Burkina Faso: Accès des femmes aux terres aménagées - Un parcours semé d'obstacles dans les Hauts-Bassins

19 Novembre 2019

Estimées à près de 52% de la population, les femmes burkinabè, pour la plupart, n'ont pas accès à la terre. Une équation difficile à résoudre en raison des pesanteurs socioculturelles. En dépit de ces facteurs, nombreuses d'entre elles sont propriétaires de périmètres aménagés notamment dans les Hauts-Bassins. Constat !

Mère de cinq enfants, Nassara Cissé vit, depuis sa tendre enfance, à Kayan, une commune rurale située à 120 km de Bobo-Dioulasso. Malgré ses 40 ans révolus, elle paraît plus jeune pour son âge. Rayonnante, sourire aux lèvres, elle a l'air d'une femme épanouie.

En dépit de son statut de paysanne, Mme Cissé donne plutôt l'allure d'une citadine. Propriétaire d'une parcelle de 0,12 ha dans le bas-fond rizicole du village, Nassara jouit, en effet, depuis 2016, d'une certaine autonomie financière.

« Je peux désormais me prendre en charge, et je subviens régulièrement aux besoins de ma famille », confie-t-elle. En 2018, elle achète une motocyclette qui lui permet de bien mener d'autres activités génératrices de revenus.

En plus de produire du riz pour la consommation famliale, elle tire des revenus de la vente d'une partie de sa récolte.

«Chaque année, ce sont des dizaines de sacs de 100kg que je récolte», témoigne-t-elle. En deux années, le lopin de terre a transformé la vie de Nassara Cissé. «Payer la scolarité de mes enfants, aujourd'hui, n'est plus un casse-tête pour moi.

Pour cette rentrée des classes, j'ai offert un vélo à mon fils, élève en classe de 3e», soutient-elle. Témoin de cette amélioration de la vie des femmes depuis qu'elles ont accès aux terres aménagées dans le bas-fond rizicole, le chef du village de Kayan, Oumar Tioro avoue avoir changé, depuis lors, de point de vue.

« Auparavant, nous pensions qu'une femme n'avait pas droit à la terre. Mais, aujourd'hui, nous constatons que les activités agricoles des femmes permettent d'alléger considérablement le poids des charges familiales dans nos foyers», admet-il.

« La qualité et la ration alimentaires se sont beaucoup améliorées, malgré le montant insuffisant de l'argent de la popote », renchérit Fousseni Barro, le secrétaire communal en charge du bas-fond.

Dans ce bas-fond de 90 ha aménagés, 577 femmes et 84 hommes produisent, chaque année, du riz. De l'avis du chef de l'Unité d'animation technique de Kayan, Salif Kandao, il s'agit de femmes dévouées au travail. «Elles sont présentes depuis les premières heures du projet.

Il y a de nombreuses attentes. Malheureusement, les parcelles sont en nombre insuffisant », déplore-t-il.

Le souhait des bénéficiaires, à ses dires, est d'agrandir le périmètre irrigué du bas-fond au profit de toutes les femmes du village. A Founzan dans la province du Tuy, Simone Matelowe parvient en 2017, après plusieurs démarches, à acquérir une parcelle de 0,25ha sur un site aménagé.

Une amère expérience

Elle y produit du riz. L'année passée, elle a récolté 18 sacs de 100 kg. Mais elle dit attendre beaucoup plus pour la présente campagne au regard de la physionomie de son champ.

Grâce aux retombées financières issues de la vente de ses récoltes, elle participe aux dépenses courantes de la maison. Son fils en classe de 5e dispose, depuis quelque temps, d'une nouvelle bicyclette.

« Je prends soin de la famille sans l'aide de mon mari », confie Simone. Le bas-fond aménagé de Founzan, d'une superficie de 30 ha, compte aujourd'hui 90 femmes et 30 hommes producteurs de riz.

En effet, depuis 2015, de nouveaux sites ont été aménagés dans les provinces du Tuy et du Kénédougou, région des Hauts-Bassins. Selon la directrice provinciale de l'Agriculture et des Aménagements hydroagricoles du Kénédougou, Haoua Yaro, 13 sites ont été construits.

« Le quota de 30%, voire plus, est respecté. Nous avons 910 femmes qui travaillent la terre contre 777 hommes », indique-t-elle. En revanche, dans la province du Tuy, seuls deux sites sur vingt-deux respectent ce pourcentage.

Il s'agit des sites de Founzan et celui de Kiéré, situés à quelques kilomètres de Houndé. «Pour respecter le quota sur le deuxième site, il a fallu le scinder en deux blocs, de commun accord avec la population.

Car, les hommes refusaient de s'associer aux femmes pour travailler», explique le directeur provincial de l'Agriculture et des Aménagements hydroagricoles du Tuy, Gassi Lougué. P

ar contre, sur le périmètre irrigué d'une superficie de 110 ha de Haba, dans la commune de Koti, les femmes attributaires de parcelles sont au nombre de 30. «Malheureusement, il leur est pratiquement interdit d'y travailler.

Le hic est que les hommes, en plus de ne pas les informer sur la possibilité de demander des parcelles, refusent que les femmes soient également propriétaires», regrette le directeur provincial. Bénéficiaire de parcelle, Mariam Zoeinga, fera, au tout début, l'amère expérience de ces pesanteurs socioculturelles.

« Au départ, mon mari a opposé un refus catégorique car, pour lui, la place de la femme est à la maison. J'ai dû appeler l'une de ses tantes pour le convaincre.

Il a alors donné son feu vert. C'est ainsi que depuis juin 2019, j'exploite un lopin de terre de 0,25 ha sur lequel je fais du maraîchage. Cela me rapporte assez de revenus pour faire vivre décemment ma famille », déclare-t-elle.

Une valeur ajoutée

De l'avis de feu*, le directeur général des aménagements hydrauliques et de développement de l'irrigation, Amidou Savadogo (Il est décédé en août dernier, soit un mois après notre entretien, Ndlr), il existe des sites où le taux d'attribution est de plus de 80%, tandis que sur d'autres, les chiffres sont en-deçà.

Cependant, l'histoire a montré, souligne-t-il, que les femmes s'occupent mieux des bas-fonds aménagés que les hommes. En témoignent, dit-il, les résultats forts encourageants constatés sur le terrain.

«Et c'est à leur honneur. La vente de ce riz rapporte beaucoup. Cette activité constitue une véritable source de revenus pour de nombreux foyers.

D'où la volonté affichée du gouvernement d'accorder plus de terre aux femmes», justifie-t-il. Une fois l'aménagement fait, explique M. Savadogo, les terres sont cédées aux groupements de producteurs avec la bénédiction des propriétaires terriens pour leur mise en valeur.

Pour être donc propriétaire d'une parcelle, il suffit juste, précise-t-il, d'adhérer à la coopérative du village ou de la commune, de payer les frais d'adhésion et de participer aux travaux de défrichage du terrain. « En sus, il y a un suivi technique des attributaires, dont des sessions de formation sur les itinéraires techniques de productions du riz », ajoute M. Kandao.

Cependant, les bénéficiaires disent rencontrer des difficultés qui impactent la production. Il s'agit de la difficulté de rétention de l'eau dans les bas-fonds après les pluies, l'invasion des plantes par des fourmis et le manque de matériels.

« Les diguettes faites en terre, ne tenant plus, il est difficile de retenir l'eau. Cela favorise la sècheresse du sol, d'où l'arrivée des fourmis qui détruisent les plantes.

Il serait mieux d'utiliser d'autres matériaux autres que la terre pour construire des diguettes solides, et faire la promotion de la fumure organique pour la préservation du sol », suggère le chef de zone d'appui technique de Founzan, Samuel Tibi.

Construire une retenue d'eau aux abords des bas-fonds, de l'avis du chef de l'Unité d'animation technique de Kayan, pourrait aider les attributaires à faire face aux poches de sècheresse en saison pluvieuse, mieux faire de l'irrigation ou de la culture de contre-saison.

Pour jouir davantage des retombées financières de la filière, les femmes rencontrées sur les différents périmètres aménagés, souhaitent, dans leur grande majorité, avoir un espace de séchage, de transformation et de commercialisation sur place afin de faciliter les processus d'étuvage, de transformation et de conditionnement, comme c'est le cas dans la plaine de Bama.

« Cela constituera une valeur ajoutée sur nos produits, et entraînera par ricochet une augmentation des bénéfices issus de la vente », a fait savoir Nassara Cissé.

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