Sénégal: "Une femme roc" de Mame Famew Camara, considérations générales sur les couples et problématiques contemporaines

Dakar — L'écrivaine sénégalaise Mame Famew Camara vient de sortir son cinquième ouvrage - un roman intitulé "Une femme roc - dont l'inspiration première part de considérations générales sur le destin des couples au Sénégal à l'épreuve du temps et des caprices des hommes, pour aboutir à une réflexion libre sur des sujets aux enjeux contemporains tels que la problématique genre et la défense de l'environnement sans compter des références subtiles à la question de la gouvernance.

"Une femme roc" (L'Harmattan Sénégal) est le deuxième roman de Mame Famew Camara après "Taulard malgré lui", publié en 2017.

Elle avait auparavant publié trois recueils de poésie, à savoir "Si près, si loin" (2012), "Une flamme, une vie, une âme" (2014) mais aussi "Princesse aux principes" (2016).

A la base, "Une femme roc" parle d'un couple dont le ménage allait très bien au début jusqu'à ce que l'homme rencontre une autre femme et change pour devenir une autre personne, explique Mame Famew Camara.

Une évolution inattendue dans la vie de ce couple qui conduit à la rupture.

"A travers ce roman, peut-on lire sur la quatrième de couverture de l'ouvrage, l'auteure dénonce les violences muettes vécues par la gent féminine dans leur ménage au Sénégal et la souffrance d'une femme passionnée par l'amour de l'autre, mais aussi par le fait d'aimer voire même d'adorer tout simplement".

L'auteure dénonce par la même occasion l'indifférence dont les femmes sont victimes de la part de leurs conjoints, le manque d'attention, entre autres situations rendues sous le vocable de "violences muettes".

Ce livre se veut "une ode féministe car racontant sans tabou le quotidien d'une femme moderne à la sénégalaise", car si Mame Famew Camara reconnaît y projeter certaines de ses "valeurs", il n'est pas pour autant une autobiographie.

L'héroïne, "une femme moderne, fragile et fort amoureuse de la littérature mais surtout de son mari qui va malheureusement l'abandonner pour une autre", laisse certes penser à l'auteure.

Comme cette dernière, elle a voyagé et fait des études à l'étranger, a de même "un peu vécu avec sa grand-mère qui s'est un peu occupée d'elle à un moment donné de sa vie quand elle était plus petite".

S'y ajoute que Faly, l'héroïne, "est engagée, sensible à la bonne marche de la société, défend les droits humains et est sensible à la question de la défense de l'environnement", ainsi qu'à d'autres problématiques comme les conditions inégales des échanges internationaux, une situation qui fait que les pays africains par exemple ne peuvent pas fixer les prix de leurs matières premières, relève l'écrivaine.

Malgré toutes ces similitudes, "Une femme roc" ne peut être ramenée à la vie de son auteure, qui semble se servir de ce roman pour marteler ses convictions de femme et de citoyenne.

"J'aime qu'on agisse plus qu'on ne parle, dit-elle. Il y a des lois qui sont bien faites, qui respectent les droits humains et contribuent à la protection de l'environnement et à la défense de la nature, mais on les met de côté".

De même Mame Famew Camara s'élève-t-elle contre les "normes tacites" qui gouvernent la société sénégalaise, qui font par exemple les ménages, attendus pour être des lieux de bien-être, se transforment en des endroits où "tout le temps des rapports de force" sont à l'œuvre.

L'écrivaine, parlant de son évolution de la poésie au roman, a dit avoir naturellement commencé par ce dernier genre. "C'était facile pour moi, c'était fluent comme on dit, j'écrivais des poèmes par-ci, par-là", depuis un prix qu'elle a gagné en classe de 4e secondaire.

Mame Famew Camara, alors pensionnaire de l'Institut Notre-Dame, un établissement secondaire privé dakarois, a remporté un concours de poème sur la paix.

"J'ai gagné de la confiance (avec ce prix), ce qui fait que j'ai continué à écrire des poèmes" jusqu'à la publication de son premier recueil en 2012.

Il lui a été par la suite conseillé d'essayer le roman pour gagner "plus de lecteurs", la poésie pouvant être un peu hermétique.

"J'aime bien le roman, parce que ça permet de traiter de beaucoup de faits sociaux, ça permet de relater ce qui s'est passé et ce qui se passe, de se projeter dans l'avenir", souligne-t-elle.

A contrario, la poésie permet plutôt de parler de soi et de ses émotions, a poursuivi Mame Famew Camara, qui est en train de terminer un roman sur l'infanticide, inspiré de l'histoire d'une de ses jeunes voisines tombée enceinte sans être dans les liens du mariage.

Une jeune fille "brillante, qui avait tout pour réussir" mais qui avait surtout "peur du regard des autres", une situation qui a l'a amenée à jeter son nouveau-né à la poubelle, par peur du qu'en-dira-t-on et pour éviter le jugement de la société.

"J'aime bien que les hommes soient beaucoup plus sensibles à l'endroit de leurs familles, qu'ils les écoutent et communiquent avec elles, qu'ils soient plus justes avec elles", assène l'auteure avant de conclure : "S'ils ont le droit d'en épouser plusieurs", suivant en cela les préceptes de l'islam, "ils ont le devoir de les traiter toutes de la même façon".

Mame Famew Camara a fait des études en culture et communication et en administration publique au Sénégal et en France. L'écriture et la peinture sont des activités qu'elle pratique avec passion.

Elle fut lauréate du Prix du jeune auteur au Sénégal en 2016 et celui du Prix jeune auteur pour la renaissance africaine en 2018.

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