Guinée Bissau: Crise politique - Vaz joue son va-tout

13 Novembre 2019

A une dizaine de jours de la présidentielle du 24 novembre prochain, la situation reste tendue en Guinée-Bissau, entre la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) et le président José Mario Vaz.

En effet, après la démission forcée au parfum de camouflet, de son Premier ministre, Faustino Imballi, nommé au forceps, une dizaine de jours plus tôt, en remplacement d'Aristide Gomes reconnu par la communauté internationale qui reconnaît à ce dernier la légitimité d'organiser les élections, la nouvelle trouvaille du président José Mario Vaz est d'inciter ses compatriotes à la révolte contre l'organisation sous-régionale.

Ce, en instrumentalisant ses partisans à travers des manifestations de soutien en sa faveur. Mais en accusant la CEDEAO « d'ingérence » et en surfant sur la vague d'un souverainisme de mauvais aloi, José Mario Vaz fait preuve d'amnésie et d'une ingratitude à nulle autre pareille, quand on sait le rôle, ô combien salvateur, que l'institution sous-régionale a joué en tant que médiatrice, dans la stabilisation de ce pays longtemps abonné aux coups d'Etat et désormais familier des crises politiques à répétition.

Le président bissau-guinéen montre les signes d'une personnalité aux abois

C'est encore la CEDEAO qui, au terme d'un compromis, lui a permis de rester à la tête de l'Etat malgré l'expiration de son mandat en juin dernier, mais avec des pouvoirs limités jusqu'aux élections.

C'est dire toute l'irresponsabilité du président Vaz qui, non content d'être déjà à l'origine d'une crise politique dont son pays aurait pu faire l'économie, semble à présent prêt à tout, y compris à boxer en dessous de la ceinture pour parvenir à ses fins.

En vérité, lâché par son parti et acculé par la communauté internationale, le président bissau-guinéen montre à présent tous les signes d'une personnalité aux abois. C'est pourquoi il y a lieu de croire qu'en recourant au nauséeux plan visant à dresser son peuple contre l'institution sous-régionale, « Jomav », comme on l'appelle, joue son va-tout.

Dans ces conditions, on ne serait pas surpris de le voir tenter des actions d'éclat pour gêner et mettre le plus possible dans l'embarras, la CEDEAO qui a jusque-là fait montre de fermeté. Surtout qu'il a vu capoter son plan initial d'imposer un homme-lige à la tête de l'Exécutif, pour se donner les meilleures chances de se succéder à lui-même au palais présidentiel.

Mais c'est dommage de voir le président Vaz faire aussi piteusement feu de tout bois, pour s'accrocher à son fauteuil. Cela n'a rien d'honorable.

Au contraire, en tirant autant sur la corde et en s'entêtant à prolonger le bras de fer avec la communauté internationale à quelques jours de la tenue du scrutin, il plonge le pays dans l'incertitude, avec de sérieux risques de basculement.

Il oublie la Grande muette qui est toujours à l'affût, guettant la moindre occasion pour s'inviter dans la danse.

C'est pourquoi il faut saluer la sortie du Conseil de sécurité de l'ONU qui a salué, le 11 novembre dernier, « l'absence d'interférence des forces de sécurité et de défense de la Guinée-Bissau et les exhorte à maintenir cette attitude lors du processus politique et électoral et au-delà ».

D'autant qu'il n'est pas exclu qu'en désespoir de cause, le président Vaz tente de les avoir à sa cause, au prétexte de défendre la souveraineté de l'Etat.

Or toute confrontation avec les forces armées bissau-guinéennes serait désastreuse, si, in fine, la CEDEAO devait recourir à la force pour briser la résistance du récalcitrant président.

Alpha Condé est mal placé pour donner des leçons de démocratie à son homologue bissau-guinéen

Cela dit, maintenant que le président Vaz a abattu toutes ses cartes, que va faire la CEDEAO ? Décidera-t-elle de retirer le statut de président au chef de l'Etat dont le mandat a expiré depuis juin dernier, ou bien ira-t-elle jusqu'à envisager l'option d'une intervention militaire comme ce fut le cas en 2017 contre Yahya Jammeh en Gambie ?

On attend de voir. Mais, d'ores et déjà, l'institution sous-régionale est condamnée à aller jusqu'au bout de sa fermeté car, si elle venait à flancher en Guinée-Bissau, c'en serait fini pour son autorité dans un espace géographique où elle a su jusque-là se faire respecter.

C'est dire si la CEDEAO joue sa crédibilité. C'est pourquoi on veut bien croire que l'obstination du président bissau-guinéen ne la fera pas dévier de son objectif, encore moins reculer.

D'autant qu'elle envisage d'envoyer une mission de bons offices à Bissau, avec le président guinéen, Alpha Condé, comme médiateur en chef.

On se rappelle que ce dernier avait joué un rôle déterminant de dernière minute dans le dénouement de la crise postélectorale de 2017 en Gambie, en pesant de tout son poids pour que Yahya Jammeh lâche prise.

Ceci explique-t-il la raison pour laquelle la CEDEAO lui a encore renouvelé sa confiance en l'envoyant à Bissau ?

Quoi qu'il en soit, Alpha Condé est aujourd'hui mal placé pour donner des leçons de démocratie à son homologue bissau-guinéen ; lui qui est soupçonné de vouloir tordre le cou à la Constitution de son pays pour se maintenir au pouvoir.

Et dans le contexte actuel, il faut même craindre que ses problèmes domestiques ne constituent un handicap à la réussite d'une telle mission qui devait plutôt exiger une exemplarité sans faille, en matière de leadership.

Il faut aussi craindre que ce médiateur en vienne lui-même à se chercher un médiateur pour éteindre le feu qui couve en ce moment dans son pays.

En tout état de cause, la Guinée-Bissau est aujourd'hui à un tournant important de son histoire qui risque de s'accélérer dans les prochains jours.

C'est pourquoi, il appartient au peuple bissau-guinéen de savoir agir dans le sens de ses intérêts et d'éviter de tomber dans le piège de la manipulation par un président en perte de vitesse et en quête de légitimité pour continuer à présider aux destinées de la Guinée-Bissau.

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