Maroc: Guerre des chefs à la tête du Polisario

Les manifestations qui secouent les camps de Tindouf provoquent une crise entre le chef des séparatistes et le plus sanguinaire de ses soi-disant ministres

La direction du Polisario qui ne recule devant rien pour faire taire ses opposants, vient de franchir une ligne rouge : publier des photos intimes des conjointes des opposants pour les réduire au silence. C'est ce qui vient d'arriver à Oulaya Saâdi, ex-épouse de l'opposant et blogueur El Fadel Breika, enlevé et emprisonné, sans verdict, dans le tristement célèbre pénitencier de Dhaïbiyba depuis le mois de juin dernier.

Mécontents de la prestation de celle-ci devant le Conseil des droits de l'Homme, les chefs du Polisario ont ordonné la diffusion de ses photos intimes ; ce qui a provoqué la colère des habitants des camps de Tindouf qui ont organisé de nombreuses manifestations et sit-in ça et là dans les différents camps et devant les locaux de la direction du Polisario.

Scandant des slogans hostiles à la direction du Polisario et dénonçant la bassesse à laquelle est arrivée cette direction, certains manifestants ont envahi la chaîne de télévision de la prétendue RASD dont ils accusent le directeur qu'ils ont molesté, d'être l'instigateur de la diffusion des photos infamantes d'Oulaya Saâdi.

La diffusion desdites photos serait, selon des sources des camps, la dernière née des méthodes inhumaines du premier tortionnaire du Polisario, le dénommé Sidahmed Batal, un sanguinaire notoire, devenu aveugle depuis quelques années et souvent décrié pour son atrocité. Il aurait ordonné à Mohamed Salem Laâbid, directeur de la chaîne de diffuser ces photos, malgré l'opposition de Brahim Ghali avec lequel le ministre aveugle aurait eu une prise de bec du fait de la diffusion desdites photos qui portent préjudice à la « cause » et dont la diffusion constitue un acte inacceptable dans les milieux sahraouis réputés conservateurs et pour lesquels l'honneur de la femme est un sujet sacré qu'il ne faut jamais aborder.

Selon les dernières nouvelles, les manifestations qui se sont poursuivies le long de la semaine qui vient de s'écouler, auraient atteint leur paroxysme, pendant les deux derniers jours où les manifestants ont envahi le prétendu parlement du Polisario devant lequel ils s'étaient regroupés et dont le président a été molesté provoquant l'intervention de la gendarmerie.

Rappelons que les photos de la jeune femme ont été retrouvées sur le téléphone de son mari dans la prison de Dhaibya où il est incarcéré. Ses geôliers, connaissant le penchant pour le vice qu'avait le ministre avant de perdre la vue, les lui ont rapportées. Ne pouvant pas les voir pour s'en délecter, il en a ordonné la diffusion.

Malgré que les photos à l'origine de ces violences ont été retirées des sites incriminés, les manifestations se sont poursuivies devant l'école du 9 juillet de Rabouni, pour dénoncer ce qui est considéré comme un acte ignoble et inacceptable aux yeux d'une société très conservatrice. Les protestataires ont également décrié devant le QG du Polisario à Rabouni, la grave dérive et l'ignominie des dirigeants du Front et des médias à leur solde, ainsi que les graves violations des droits les plus élémentaires perpétrées sur les habitants de Tindouf.

Bien que les raisons de manifester contre la direction du Polisario soient nombreuses et diverses, la mystérieuse disparition, depuis 2009, du dissident Ahmed El Khalil, un ancien cadre et conseiller de l'ex-chef du Polisario, Mohamed Abdelaziz, surgit chaque fois que des manifestations sont organisées à Rabouni. Ce fut donc le cas lors des manifestantions contre la diffusion des photos d'Oulaya.

Des membres de la famille de Khalil, dont certains vivent en France, ont mandaté l'avocat français, Me Hubert Seillan qui affirme être déterminé à emprunter toutes les voies de recours pour lever le voile sur la disparition de Khalil qui n'a plus donné signe de vie depuis son enlèvement le 6 janvier 2009 alors qu'il se rendait à Alger, pour plaider en faveur du respect des droits de l'Homme dans les camps de Tindouf.

Me Hubert Seillan a déjà fait le plaidoyer de cette affaire devant la quatrième commission de l'Assemblée générale de l'ONU et compte saisir la Cour pénale internationale (CPI) et le Comité des droits de l'Homme à Genève.

Libération des trois membres de l'ISC

Après cent jours de détention arbitraire et de torture, les trois blogueurs membres de l'Initiative sahraouie pour le changement (ISC) ont recouvré leur liberté, dimanche 10 novembre, après que le prétendu tribunal du Polisario les a innocentés des accusations retenues contre eux.

La libération de Moulaye Abouzid, Mohamed Fadil Brika et Mahmoud Zeidane, survenue après plus de trois mois de détention, a été suscitée par la pression exercée par les populations qui n'a cessé de monter et qui s'est accentuée ces dernières semaines après que la direction du Polisario a ordonné la diffusion de photos intimes de l'épouse de Brika Mohamed Fadil qui avait porté l'affaire de détention de son mari et ses compagnons d'infortune devant le Conseil international des droits de l'Homme à Genève.

La plainte formulée par la jeune femme avait dévoilé les violations des droits de l'Homme, les restrictions de tout genre et l'oppression imposée aux habitants des camps de Tindouf par les tortionnaires du Polisario.

Rappelons que les trois dissidents avaient été accusés d'intelligence avec l'étranger, notamment avec les services de renseignements marocains, lorsqu'ils avaient dénoncé la gabegie, les détournements des aides internationales et l'enrichissement illicite des chefs du Polisario.

Un juge les avait innocentés des accusations relatives à l'intelligence avec les services de renseignements marocains, mais ils ne furent pas libérés pour autant. Rien n'y a fait, ni les dénonciations des organisations internationales, ni les grèves de la faim des trois détenus. Il a fallu les manifestations et les soulèvements populaires pour que la direction du Polisario libère les trois jeunes gens qui avaient été arrêtés, selon l'ISC, suite à la large diffusion sur les réseaux sociaux des accusations qu'ils avaient portées contre la direction du Polisario.

Leur incarcération a mis en lumière la grave mésentente entre Sid'Ahmed Battal et Brahim Ghali.

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