Cote d'Ivoire: Ulcère de Buruli/Pr Kaloga Mamadou - « Il existe des mesures pour éviter les lourdes conséquences de la maladie »

13 Novembre 2019
interview

L'ulcère de Bruruli sévit toujours en Côte d'Ivoire, pays où il y a le plus de malades. Tour d'horizons avec ceux qui ont en charge la lutte contre cette maladie de la peau. Le Pr Kaloga Mamadou est le Directeur coordonnateur du Programme National de Lutte Contre l'Ulcère de Buruli.

Professeur, l'ulcère de Buruli ne semble être present que dans certaines zones...

Effectivement la maladie sévit dans les zones où il y a eu de grands aménagements et de grands bouleversements de l'environnement. Il s'agit surtout des zones de marécages autour des barrages hydro-électriques ou des grandes zones irriguées pour la riziculture par exemple.

C'est pourquoi en Côte d'Ivoire la maladie sévit dans les districts de Daloa, Divo, Oumé, Sakassou, Béoumi, Yamoussoukro, Bouaflé, Tiassalé, Zouan-Hounien ... pour ne citer que ceux là.

On a l'impression que c'est une maladie ivoirienne, on en entend rarement parler ailleurs...

Ce n'est pas une maladie uniquement Ivoirienne même si la Côte d'Ivoire dépiste plus de cas au monde On trouve la maladie dans une trentaine de pays situés dans la zone inter tropicale où le climat est humide et chaud.

Exemple : Le Benin, au Ghana, le Togo, le Nigeria, le Cameroun, la Rdc. Hors d'Afrique on trouve la maladie dans certaines parties de l'Australie, du Japon... En 2018, l'Australie a notifié plus de cas que la Côte d'Ivoire.

Y'a-t-il des chances pour qu'elle soit un jour éradiquée ?

Il faut d'abord préciser que le microbe est bien connu, mais le mode de contamination de la maladie n'est pas encore bien élucidé.

L'on ne sait pas comment l'homme se contamine. Du coup il est difficile de parler d'éradication. Il n'y a pas de mesure primaire c'est-à-dire des mesures pour éviter de se contaminer. Le respect des règles d'hygiène corporelle et vestimentaire est la seule mesure conseillée.

Pour le moment nous ne parlons pas d'éradication mais de contrôle ; c'est-à-dire contrôler tous les autres aspects de la maladie.

Contrôler la prévention des invalidités par un dépistage précoce, maitriser le processus de diagnostic, maitriser la méthode de traitement : prendre précocement les antibiotiques, assurer la gestion des plaies, assurer la chirurgie pour certains malades.

C'est quoi exactement l'ulcère de Bruli ?

C'est une maladie de la peau, provoquée par un microbe. La maladie se manifeste par signes de début qui sont Une boule sous la peau ou Une partie du corps qui devient dure ou Un gonflement.

Si le malade ne consulte pas tôt, alors plus tard, la peau « s'ouvre » et apparait spontanément une plaie. Comme vous le voyez, l'ulcère de Buruli ne commence pas par une plaie. D'ailleurs si le malade consulte tôt, la plaie peut ne pas apparaitre.

Pourquoi le nom Burluli ?

Buruli est le nom d'un conté ou région d'Ouganda. C'est là qu'il y a eu beaucoup de cas dans les années 1960.

Dans cette zone il y a eu des travaux d'aménagement pour accueillir des réfugiés. Beaucoup de personnes parmi ces réfugiés ont développé des ulcères cutanés inexpliqués

C'est de là est venu l'ulcère de Buruli. En Côte d'Ivoire beaucoup de cas ont été dépisté à Daloa en 1986 ; d'où l'appellation de la maladie de Daloa.

Quel comportement avoir pour ne pas contracter cette maladie ?

Comme je l'ai plus haut, il n y a pas de mesures préventives primaires. Il existe des mesures pour éviter les lourdes conséquences de la maladie.

Il s'agit de : Dépistage précoce, consultation dans l'hôpital le plus proche, prise régulière des médicaments, suivre scrupuleusement les conseils des praticiens et respects des mesures d'hygiène corporelles et vestimentaires.

Que fait le Pnlub, votre structure ?

Le Programme national de lutte contre l'ulcère de Buruli est la structure technique du ministère de la Santé et de l'hygiène publique qui a en charge la gestion de toutes les interventions sur l'ulcère de Buruli.

Le Pnlub est chargé de tout coordonner autour de la maladie, de réduire les conséquences liées à la maladie par des actions efficaces sur le terrain. Ce qui suppose de travailler avec les districts en décentralisant les activités.

Nous essayons aussi de contribuer à apporter un peu de joie dans le cœur des malades. A ce titre, en décembre prochain, nous parrainons un arbre de Noël au bénéfice des enfants malades de l'ulcère de Buruli

C'est important de vivre une journée de loisir avec des enfants que nous côtoyons tous les jours dans un contexte qui peut être qualifié de « stressant » pour le malade et pour les praticiens que nous sommes.

Ce sera une occasion de briser la barrière de soignant et malade. Ces enfants ont le droit de vivre la fin de l'année dans la joie comme tous les autres enfants de leurs âges. Ils ont droit au cadeau. Ils ont droit de voir le Père Noël.

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