Congo-Kinshasa: PPRD & UDPS - Difficile Adaptation à la mutation politique et recours à la violence

13 Novembre 2019

Les chercheurs de l'IRDH se sentent préoccupés par l'escalade de la violence verbale et des actes de provocation, intervenus à Kolwezi, le 09 novembre 2019.

Cet état de choses intervient dans un contexte politique volatile qui expose le pays aux risques de graves violations des droits de l'Homme, d'autant plus que l'histoire de l'épuration ethnique des années 90, est constamment rappelée par des leaders politiques de cette partie de la République.

Des politiciens semblent ne pas s'adapter aux nouvelles réalités politiques basées sur la tolérance, la liberté d'opinion, la contradiction et les droits de l'Homme. Le transfert pacifique du pouvoir au sommet de l'Etat, met en difficulté de trouver des nouvelles stratégies, des proches de l'ancien Président ayant géré

pendant plus de 18 ans, autant que ceux du nouveau Président, restés pendant plus de 37 ans en opposition.

D'une part, le PPRD n'accepte pas d'avoir perdu le pouvoir au sommet de l'Etat. Ses dirigeants expriment publiquement des remords et le

souci de le reprendre immédiatement, en multipliant des symboles, messages et actes qui prêtent la confusion dans la population. De l'autre, l'UDPS semble non plus savoir qu'étant au pouvoir, elle a le devoir de réserve, face aux attaques politiques de tout genre, et l'obligation de résultats dans la gestion de l'appareil de l'Etat, au bénéfice de tous. Leurs militants sont restés focalisés sur la personne de KABILA qui pourtant n'est plus aux affaires.

L'objectif du présent article est de prévenir des graves violations des droits de l'Homme et d'alerter le Bureau du Procureur de la Cour pénale internationale (CPI) sur la situation fragile de la République Démocratique du Congo (RDC). Il examine : (i) des faits pouvant exacerber la violence politique, (ii) des présumés auteurs, et (iii) des éventuelles responsabilités des chefs des partis politiques.

2. Contexte Politique

Les élections de décembre 2018 ont permis au Président KABILA Joseph de céder le fauteuil présidentiel au Président Félix Antoine TSHISEKEDI. C'est la première fois que le pouvoir se passe entre un Président sortant et un entrant, tous deux vivants, en collaboration dans le pays.

Hormis le cas pacifique ci-dessus, la RDC a connu quatre mutations politiques violentes et meurtrières. Premièrement, elle est devenue indépendante, en 1960, à l'issue d'une lutte qui avait poussé les forces colonisatrices à quitter le pays. Deuxièmement, au bénéfice d'un coup d'Etat militaire, en 1965, l'armée avait évincé des dirigeants civils. En mai 1997, avec l'aide des pays voisins, une rébellion prit le pouvoir, après la fuite du Président MOBUTU qui mourût en exile. En janvier 2001, après l'assassinat du Président KABILA Laurent-Désiré, le Président KABILA Joseph accéda à la magistrature suprême.

Bref, de la colonisation à décembre 2018, la RDC n'avait connu que d'expérience de crise, à telle enseigne que ses politiciens actuels donnent l'impression d'être figés sur le mode de fonctionnement en crise.

3. Des faits pouvant conduire  à la Violence

Les deux partis, le PPRD et l'UDPS, se livrent une guerre ouverte qui fissure leur coalition au pouvoir, en manipulant leurs membres dont la majorité est inculte, zélée et fanatique. Ci-dessous, des faits illustratifs de menaces à la paix et la sécurité.

3. Faits mis à charge du PPRD

* Usages des symboles exprimant le contrôle du pouvoir : Affichage des portraits géants du Président sortant, avec un message que Kabila

restera à jamais, dans des lieux publics, à travers le pays, qui tendent à faire croire à une force de contrôle permanent de la République. Ce que des centaines d'autres partis ne pourraient faire.

* Distillation des messages confus : Des messages confus sont continuellement distillés dans la population. Exemple : Durant le congrès du PPRD tenu dans le Haut Katanga, le Secrétaire Permanent affirmait que « Kabila est le propriétaire de l'Etat congolais » et «Kabila forerver », au bas des portraits géants en lieux publics.

* Discours d'incitation ou de réaction par la violence « Coup-sur-coup» : Le Secrétaire Permanent du PPRD invite les jeunes du parti à réagir à toute violence, par la violence, sans se référer à la

Justice. L'exemple d'une leçon bien assimilée, en réaction aux actes des jeunes de l'UDPS, un message est vite passé, sur la chaîne de télévision appartenant à madame la Vice-Gouverneur du Lualaba, par le Président fédéral de la jeunesse du PPRD appelant à l'expulsion des membres du Gouvernement issus de la coalition CACH et invitant la population à s'en prendre aux ressortissants des provinces du Kasaï.

* Actes de provocation: le 09 novembre 2019, des jeunes vêtus et arborant des drapeaux du PPRD avaient brulé l'effigie du Chef de l'Etat en exercice, au niveau du tunnel de Kolwezi.

3. Faits mis à charge de l'UDPS

* Discours de diabolisation de l'ancien Président : Des leaders des jeunes de l'UDPS, à l'instar du surnommé « FILS MUKOKO » s'investissent à peindre l'ancien Président comme le « diable vivant ». Dans des discours publics qu'ils tiennent au bureau du parti et relayés dans des médias sociaux, l'ancien Président est déshumanisé.

Ce qui lui attire la haine et l'expose à la vindicte populaire.

* Actes de provocation politique : Quand bien même aucun insigne ne montrerait leur appartenance à l'UDPS, des jeunes de ce parti avaient

déchiré et brulé des posters géants de l'ancien Président à Kinshasa.

A Kolwezi, au niveau de Mwangeji, d'autres jeunes avaient brûlé l'affiche de l'ancien Président Kabila, pendant la marche de soutien à la gratuité de l'enseignement de la Ligue des Femmes de l'UDPS, des femmes de l'UNC et de Bana Kolwezi, du 09 novembre 2019.

4. Risque de Violation des Droits Humains

La présente recherche rappelle aux membres de PPRD et UDPS que relativement aux violations des droits de l'Homme, tout individu sera tenu responsable devant la Cour pénale internationale (CPI), s'il entend causer des crimes de sa compétence ou s'il est conscient qu'une telle conséquence adviendra dans le cours normal des événements qu'il provoque.

En ce qui concerne les chefs des partis, ils seront pénalement responsables des violations des droits de l'Homme ou des crimes relevant de la compétence de la CPI commis par des membres subordonnés de leurs partis, placés sous leurs autorités et leurs contrôles effectifs, lorsqu'ils ne les auront pas empêché ou exercé le contrôle qui convenait sur eux.

Les chefs des partis seront aussi responsables, s'ils savent que leurs membres commettent ou sont en voie de commettre des violations des de l'Homme, ou négligent délibérément des informations qui leur sont

indiquées clairement. Et que ces violations des droits de l'Homme sont liées aux activités politiques du parti relevant de leurs responsabilités et de leurs contrôles effectifs. Et, s'ils ne prennent pas des mesures nécessaires et raisonnables en leur pouvoir, pour en empêcher ou en réprimer l'exécution ou pour en référer aux autorités compétentes aux fins d'enquêtes et poursuites.

5. Recommandations

Les chercheurs de l'IRDH recommandent aux services publics de l'Etat, à savoir la Police judiciaire et les parquets des juridictions concernées, de diligenter des enquêtes, afin que tout coupable d'atteinte aux droits de l'Homme réponde de ses actes.

Que les partis politiques PPRD et UDPS s'attèlent à la formation de leurs membres et responsables politiques, conformément à l'article 6 de la Constitution qui stipule que :

« [... ] Les partis politiques concourent au renforcement de la conscience nationale et à l'éducation civique. Ils se forment et exercent librement leurs activités dans le respect de la loi, de l'ordre public et de bonnes mœurs. Les partis politiques sont tenus au respect des principes de démocratie pluraliste, d'unité et de souveraineté nationales [... ] ».

Que les organisations de la société civile continuent à identifier des présumés auteurs et documenter tous les symboles, discours, faits et actes pouvant engendrer des violations des droits de l'Homme.

Enfin, à la Cour pénale internationale (CPI) de continuer à surveiller la situation volatile de la RDC qui souffre déjà de beaucoup d'autres cas de crimes graves de sa compétence.

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