Cameroun: L'administration roule-t-elle contre l'opposition ?

19 Novembre 2019

Certains potentiels candidats de l'opposition accusent les agents de l'Etat de se livrer à des basses manoeuvres pour leur empêcher d'obtenir les actes légaux, indispensables pour leur candidature.

Selon le code électoral, les candidats aux élections municipales et législatives ont 15 jours, après la convocation du corps électoral, pour déposer leur dossier de candidature auprès d'Elecam. C'est à cet effet que la plupart des candidats sont à pied d'oeuvre, depuis lundi dernier dans les différents bureaux administratifs pour constituer se mettre en règle. Sauf que plusieurs candidats de l'opposition se plaignent des « manigances de certains agents de l'Etat » qui refuseraient de leur signer des documents indispensables pour la constitution de leur dossier.

L'article 295 du Code électoral stipule que : « Tous les actes judiciaires sont, en matière électorale, dispensés du timbre et enregistrés gratis. Les extraits des actes de naissance nécessaires pour établir l'âge des électeurs et des candidats sont délivrés gratuitement sur papier libre à tout réclamant. Ils portent à l'en-tête de leur texte, l'énonciation de leur destination spéciale et ne peuvent servir à aucune autre ». Le portail des camerounais de Belgique. Mais sur le terrain certains agents de l'Etat foulent au pied cette disposition du Code électoral. Mardi dernier, des potentiels candidats du Parti Camerounais pour la Réconciliation Nationale (Pcrn) de Cabral Libii dénonçaient l'attitude de certains agents communaux et ceux travaillant dans les tribunaux qui leur exigent des timbres et de l'argent pour leur signer des extraits d'acte de naissance et des extraits du casier judiciaire numéro 3. La même dénonciation a été faite par le secrétaire général adjoint du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) Justin Roger Noah, qui a indiqué que leurs camarades « éprouvent des difficultés pour obtenir des pièces requises pour constituer leur dossier de candidature ».

Justin Roger Noah a expliqué que « certains services de l'Etat demandent de l'argent aux candidats quand il n'en faut pas, ignorant les dispositions de l'article 295 du Code électoral ». Pour ce cadre du MRC, c'est à Elecam qu'il revient de veiller à ce que « les dispositions pertinentes de la loi soient respectées. A cet effet, l'organe chargé d'organiser les élections doit, comme en 2013, faire un communiqué pour rappeler aux services de l'Etat qu'ils sont tenus à respecter cette disposition de la loi ».

Si dans certains services l'on demande aux candidats de payer des services sensés être gratuits, dans d'autres, « on ne trouve aucune personne compétente pour légaliser les documents. Certains maires ont même retiré la signature à leurs adjoints », se plaint un militant du MRC. Justin Messi candidat du Pcrn dans la Mefou et Akono accuse les élites d'avoir donné des consignes aux agents de l'Etat pour empêcher aux candidats de l'opposition de constituer normalement leur dossier de candidature. A Metet par exemple dans le département du Nyong-et-So'o, les militants du MRC disent avoir rencontré plusieurs difficultés pour l'obtention de l'extrait de l'acte de naissance. Même chose à Yingui dans le département du Nkam, « nous ne pouvons pas faire de dossier là-bas, les autorités jouent à cache-cache, elles auraient peur des représailles des élites locales, comme le directeur général d'Elecam », dénonce Daniel Nongoué du Parti Camerounais pour la Réconciliation Nationale (Pcrn).

Cette accusation est rejetée en bloc par un cadre du Rdpc qui pense qu'il s'agit tout simplement « d'une échappatoire des candidats de l'opposition qui se savent vaincus d'avance ». Le politologue Guy Beaudry Jengu estime que cette situation découle du fait que « d'une part, la structure sociopolitique du pays est malgré tout restée celle du parti-Etat avec des cadres du Rdpc qui sont au contrôle des pans entiers de l'administration. La preuve le 06 novembre on a vu des voitures CA utilisées pour la célébration des 37 ans de l'accession à la magistrature suprême de Paul Biya », analyse le politologue. Avant d'ajouter qu'« au plan individuel, certains agents de l'Etat militants du Rdpc se sentent obligés de mettre les bâtons dans les roues des opposants, sans qu'on puisse être sûr qu'il agissent par ordre de leur hiérarchie ».

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