Congo-Kinshasa: Après 25 ans de gâchis, la gratuité remet l'éducation de base sur les rails

13 Novembre 2019

En avant plan de droite à gauche en chemise verte un enseignant en conversation avec des élèves habillés en bleu blanc devant le batiment d'une école à Kinshasa Radio Okapi Ph John Bompengo

Maintenant que la « gratuité de l'Education de base », qui n'était auparavant que constitutionnelle, s'est matérialisé sur le terrain grâce à la politique prêchée par le leadership actuel, des milliers, si pas des millions de parents - et aussi d'enseignants - se sentent fortement soulagés. Un soulagement qui, de prime abord, concerne leur porte-monnaie. En effet, la décision gouvernementale d'exempter les élèves du cycle primaire de tout frais de scolarité permet aux parents non seulement d'économiser le peu d'argent qu'ils avaient réservé pendant les vacances pour payer les frais scolaires de leurs enfants, mais aussi d'envoyer d'autres rejetons - à savoir, filles et garçons qui ne pouvaient pas étudier par déficit d'économie.

Une décision principalement salutaire pour des milliers d'enfants congolais qui vivaient auparavant en marge du système scolaire, comme l'avait constamment souligné, il y a quelques années, une enquête «MICS» du Fonds des Nations Unies pour l'Enfance (UNICEF) qui avait évalué à 7,5 millions le nombre d'enfants vivant en dehors du circuit scolaire. C'étaient des oubliés de la République, des laissés-pour-compte'. Sans aucune instruction, ni formation ou même un encadrement professionnel approprié, ces jeunes sont destinés à vivre comme « kuluna ( criminalité juvénile) » et à devenir plus tard des bandits de grand chemin. Ils sont un volcan qui sommeille et un véritable gâchis pour l'avenir de la RDC. Il était temps pour qu'on arrête cette malheureuse «motivation» appliquée pendant 25 ans ou prise en charge des primes des enseignants par les parents ayant quelques moyens financiers et qu'on laisse l'écrasante majorité d'enfants vivre en dehors du système scolaire. Il est clair que c'est criminel actuellement de vouloir revenir à ce système. Noter que la province du Haut-Uélé a dénombré au moins 20.000 enfants récupérés grâce à la gratuité. Un encouragement que l'Etat doit soutenir.

Des parents d'élèves cessent d'être des patrons qui paient les enseignants

En dehors des parents et enfants de la République qui trouvent irréfutablement leurs intérêts dans la suppression du système de motivation des enseignants par les parents, il y a aussi et surtout les enseignants eux-mêmes, acteurs incontournables de l'enseignement qui sont revalorisés par l'Etat congolais. Conscient que sans eux la gratuité ne peut se réaliser, le gouvernement a décidé l'amélioration notable de leurs salaires qui sont passés du simple au double pour un premier pallier. Il a ramené les parents d'élèves à leur niveau de simples partenaires éducatifs où ils ne seront plus des patrons qui décident des rémunérations des enseignants. Les enseignants libérés de la reconnaissance qui les enchainait à la motivation, peuvent valablement évaluer les apprenants et provoquer ainsi la véritable émulation scolaire, source de l'amélioration de la qualité de l'enseignement.

Plusieurs organisations éducatives et syndicats attitrés du pays, tels que la Feneco/UNTC, Conept, le Syeco, Synergie des syndicats des enseignants, YMAE-ONG stigmatisent actuellement les comportements des gestionnaires d'écoles conventionnées et non conventionnées qui tentent désespérément d'organiser une résistance contre la gratuité de l'éducation de base dans notre pays, par égoïsme, du fait qu'ils perdent d'énormes profits qu'ils tiraient de la motivation. Ils soulignent pour contre cette attitude le caractère irréversible de cette gratuité. Ils soutiennent que ces gestionnaires doivent oublier les énormes avantages qu'ils tiraient de la motivation au détriment des enseignants en faisant de ces derniers leurs « vaches à lait ». Ces organisations font voir que l'argent payé par les parents servait surtout aux bureaux gestionnaires aussi bien des églises que des provinces et du gouvernement central qui se partageaient des quotités selon des clés de répartition préétablies.

Les organisations éducatives et syndicales s'adressent également aux enseignants qui se laissent instrumentaliser par ceux-là qui tiraient la grosse part de la motivation. Ils leur demandent de cesser de gémir en réclamant « le lait maternel » des parents. Le gouvernement a affranchi les enseignants et c'est le moment de l'encourager pour qu'il aille plus loin dans l'amélioration des conditions socioprofessionnelles de l'enseignement et non d'appuyer les gestionnaires « profiteurs de la motivation » qui tentent de décrédibiliser la gratuité en voulant constamment plonger dans les poches des parents.

Gratuité et amélioration de la qualité de l'enseignement Certaines personnes osent prétendre que la gratuité ferait baisser le niveau de l'enseignement national. Délibérément c'est un avis ne prend pas en compte ce qu'était ce niveau avant cette gratuité. Car, actuellement les élèves et étudiants qui peuplent nos cycles secondaires et universités sont les fruits de la prise en charge des enseignants par les parents. Ils s'expriment très mal en français, pourtant langue d'enseignement et de communication des apprenants. En outre, ils se défendent très mal dans d'autres disciplines telles que les maths, physiques, logique, analyse grammaticale. Ils sont nuls en histoires, géographie et ont un penchant maladif de corrompre les enseignants. Tout cela a été formaté avant cette politique de la gratuité alors qu'on nous rabat les oreilles avec les écoles conventionnées et les écoles privées qui semble-t-il, donnaient une meilleure formation. Selon cette logique, on devrait sacrifier la multitude d'enfants congolais pour quelques écoles et poignées d'enseignants qui 'plongeaient' constamment dans les poches des parents pour mériter une bonne condition de travail. La réponse est simple : c'est non ; la gratuité reste irréversible ! SAKAZ

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