Congo-Kinshasa: Mécontents de l'application de la gratuité de l'Education - Les catholiques décidés à saigner les parents à blanc

15 Novembre 2019

La réaction de plusieurs écoles catholiques à l'application de la gratuité de l'Education dans les établissements publics d'enseignement - aussi bien conventionnés que non conventionnés - ne cesse de faire des vagues dans les familles d'élèves et les salles de classe.

Malgré les efforts et explications des autorités scolaires qui avaient promis et réalisé le réajustement des salaires des enseignants, dont plusieurs ont vu leurs enveloppes de paie doubler, les gestionnaires des écoles publiques catholiques continuent d'entretenir la nostalgie de la prise en charge des enseignants par les parents d'élèves. Pour eux, aussi longtemps que le gouvernement n'a pas encore réussi à donner à un enseignant un salaire équivalent à celui que libéraient les parents d'élèves à l'enseignant du Collège Boboto, de Notre Dame du Congo ou de Motema Piko, la gratuité de l'éducation devait donc attendre.

Ces enseignants qui se disent au zénith de l'enseignement - et qui grèvent pour revendiquer - ne constituent qu'une minorité (moins de 5% de l'ensemble d'enseignants de la République supportés par le Trésor public). Selon leur raisonnement, la majorité d'enseignants (plus de 95%) devaient continuer à vivre avec leurs salaires de misère et les parents d'élèves malgré la crise de moyens financiers devaient continuer d'être saignes à blanc par les gestionnaires d'écoles ; tout cela pour mettre à l'aise les 5% d'enseignants engagés par l'Etat et qui tiennent à vivre avec leurs gestionnaires grâce aux « poches des parents ».

Charité et solidarité, vertus absentes des écoles catholiques

Il est constaté que la gratuité, loin de créer un sentiment de charité et de solidarité chez les gestionnaires scolaires catholiques pour l'amélioration des conditions socioprofessionnelles de tous les enseignants, a engendré une forme d'égoïsme, de résistance et d'incitation aux débrayages ; tout cela pour protéger quelques avantages pécuniaires tirés du système d'asservissement des parents d'élèves. Les responsables catholiques sont contrariés et condamnent le gouvernement de la République pour avoir interdit formellement aux gestionnaires des réseaux publics d'enseignement de l'EPST (Enseignement Primaire, Secondaire et Technique) la perception de tous frais au niveau du cycle primaire. Pour le secondaire (y compris les 7ème et 8ème années de l'enseignement fondamental) les frais à payer doivent être conformes à ceux fixés par la province (ou la Ville).

Toutes ces initiatives n'ont qu'un but : protéger les économies des parents d'élèves des appétits gloutons des gestionnaires catholiques qui avaient installé, avec la motivation (ou prise en charge des enseignants par les parents), un système de « business school » (école lieu de commerce pour s'enrichir et enrichir les proches).Comme ils avaient des clés préétablies pour les quotités et la répartition de la « manne des parents », les enseignants de ces écoles - qui ne percevaient que des miettes de cette contribution des parents - n'étaient que des « vaches à lait ». Les gestionnaires, eux, pouvaient se servir et servir à volonté. On comprend pourquoi ils maudissent cette gratuité et incitent les enseignants à la grève, au lieu de les encourager à se libérer du « lait maternel des parents ».

Message ambigu du Cardinal Fridolin Ambongo

Il y a à peine deux semaines, le Coordinateur des écoles conventionnées catholiques était reçu par Willy Bakongo, ministre à l'EPST pour un éclaircissement sur l'application de la gratuité dans les écoles catholiques. A l'issue de cet entretien, le Coordinateur des écoles conventionnées catholiques avait promis de sanctionner toute école qui se hasarderait à débrayer. Par contre, après avoir affirmé son soutien à la politique de la gratuité de l'éducation, le Cardinal Fridolin Ambongo a livré un message ambigu le mardi dernier, en conditionnant l'acceptation de la gratuité à l'octroi par le gouvernement des salaires de même niveau que ceux perçus grâce aux contributions des parents. Immédiatement après, on a constaté une série de grèves dans plusieurs établissements scolaires de la capitale. Les fidèles catholiques, parents de nombreux enfants vivant en dehors du système scolaire, se demandent si cette contradiction des autorités de l'Eglise catholique de Kinshasa est voulue ou simplement accidentelle.

L'Etat doit réagir

Nombreux sont les observateurs qui pensent que le gouvernement, dans cet effort d'améliorer les conditions du grand nombre d'enseignants, ne doit pas se laisser marcher sur les pieds. Il doit agir et mettre ses employés enseignants dans les meilleures conditions possibles. L'Eglise ne peut jamais remplacer l'Etat et créer des tensions pour certaines des écoles que l'Etat lui a confiées par la signature d'une convention en créant des interférences nuisibles à l'application d'une recommandation constitutionnelle. Une convention peut être annulée et l'Etat peut reprendre directement la gestion de ses écoles.SAKAZ

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