU»

Maintenant, contrairement à cette méthode pour le second mandat, il amadoue l'opposition et c'est ce qui l'a amené à donner quelques sucettes à ceux qui étaient dans le camp de l'opposition et qui ont finalement décidé de le rejoindre.

C'est le de Cheikh Tidiane Gadio récemment élevé au rang de vice-président de l'Assemblée nationale, Aïssata Tall Sall nommée Envoyée spéciale du président de la République.

Auparavant, il a fait la même chose avec le maire de Ziguinchor, Abdoulaye Balde mais aussi avec Thierno Lô nommé président du conseil d'administration de la société chargée de la gestion du Ter (Train express régional).

Donc après avoir martyrisé l'opposition durant son premier mandat, Macky Sall est en train de l'amadouer.

Puisqu'il a non seulement nommé certains de ses frères libéraux, il a scellé ses retrouvailles avec le président Wade. Il a aussi permis la libération de Khalifa Ababacar Sall par le biais d'une grâce présidentielle.

Et enfin, il a tendu la main au reste de l'opposition pour entrer dans le cadre du dialogue politique. Donc, la méthode utilisée par le président Sall durant son premier mandat est contraire à celle qu'il est en train d'utiliser actuellement pour créer un vaste mouvement autour de sa personne mais pour quelle finalité.

À mon avis, je pense que cette finalité peut être double puisque le président Sall sait que le débat sur le troisième mandat va fortement finir sur une question de rapport de forces.

Et s'il travaille pour avoir l'essentiel de la classe politique autour de lui, peut être qu'il lui sera beaucoup plus facile, le moment venu, d'aller vers un troisième mandat si c'est vraiment dans ses intentions».

«UN VASTE RASSEMBLEMENT (...) POUR SON DAUPHIN»

«L'autre possibilité, c'est de créer un vaste rassemblement autour de sa personne pour éventuellement que tous ses souteneurs aillent dans le sens qu'il leur indiquera au moment où il choisira son dauphin.

Tout simplement parce qu'il sait que ce dernier (dauphin) aura besoin d'une grande majorité présidentielle pour pouvoir éventuellement passer parce que ce dauphin n'aura pas le temps d'ici là de peaufiner un coefficient personnel, d'asseoir sa notoriété, de se préparer à temps et d'avoir un appareil.

Donc, soit Macky Sall travaille pour lui-même dans la perspective d'un troisième mandat pour qu'au moment où il en aurait l'intention, qu'il n'y ait pas une opposition farouche pour l'empêcher et que la majorité présidentielle soit suffisamment forte afin que le rapport de forces lui soit favorable. Ou bien il travaille à créer un vaste mouvement pour son dauphin».

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