Cameroun: Répression de la haine tribale - Il était temps

Des dispositions légales sont en étude au parlement pour faire face à une dérive qui a pris de l'ampleur dans l'espace public ces derniers temps.

Les signes annonciateurs étaient perceptibles à la faveur du Conseil de cabinet du mois d'octobre dernier présidé à Yaoundé par le Premier ministre, chef du gouvernement, Joseph Dion Ngute. Séance durant laquelle, le ministre de la Communication a été appelé à présenter une communication sur la « stratégie de développement d'une conscience nationale à travers les médias ». Les pouvoirs publics ont décidé de siffler la fin de la récréation. Ceci à la suite de la sortie de certaines institutions, comme le Conseil national de la Communication (CNC) ou la Commission nationale pour la promotion du bilinguisme et du multiculturalisme (CNPBM) qui a du reste organisé en août dernier, une campagne de sensibilisation de l'opinion nationale sur les méfaits de ce phénomène qui prend de l'ampleur dans notre pays.

Des initiatives restées jusque-là presque sans effet sur les promoteurs de cette pratique qui met à mal et l'unité nationale et le vivre-ensemble qui semblaient être jusqu'ici des particularités du Cameroun, pays qui compte quelques 250 groupes ethniques. Jusqu'ici, le dispositif juridique en vigueur, à savoir le Code pénal promulgué il y a seulement trois ans, n'avait pas pris en compte ce phénomène. C'est dire qu'il a connu une percée ces dernières années au point de susciter des inquiétudes jusqu'au sommet de l'Etat.

C'est vrai que des dispositions répressives ont été prévues, mais elles ne prenaient en compte que les outrages aux races et aux religions dans la loi du 12 juillet 2016 portant Code pénal. Les pouvoirs publics entendent désormais punir le discours haineux à caractère tribal. Ceci dans le but de restaurer cette harmonie qui a souvent existé entre les différentes ethnies de notre pays. La montée des réseaux sociaux est sans contexte venue accélérer la recrudescence de ces discours. Très souvent utilisé sous le terme anglo- saxon de « hate speech », le discours de la haine désigne un type de discours qui attaque une personne ou un groupe de personnes sur la base de caractéristiques diverses. Celles-ci peuvent être liées à la race, au sexe, à l'âge, à la tribu et même à la religion.

Autant d'aspects que le législateur a cru utile de prendre en compte dans les dispositions qui devraient désormais compléter la loi de juillet 2016. Pourtant il serait illusoire de penser que seuls les réseaux sociaux sont en cause. Même les médias classiques s'y sont mis. L'espace public n'est pas en reste. Parfois même dans des endroits parmi les plus insoupçonnés, à l'instar des lieux de culte qui sont pourtant censés prêcher l'amour entre les communautés. On peut donc comprendre que le législateur ait également ciblé les hommes politiques, les leaders religieux, ceux des organisations de la société civile.

Dans le cadre répressif qui se met en place, ceux-ci devraient être plus lourdement frappés s'ils sont mis en cause. Au lieu d'un à deux ans de prison et des 300 000 F d'amende prévus, les peines pourraient être doublées en ce qui les concernent. Ainsi donc, que ce soit dans la rue, lors d'un regroupement ou derrière son clavier d'ordinateur ou les touches de son téléphone, l'on devrait murement réfléchir avant de proférer des propos haineux à caractère tribaliste ou ethnique contre l'un de ses compatriotes ou contre un groupe ethnique comme on a régulièrement observé ces derniers mois.

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