Cote d'Ivoire: De Venise à Curitiba en passant par Londres - Le Road-Show artistique de Valérie Oka

13 Novembre 2019

C'est une valeur sûre de l'art contemporain africain. Pas du tout bling-bling, le prototype de l'anti star, Valérie Oka préfère plutôt mettre en avant son travail artistique plutôt que sa personne. Cette artiste pétrie de talent, qui vit presque pour son art, est perpétuellement en création.

Et, elle n'hésite pas à épouser l'air du temps, ou encore à s'adapter, quand il le faut, à l'évolution, notamment la révolution numérique.

Mais, ce qui fascine chez Valérie Oka, avant tout, c'est la puissance du message qu'elle véhicule à travers ses œuvres qui parcourent le monde. D'ailleurs, en ce moment, son travail est présent sur deux continents : l'Europe et l'Amérique (latine).

A la Biennale de Venise, qui se tient actuellement jusqu'au 24 novembre prochain, elle s'attaque, à travers sa série de toiles intitulée «Héritage», à la problématique du retour des œuvres du patrimoine africain, éparpillées dans le monde, dans les musées et chez des particuliers, sur le continent.

Dans cette ville italienne, sa création met en relief le non perceptible, cette énergie spirituelle dont ont été amputées les différentes sculptures africaines sorties de leurs contextes social et culturel.

Une façon, pour la plasticienne, d'exprimer que l'esprit demeure présent. La culturelle africaine est une certaine forme de spiritualité qui lie les différents royaumes du visible et de l'invisible, de la matière et de l'immatériel, de l'homme et de l'esprit.

Les sculptures, figurines, masques... qu'elles présentent, dans ses tableaux, étaient des points de liaisons, des supports devant servir à regrouper les forces et énergies adéquates susceptibles de créer ou modifier une certaine formalisation matérielle dans la vie quotidienne des êtres. C'étaient des instruments, des outils, capteurs et émetteurs d'énergies.

Valérie Oka exprime ainsi des énergies flottantes en résonnance avec les esprits et lois naturelles, qui se transformaient en émotions, ondes, pensées, matières, apparences coutumières.

La série «Héritage » raconte l'éternel présent, l'insaisissable apparence des esprits disparus. Elle prend figure d'une identité réhabilitée dans la conscience du temps et l'espace, creuset au sein duquel le processus créatif poursuit son évolution.

«Ce que je vois sous-tend autre chose que ce que je vois » dit Valérie Oka. Son travail n'est pas une « fin », mais se conçoit comme étant le commencement d'un processus créatif dans l'esprit de celui qui le regarde. Il ne fait qu'ouvrir des pistes, des points de réflexions, créateurs de nouvelles pensées.

A la 14ème Biennale de Curitiba au Brésil, qui se tient depuis 21 septembre et ce jusqu'au 1er mars 2020, Valérie Oka propose une installation vidéo intitulée «Chuuuutt», sur les violences conjugales. Là, la force de son travail est hyper saisissante : un lit débrayé, des vêtements qui jonchent le sol par-ci, par-là ; des mouchoirs immaculés de sang...

Bref, des traces d'une rare violence, comme on en voit dans les foyers. Le tout soutenu par une vidéo qui plonge le visiteur dans l'ambiance insoutenable d'une bagarre entre un homme et une femme. L'artiste, faut-il le souligner, est une militante engagée contre les violences faites aux femmes.

Cette œuvre s'inscrit inévitablement dans cette lutte. Enfin, à la Foire de l'art africain contemporain de Londres, en Angleterre, elle expose son travail en hommage à la curatrice nigériane, Bisi Silva, aujourd'hui décédée. Il s'agit, notamment, d'un portrait en blanc et noir de cette commissaire d'exposition qu'elle accompagne d'un texte émouvant.

Une sorte d'épitaphe qui ne dit pas son nom. «Humblement, simplement, tu t'es battu corps et âme pour valoriser la femme, artiste, africaine et lui permettre d'exprimer toute cette force intrinsèque qu'elle porte en elle.

Tu es une belle personne, et cette énergie lumineuse que tu m'as transmise, j'espère aussi, dans le sillon de tes pas, la transmettre à d'autres», écrit Valérie Oka.

Des mots, simples et profonds, qui en disent long sur la profondeur des liens unissant ces deux femmes africaines contemporaines. Avec la même technique picturale, Valérie Oka hisse «sa» Bisi Silva au rang les figures des emblématiques du peuple noir.

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