Congo-Brazzaville: Aide au développement - Rémy Rioux s'attaque à la stratégie d'autosuffisance "perverse" de l'Usaid

Le patron de l'Agence française de développement (AFD) a mis en cause la nouvelle stratégie de Washington, affirmant que l'accent mis sur "l'autonomie" des pays reflétait l'une des deux visions divergentes sur l'avenir de la coopération au développement.

Rémy Rioux a estimé que l'Europe doit rejeter la logique de la nouvelle stratégie d'aide "perverse" des Etats-Unis, déclarant: "Pour un pays en développement, cet appel à l'autonomie a un certain pouvoir. Mais si cela signifie arrêter la finance internationale, je pense que c'est un problème". La politique de l'Agence des États-Unis pour le développement international (Usaid), lancée au début de l'année en cours, souligne qu'elle est "construite sur la notion convaincante mais simple que l'objectif de notre assistance doit en fin de compte mettre fin à la nécessité d'exister».

Pour le patron de l'AFD, cela reflète pourtant un modèle de développement dépassé. "C'est la logique du "rattrapage" : c'est qu'un jour, ces pays seront comme les États-Unis et se débrouilleront seuls. Aujourd'hui, dans le monde réel, c'est un récit qui me dérange. Parce que répartir le financement du développement en fonction de la capacité d'un pays à surmonter le besoin de financement du développement est en réalité un peu pervers. C'est une façon de légitimer un récit de retrait", a-t-il avancé. "La résolution de la plupart des grands problèmes internationaux repose sur la coopération internationale et (ceux-ci) ne seront pas résolus dans les différents pays", a-t-il poursuivi, pensant plutôt le contraire.

Rémy Rioux n'est pas le premier à contester la stratégie américaine. "Tout le monde ne participe pas au "voyage de l'autosuffisance " de l'Usaid", a déclaré Matthew Kavanagh de l'Université de Georgetown, aux États-Unis. Il est convaincu que " les pays à revenu intermédiaire peuvent atteindre un certain seuil de revenu, mais cela peut souvent masquer la persistance d'importantes vulnérabilités".

Un point de vue que partage le patron de l'AFD, arguant que plutôt que de suspendre l'aide au fur et à mesure que le pays s'enrichissait, les donateurs devraient modifier leurs instruments - en utilisant moins de subventions et plus de prêts, par exemple, ou en offrant des bourses pour maintenir les liens. "L '[Usaid] évalue la capacité de chaque pays à être autonome. En Europe, je ne crois pas que cela puisse être notre doctrine", a-t-il noté, ajoutant : "Si nous affectons l'aide sur une base autonome, nous risquons d'oublier les pays les plus éloignés de l'autonomie: les pays les plus pauvres et les plus fragiles."

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