Congo-Kinshasa: Dina Star - «Le Président de la République devrait aussi s'intéresser aux problèmes des artistes... »

interview

Absence d'une industrie musicale, dépravation des mœurs dans certaines chansons, mauvaise politique de gestion et répartition des droits d'auteur, manque d'infrastructures culturelles adéquates, piraterie des œuvres artistiques, pas de statut juridique pour l'artiste et l'opérateur culturel, clivage entre les acteurs, pas de spectacles de musiciens congolais en Europe...

Voilà le tableau sombre du secteur culturel en République Démocratique du Congo que Félix Tshisekedi a trouvé à son arrivé eau pouvoir. Cette situation n'a pas laissé indifférent le chanteur congolais DINA STAR SHANGO qui évolue en France. Depuis sa résidence de la Ville de Mulhouse, à 500 Km de Paris, il s'est confié au journal La Prospérité pour exprimer son ras-le-bol face à cette triste réalité dans laquelle les créateurs congolais sont-ils abandonnés et ne savent même pas à quel Saint se vouer. Ce compatriote de la diaspora a aussi donné son point de vue sur la suppression de la Commission de censure ainsi que sur la problématique des thèmes dans la chanson congolaise. Il a également profité de l'occasion pour fixer les fanatiques sur ses projets artistiques. Découvrons-le.

Le secteur culturel est confronté à beaucoup de réalités qui bloquent non seulement l'épanouissement de ses acteurs, mais aussi le rayonnement de la Culture congolaise sur la scène internationale.

Que demanderez-vous au Chef de l'Etat pour l'amélioration de la situation des Artistes ?

D Pas grand-chose. Mais, je pense que depuis qu'il occupe ce poste, le Président Félix Tshisekedi a pu constater un malaise profond dans notre secteur de la Culture et des Arts, en particulier et dans les milieux de la jeunesse congolaise, en général. Au moment opportun, je crois qu'il se penchera là-dessus, parce qu'il y a vraiment "un ça ne va pas". Franchement ! La culture est un secteur comme tout autre. C'est l'identité d'un peuple mais aussi une richesse inépuisable. Donc, sauvons notre culture.

 Par où devra-t-il commencer concrètement ?

Le Président de la République est mieux placé pour le savoir... Il a des conseillers qui peuvent réfléchir là-dessus et apporter des solutions durables aux multiples problèmes qui rongent notre secteur. Pourquoi ne pas, par exemple, construire des centres de formation pour apprendre aux artistes musiciens (chanteurs) comment écrire ou composer une chanson ? Parce que sous d'autres cieux, la musique s'apprend à l'école, ou se transmet dans l'environnement dans lequel l'on vit.

 A Kinshasa, un Collectif des Artistes et des Culturels (C.A.C) soutient que la censure n'a pas sa place dans un pays démocratique comme la RDC. Quel est votre point de vue à ce sujet ?

DSS : A mon humble avis, je propose à la place de la Commission nationale de Censure des chansons et des spectacles (CNCCS), qu'on puisse créer, par contre, une "Commission de correction des textes des chansons". Pourquoi pas, par exemple, comme c'est le cas des écrivains avant de sortir un livre ? Ailleurs, les écrivains soumettent leurs manuscrits à la correction avant la publication de leurs livres. Si cela pourrait s'appliquer également aux artistes chanteurs et musiciens congolais, ça sera une bonne chose. Cette méthode permettra d'éviter certaines paroles (insanités) qui touchent aux mœurs de la société. Qu'on ne se voile pas la face, il y a un vrai problème sur le plan thématique des chansons dans notre pays.

 Avez-vous un conseil à donner à la génération montante qui pense qu'il faut nécessairement chanter des insanités pour avoir du succès dans la musique ?

Aussi, là-dessus, je ne me permettrais pas de donner des conseils à qui que ce soit. Les jeunes n'ont qu'à se rapprocher des anciens. Ainsi, ils apprendront beaucoup. Car, c'est de cette façon que se transmet le savoir. Surtout que la jeunesse musicale d'aujourd'hui doit abandonner le langage du genre : "ba vieux wana ba sila". C'est une erreur grave et surtout de l'ingratitude à l'égard de ceux-là qui ont tracé le chemin...

En 2018, vous avez lancé sur le marché une chanson « Limbisa ngai » qui a permis aux Kinois de vous découvrir à travers les médias. Alors, que peut-on encore attendre de vous ?

Je continue à travailler en silence pour le plaisir des mélomanes de la bonne musique. J'ai beaucoup d'autres projets intéressants pour mes fans. Depuis le mois de septembre dernier, j'ai mis à leur disposition un nouveau single intitulé «NZOTO MABELE» qui est sur les plateformes de téléchargement digital. Je suis déjà en plein tournage du clip. Bientôt, vous aurez également la vidéo sur les plateformes numériques.

 De quoi s'agit-il dans « Nzoto Mabele » ?

C'est une chanson dédiée à titre posthume à ma chère épouse, MARIE MARTHE SHANGO qui est décédée en décembre 2018, suite à une courte maladie, en France. Tellement abattue, sa disparition m'a beaucoup enseigné. Voilà pourquoi, j'ai voulu lui rendre un hommage à travers le titre « NZOTO MABELE ».

Quelle leçon morale peut-on tirer à travers cette mélopée sur le plan sociologique ?

L'arrogance ou la vantardise etc... n'est rien dans la vie. Car, chacun(e) de nous a une fin, et la fin de l'existence de l'Homme, c'est la mort. En terme clair, le "corps humain" : c'est la terre".

 Avec qui avez-vous réussi à réaliser ce titre ?

J'ai travaillé moi-même sur le plan de l'écriture, c'est-à-dire, composition du texte de la chanson et sur plan lead vocal. Par ailleurs, j'ai fait appel à d'autres collègues musiciens congolais pour m'accompagner au niveau de l'enregistrement. Notamment, SEC BIDENS " Monganga" qui a assuré l'arrangement et le mixage au studio à Paris. Il a aussi joué à la guitare. Tandis que la chanteuse DIANE IFANY et moi-même, nous avons posé nos voix dans les chœurs. D'ailleurs, je profite de l'occasion pour remercier tous ceux qui m'ont soutenu dans l'ensemble de la réalisation de cette chanson dédiée à celle qui était mon épouse bien-aimée. « NZOTO MABELE » est une production de DS Production en collaboration avec SB Production.

Comment entrevoyez-vous votre carrière musicale ?

Je suis optimiste, bien que le Congo musical n'a plus des structures fiables pour soutenir les artistes. Déjà, l'industrie musicale est quasiment inexistante au pays, il faudra ajouter le climat morose qui règne entre les artistes congolais. Et, cela contrairement à l'esprit de solidarité artistique qui règne au Nigeria et dans d'autres pays du monde.

 Est-ce que vous avez réellement de la place dans la musique congolaise ?

Oui ! Je peux me le permettre, sans prétention. Pourquoi pas?

Quand est-ce que le public vivra Dina Star sur scène á Kinshasa ?

Nous y avons déjà pensé. Il y a déjà un projet en gestation, en collaboration avec Jimmy MUKELENGE. Si Dieu nous prête vie, il est fort possible que le public Kinois me découvre particulièrement en live sur une scène de spectacle l'année prochaine.

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