Congo-Kinshasa: En marge de la visite de Félix Tshisekedi en France, la diaspora divisée comme jamais

13 Novembre 2019

Longtemps unis, les mouvements des « combattants et résistants » congolais de la diaspora ne parlent plus d'une seule voix et ne marchent plus main dans la main, depuis l'arrivée de Félix Tshisekedi au pouvoir en République démocratique du Congo (RDC). Une situation triste et inattendue.

La diaspora congolaise est désormais divisée sur l'attitude à adopter vis-à-vis de la présidence de Félix Tshisekedi. Après Bruxelles en septembre dernier, cela s'est vu de manière évidente lors de la visite du président congolais à Paris, en marge du Forum pour la paix organisé par Emmanuel Macron.

Les manifestations organisées par des « combattants et résistants » (les pro et les anti-Félix) ont mobilisé du monde. La ville d'Aubervilliers, située dans la banlieue immédiate de Paris nord, précisément dans le département de la Seine-Saint-Denis en région Ile-de-France, a été envahie par des Congolais et quadrillée par les forces de l'ordre. Si les deux groupes ne sont pas allés à la confrontation, la tension était palpable chez les uns et les autres.

Dans la salle, chauffée à blanc, où se tenait le meeting du président congolais, on entendait que des cris de réjouissance. Le slogan « Fatshi Béton », en référence aux grands travaux promis par le nouveau locataire du palais de la Nation, a été scandé à plusieurs reprises. Le soutien des militants de l'UDPS et alliés à leur champion était total.

A l'extérieur, les anti-Félix - plusieurs milliers - dénonçaient l'alliance contre-nature du président congolais avec Joseph Kabila qui, selon eux, n'est jamais parti. Le comportement de certains membres de sa coalition politique (FCC) fait croire que le véritable pouvoir se trouve à Kingakati.

Ils sont convaincus que leurs camarades de la diaspora, « combattants et résistants », qui ont rejoint la coalition Cach (Cap pour le Changement) de Félix Tshisekedi et Vital Kamerhe, l'ont fait par opportunisme : « ils sont allés au partage du gâteau, ils sont allés à la soupe », affirmaient-ils haut et fort devant des badauds médusés. Ils ne pensent donc pas que l'on peut être « combattant et résistant » et appartenir à la majorité présidentielle.

« Comment peut-on soutenir Félix Tshisekedi, le partenaire privilégié de Joseph Kabila que nous combattons depuis plusieurs années ? », s'interrogeaient-ils. Et d'ajouter: « notre combat contre la kabilie n'est pas terminée ». Pour eux, ces camarades qu'ils qualifient de « traitres » se sont exclus du combat. Ils sont de la majorité.

Tristesse

Les amis d'hier sont devenus les ennemis d'aujourd'hui. Les mouvements « combattants et résistants » congolais de la diaspora respirent l'agonie. Ils se tirent dans les pattes et sont divisés comme jamais. Les désirs et les ambitions ont pris le dessus sur « le combat de la libération », du Congo.

D'aucuns estiment que ce combat est terminé pour la bonne et simple raison que c'est un fils du pays, Félix Tshisekedi, qui est à la tête de l'Etat. Et il a été reconnu par la communauté internationale. « Il y a un temps pour faire de l'activisme politique et un temps pour faire de la politique au sens noble du terme », semblent-ils dire. Le débat est donc clos. L'heure est au travail pour le changement.

Pour d'autres, aussi longtemps que l'ex-président, Joseph Kabila, sera toujours présent et aura une quelconque influence sur le fonctionnement des institutions du pays, le combat continue. Ils ne lâcheront pas prise.

Dans cette intention, ils demandent justice pour des crimes commis par des caciques de l'ancien régime et que la paix et la sécurité soient véritablement rétablies à l'Est du pays.

« Aucun politique ne parle de la situation sécuritaire à Minembwe, si ce n'est la diaspora. Etonnant, non ? », s'interrogeait à haute voix un manifestant.

Il y a de la tristesse dans la diaspora aujourd'hui. Tristesse de se voir ainsi divisée, alors même que les épreuves et les incertitudes demandent qu'elle s'unisse. Va-t-elle continuer à se désoler, à s'opposer, à ne plus croire à ses capacités?

Chacun, à son niveau, est responsable de la vie et de l'avenir du pays. Cela demandera toujours courage et audace. Des qualités que possède la diaspora et qui n'ont jamais déserté le cœur du Congo.

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