Tunisie: Un islamiste au perchoir

Il avait le choix entre le premier ministère et la présidence de l'Assemblée nationale. Il aura finalement choisi le perchoir. Rachid Ghannouchi, le chef d'Ennahdha, parti d'obédience islamiste, a en effet été élu sans surprise hier président du Parlement tunisien, au prix d'un compromis, voire de compromissions, avec Qalb Tounès, arrivé 2e aux élections législatives avec 38 sièges.

C'est le mariage de deux partenaires qui ne voulaient pas se blairer au départ. Qalb Tounès s'était en effet refusé à une alliance avec Ennahdha, arrivé 1er avec 52 sièges, soit 19,53% des suffrages, et ce dernier ne voulait pas non plus s'acoquiner avec un homme qui sent le soufre, son leader Nabil Karoui, accusé de blanchiment d'argent et de fraude fiscale, avait été emprisonné fort opportunément quelques semaines avant la présidentielle et avait d'ailleurs été sorti in extremis de taule pour le second tour des élections.

Résultat de cette alliance de raison, une majorité de 123 voix sur les 217 que compte l'Assemblée. C'est donc la consécration pour ce vieil homme de 78 ans, de son vrai nom Rached Keriji.

Jadis lié au communisme révolutionnaire, organisation islamiste clandestine proche des Frères musulmans, il fut contraint à l'exil à Londres sous Ben Ali au début des années 90 et ne fit son retour au pays qu'à la faveur de la révolution de Jasmin en 2011.

Son arrivée au perchoir sonne donc comme une revanche personnelle, même si cela jure avec ce que la Tunisie a toujours été depuis Bourguiba, c'est-à-dire un pays ouvert où les femmes sont libres, dans un glacis maghrébin plutôt austère.

Qui ne se souvient en effet de ce grand verre de jus d'orange ingurgité par le « grand commandant » en plein ramadan ?

Il faut donc craindre que son arrivée aux affaires combinée à l'arrivée à la présidence de l'indépendantKais Saied, qui n'a jamais fait mystère de son opinion islamo-conservateur, marque un grand recul.

Le dossier de l'Assemblée nationale rondement bouclé, restent maintenant le choix du Premier ministre et la formation du futur gouvernement, qui s'annoncent beaucoup plus compliqués. La primature reviendra-t-elle aussi àEnnahdha ?

C'est peu probable en réalité. Le choix portera sans doute sur une personnalité plus consensuelle et moins clivante que Ghannouchi, pour espérer obtenir l'onction parlementaire.

D'ores et déjà, les tractations et autres marchandages battent leur plein. Des formations comme le Mouvement démocratique et le parti Echaab ont clairement affirmé qu'ils ne soutiendraient Ennahdha au Parlement que s'il acceptait de nommer une personnalité indépendante à la tête du gouvernement.

L'oiseau rare devrait, dans tous les cas, être connu d'ici demain, même si on peut craindre pour la stabilité institutionnelle de la Tunisie.

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