Algérie: 10e Fica - "Le silence des autres", un film contre l'oubli du franquisme et de ses dérives

Alger — Le long métrage documentaire "Le silence des autres", dédié au long combat judiciaire de rescapés du franquisme pour faire condamner des tortionnaires amnistiés, coréalisé par l'Espagnole Almudena Carracedo et l'Américain Robert Bahar, a été projeté au public lundi à Alger.

D'une durée de 95mn, ce documentaire est en compétition au 10e Festival international du cinéma d'Alger (Fica), dédié au film engagé, qui se tient depuis jeudi dans les salles de l'Office Ryadh El Feth.

Sorti en 2018, le film traite du combat présent des victimes et de leurs descendants pour rendre caduque la loi de 1977, accordant l'amnistie générale aux franquistes et qui avait été votée dans l'urgence de la transition démocratique.

L'existence de cette loi en Espagne a contraint les victimes à se tourner vers la justice argentine.

"Au nom de l'universalité des droits de l'Homme", deux plaignants espagnols saisissent les juges argentins contre des ressortissants espagnols. Jugée recevable, cette plainte a encouragé d'autres victimes et leurs héritiers à s'organiser pour attirer l'attention des médias en Argentine comme en Espagne.

L'âge des victimes transforme ce combat en course contre la montre et de nombreux enfants de victimes, aujourd'hui âgées de plus de 80 ans pour certains, se battent toujours pour restituer les restes mortuaires de leurs parents enterrés dans des fosses communes.

Ce dossier relève de procédures d'extradition d'anciens officiers franquistes accusés d'exécutions sommaires, de vol de bébé, ou encore de torture, en Argentine pour y être jugée. Il se révèle compliqué en raison des longues enquêtes judicaires nécessitant le déplacement de juges et de victimes entre les deux pays.

Le film restitue également les témoignages poignants de victimes, décidées à s'unir pour rompre le "pacte de l'oubli" et faire abroger la loi de 1977.

Si la justice argentine n'a pas réussi jusque-là à faire extrader les anciens tortionnaires franquistes, l'instruction judicaire enclenchée hors Espagne-une première- a permis de tirer de l'oubli la sombre histoire du franquisme pour rouvrir ses pages les plus douloureuses.

L'ouverture d'une fosse commune reste parmi les séquences les plus insoutenables du film: la caméra accompagne l'opération de recherches de restes de victimes, sous le regard d'une dame de 88 ans, venue d'Argentine pour récupérer les ossements de son père, et en présence de descendants de victimes enterrées, elles, sous une autoroute.

Face à la caméra, les plus jeunes victimes du franquisme confient "avoir pardonné sans jamais oublier", mais refusent "une amnistie sans justice".

Inauguré jeudi, le 10e Fica se poursuit jusqu'au 16 novembre avec au programme de la compétition documentaire deux autres films retenus dans cette catégorie.

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