Afrique Centrale: Devoir de mémoire - Un atelier en Belgique fait un zoom sur l'histoire de l'Afrique centrale

Une rencontre intitulée « Afrique centrale : quand les mémoires interrogent l'histoire » a été animée récemment par la guide Claire Poinas, inaugurant la nouvelle activité à destination des élèves de fin d'école secondaire, âgés entre 16-17 ans, du Musée royal de l'Afrique centrale (MRAC) à Tervuren.

Quinze élèves ont participé à l'atelier sur l'histoire d'Afrique centrale tenu pratiquement en un peu plus de deux heures. Claire Poinas a expliqué au Courrier de Kinshasa que cette initiative tient au fait que le MRAC était autrefois une vitrine de la colonisation et ses collections ont été rassemblées principalement pendant cette période. Ainsi, « même s'il a été rénové, il reste étroitement lié à la colonisation » , a-t-elle indiqué, ajoutant que le nouvel atelier portant sur l'histoire de l'Afrique centrale fait un zoom sur la colonisation de cette partie du continent.

L'objectif, a-t-elle poursuivi, est de changer les idées reçues, faire comprendre aux élèves la place réelle de la colonisation dans l'histoire de l'Afrique. « Le but, c'est que les élèves se rendent compte que la colonisation n'est qu'une petite partie de l'histoire de l'Afrique centrale. Même si souvent en Occident les gens associent l'histoire de l'Afrique à la colonisation... ou à l'antiquité égyptienne, etc. », a-t-elle souligné. « Il extrêmement important » de le fixer dans les esprits quitte à « leur montrer que l'histoire n'a pas attendu la venue des Européens. L'Afrique a sa propre histoire », a soutenu Claire Poinas.

L'atelier a été réalisé à l'aide de six bandes dessinées (BD). Le choix de ce support, a signifié Claire Poinas, s'est imposé comme porte d'entrée car « beaucoup de jeunes connaissent mal ou pas l'histoire coloniale ». La BD, selon elle, « est une narration, une histoire dessinée, écrite, assez simple à aborder à partir de laquelle les élèves sont invités à glaner des informations dans les salles d'histoire du musée. Ils tissent celles qu'ils ont reçues au musée avec celles des BD pour se faire une idée plus complète d'une thématique historique ».

Les histoires personnelles touchent

Si en général les élèves ne connaissent pas grand-chose du sujet et n'ont pas d'attente particulière, néanmoins il est clair que ces adolescents en visite sont sensibles aux injustices, la violence et l'exploitation, des thématiques abordées dans l'exposition permanente.. Comme exemple type, la guide a évoqué l'histoire d'amour entre un homme blanc et sa ménagère congolaise, racontée dans un extrait de "Le singe jaune" de Barly Baruti. Cette BD parmi les six choisies pour l'atelier parle du fruit de cette union, un enfant placé dans un orphelinat. « Des histoires personnelles comme celle-là, de la ségrégation des enfants métis rejetés de part et d'autre de la société, touchent beaucoup les élèves », a admis Claire Poinas. Un procédé qui, a-t-elle dit, s'oppose à la pensée de la société multiculturelle actuelle où le métissage est bien perçu.

Elle a raporté que l'atelier a été clôturé sur une discussion autour de l'interdiction ou non de " Tintin au Congo", BD également utilisée au moment de la visite. « Tintin au Congo est une compilation d'idées reçues, de stéréotypes sur le Congo qu'Hergé a remis dans sa BD », a-t-elle rappelé, faisant savoir que les classes multiculturelles sont pour l'interdiction de cette oeuvre. Mais elle a renchéri : « Il faut la laisser, la contextualiser avec un préambule. Il me semble déplacé de mettre ce type de bande dessinée dans les mains des jeunes enfants. Elle doit s'appréhender comme un document historique».

L'atelier d'histoire conçu avec le concours de Kalvin Njall Soiresse, du collectif Mémoire du Congo et lutte contre les discriminations, ainsi que d'autres guides du musée, est une expérience récente. Il a ouvert ses portes le 15 octobre après avoir été soumis à la critique de pédagogues, inspecteurs et enseignants. Il a commencé par des tests préliminaires organisés avec quelques classes avant le tout premier tenu le 7 novembre.

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