Congo-Kinshasa: Massacres de Beni - Par où est passé le Bon Dieu?

18 Novembre 2019
analyse

La population de Beni continue de payer le martyre d'une guerre dont les motivations lui échappent. Alors qu'il y a peu, Kinshasa présentait les ADF comme sensiblement affaiblis, ceux-ci ont repris les poils de la bête au point d'exceller dans une vaste entreprise des crimes odieux, de sorte qu'en un mot comme en mille, la zone a réuni toutes les caractéristiques d'un champ d'expérimentation des crimes de tout genre.

Depuis près de 2 semaines maintenant, il ne se passe plus 24h sans que des compatriotes ne soient surpris nuitamment dans leurs domiciles par des éléments armés tantôt en tenue tantôt déguisés. Dans les heures qui viennent de s'écouler, de nombreux autres personnes viennent d'allonger la liste d'une barbarie que nul n'arrive jusque-là à éradiquer. Car, à chaque attaque, des civils sont assommés sans ménagement comme des animaux sauvages.

Trop, c'est trop. C'est le cri de détresse qui résonne partout dans la région. Les victimes ne cachent plus leur dépit.

Des villages entiers sont désertés, la population fuyant l'horreur d'une barbarie sans nom depuis plus de 5 ans.

En effet, la nuit du 5 au 6 novembre, Kokola a vécu une tragédie qui lui a arraché 10 de ses habitants alors que le 9 novembre, Eringeti s'est tristement réveillé après l'assassinat de 5 compatriotes. Dans la nuit du 11 au 12 novembre suivant, 5 civils ont été abattus à Mayimoya avant que dans la nuit allant au 13 novembre, l'armée a su déjouer une attaque à Mambanike. Les ADF ont tué un garçon puis blessé nombreux civils à Oicha la nuit du 13 au 14 novembre; la nuit du 14 au 15 novembre, c'est à Oicha-Mabasele où 6 personnes ont été égorgées avant que vers 2h du samedi, au moins 14 civils ne soient abattus à Mbau et environs. Ce lundi 18 novembre matin, ce sont encore des pleurs et la désolation après l'assassinat d'au moins 4 autres civils à Oicha-Pakanza.

Cette situation aussi bien énigmatique que surréaliste qui taraude les méninges ouvre la voie à bien des questionnements. Ce tableau apocalyptique marqué par une tragédie délibérément entretenue et inimaginable, caractérisée par les massacres, des destructions méchantes, des déplacements répétitifs de la population civile non armée, incite ces gens qui ont vu les leurs égorgés, violés ou emmenés, qui ont vu leurs maisons brûlées, saccagées ou vandalisées, leur économie mise en sac, ces citoyens contraints d'abandonner leurs champs pour nulle part, vivant au dépens de moindres aides humanitaires, confrontés à des nuits incertaines sous le froid et l'obscurité depuis de nombreuses années, dont le mode de vie est dicté par les caprices des hommes sans coeur ni foi, à se demander si Dieu, le vrai et le bon, pense toujours à eux.

Plus de 3000 civils tués : à qui profite le crime?

Apparemment, le cri de détresse des habitants de Beni résonne dans un vaste désert. La tragédie qu'ils vivent depuis plus de 5 ans maintenant manquent toujours de répondant direct. Un conflit qui a pourtant pris de plus en plus l'allure d'un véritable génocide est sciemment oublié par la communauté internationale qui fait preuve d'une sorte de sessité délibérée devant des actes terroristes dont les victimes ont dépassé la barre du tolérable. Même les médias internationaux l'ont minimisé ou n'y font allusion que comme pour un fait divers ou quand il s'agit d'un pic de violences qui visent des humanitaires internationaux.

Si donc l'on ergote en cachette sur ce silence bien gêné, on s'aperçoit plutôt qu'il y a enguille sous roche. Comment peut-on être aussi indifférent face à un tel niveau d'événements tragiques qui s'abattent sur Beni? Existerait-il au sein de la classe politique congolaise ou au sein de la communauté internationale un agenda caché destiné à entretenir un flou à l'Est du pays pour des raisons toujours inavouées. Mais, qui tue en région de Beni?

Selon Kinshasa et toutes les instances internationales, tous les massacres de Beni ont un responsable. Il s'agit bel et bien des rebelles ougandais ADF. Pourtant, tout le monde se demande quelle drôle de manière de mener une rebellion ce groupe armé censé combattre le régime ougandais a opté, préférant tuer à Beni à aller revendiquer dans son pays d'origine l'Ouganda. Continuer de soutenir que c'est cette rébellion qui massacre à Beni, tout en restant inattentif au désastre qui s'abbat sur la région de Beni, devient aujourd'hui un raccourci qui ne convainc plus. Il y a lieu de soupçonner une main noire derrière cette situation et qui essaie d'en tirer des dividendes au détriment des victimes. Il y a également lieu de dire que la communauté internationale ainsi que certains dignitaires congolais en savent quelque chose qu'ils préfèrent taire sans mesurer le sort des civils sans défense ni assistance dans ce coin du Congo. Dans ce cas de figure, le malheur pourrait s'allonger aussi longtemps que les personnes bien placées n'auront décidé de dénouer le drame.

A quoi jouent les FARDC?

Chaque fois que des opérations militaires dites de grande envergure sont annoncées ou lancées, l'ennemi concocte des plans malveillants pour déconcentrer l'armée de ses positions en attaquant des milieux à grande densité des populations. On dirait que les assaillants sont renseignés de toutes les étapes en rapport avec aussi bien la préparation que l'exécution du plan de guerre pour se préparer conséquemment de son côté. On se rend compte que le niveau d'infiltration de l'armée a atteint un degré et une complexité au-delà de l'imaginable. A part la duplicité de certains éléments FARDC à identifier, il y a également la légèreté avec laquelle certains secrets sont actuellement gérés au point d'être médiatisés dans toute leur précision, avant d'être appliqués. Nombre d'observateurs qui reconnaissent n'avoir aucune leçon tactique à donner aux soldats congolais, se demandent pourquoi, en pleine guerre contre la guérilla adoptée par l'ennemi, l'armée congolaise s'est adonnée, pas comme il y a quelques jours, à une sorte de guerre médiatique.

« Qu'est-ce qui ne va pas au juste avec notre armée ? Ce que je viens de suivre sur la radio me parait incroyable. Le commandement de l'opération Sokola porte à la connaissance du grand public le lancement imminent de l'offensive contre les ADF ! Il y a quelques semaines, on a appris toujours sur la voie des ondes que l'effectif militaire avait aussi été gonflé? A quoi sert donc cette publicité ? Et que fait l'ennemi alors ? Y a-t-il ici une matière à enseigner à des officiers généraux ? Je n'en reviens pas », s'exclame un internaute.

Diffuser tambour battant les effectifs des FARDC destinés à mener la guerre, de ceux tombés ou blessés sur le champ d'honneur, les étapes des combats, les méthodes à appliquer qui semblent fuiter dans l'opinion publique alors que très souvent, l'ennemi, déguisé, est là, inquiète beaucoup d'observateurs qui redoutent que cela soit fatal pour un conflit qui n'a que trop duré.

De l'autre côté, il ne fait plus de doute que tous ces groupuscules qui pullulent dans la région sous l'appellation Mai-Mai sont des cornes sur une même tête, des pièces d'une même machine qui ensanglante Beni et ses environs.

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