Cameroun: Les difficiles conditions de vies des déplacés internes au pays

18 Novembre 2019

Selon l'Unicef (le Fonds des Nations unies pour l'enfance), il y aurait au Cameroun plus de 855.000 jeunes déplacés internes non scolarisés. Ceux-ci ont fui les violences dans les régions anglophones.

Dans le quartier de Mabanda, situé à proximité du fleuve Wouri qui traverse Douala, la capitale économique du Cameroun, à une partie de ces jeunes désœuvrés, souvent traumatisés par la guerre, sombrent dans la violence ou la délinquance. La population cosmopolite apprend désormais à vivre avec les rescapés de la guerre qui sévit depuis trois ans dans les deux régions anglophones du pays.

Alors que la plupart des enfants sont à l'école, en cette mi-journée, le petit Célestin, quinze ans, reste à la maison afin de surveiller le nouveau-né de sa tante absente.

Arrivé il y a trois semaines à Mabanda, Célestin avait à peine entamé le collège au village d'Issou, en zone anglophone, quand la guerre a éclaté il y a trois ans.

"À cette époque, ils ont brûlé notre maison. Quand l'armée arrivait dans notre village, elle tuait nos frères et sœurs. Nous ne pouvions rien faire", se plaint-il.

Non loin de là, dans un bâtiment d'une demi-douzaine de chambres, les bruits de robinets témoignent de la présence d'autres déplacés internes.

La jeune Trefina, 23 ans venait en septembre 2017 de passer avec succès le GCE Advanced Level, qui est le nom du baccalauréat dans le Cameroun anglophone. Mais pour elle, tout s'est arrêté là, avant la rentrée universitaire.

"J'étais scolarisé mais à cause de la crise, je n'ai pas pu poursuive mes études parce que les classes ont fermé. Et même venir ici chercher de l'argent pour retourner à l'école n'est pas une chose facile. Ainsi je ne suis plus allée à l'école. J'essaie tout simplement de survivre en faisant du petit business", explique-t-elle.

Prostitution

"Du petit business", une manière pudique de désigner la prostitution et qui dissimule mal la souffrance de la jeune fille.

Le compagnon de Trefina est désigné par le prénom de Gabriel car il souhaite rester anonyme. Celui-ci était étudiant à l'Ecole normale d'instituteurs de Bamenda, au début de la guerre.

Il n'est plus capable désormais de poursuivre sa formation, à plus de 300 kilomètres de sa ville d'origine. Il vit en concubinage avec son amie, dans un logement d'une seule pièce à Mabanda.

"Il y avait beaucoup de tirs de fusils. Les gens étaient kidnappés. Les écoles fermaient. En fait, l'économie avait chuté. Rien ne pouvait plus marcher. Alors c'est cela qui m'a fait quitter le Nord-Ouest pour venir ici", affirme-t-il.

Dans leur nouveau statut de déplacés internes déscolarisés, certains jeunes n'ont que la prostitution ou la délinquance comme moyensn de survie.

Violence et délinquance

À Mabanda, comme dans plusieurs autres localités, ceux qui ont pu malgré tout trouver leur place dans le système éducatif en zone francophone souffrent souvent de troubles post-traumatiques liés à la guerre.

Ceux-ci s'illustrent alors parfois par des comportements violents ou des actes de délinquance.

"Depuis trois ans que la crise anglophone a débuté, nous avons vu nos effectifs d'élèves croître d'année en année. Aujourd'hui, nous avons un effectif de déplacés de la crise anglophone, c'est-à-dire des élèves venant du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, d'environ 250 personnes. Mais on constate que ces enfants sont de plus en plus violents en milieu scolaire. C'est pourquoi nous nous évertuons à faire en sorte que la discipline règne" explique Flobert Kenfack, le principal d'un groupe scolaire et coordonnateur d'une association de résidents de Mabanda.

Aide

Joseph Ndeta, le chef du Bloc 5 de Mabanda et le point focal de différentes ONG viennent en aide à ces personnes déplacées.

Mais depuis le récent dialogue politique national (fin septembre-début octobre) les ONG ont cessé d'apporter de l'aide à Mabanda.

Selon le chef de bloc, ces ONG auraient été mises en retrait après les promesses du gouvernement de prendre en charge les victimes de la guerre.

"Certains ne sont pas en mesure d'aller à l'école parce que les parents se battent pour les nourrir, pour louer un logement et même trouver un emploi. Tout ce que je leur demande, c'est de trouver quelque chose à faire pour envoyer les enfants à l'école, pour qu'avec le temps nous puissions trouver comment faire avec les ONG qui avant intervenaient ici. Il y a déjà un moment, depuis ce forum de Yaoundé, que les ONG ne viennent plus. Les réfugiés me demandent tout le temps pourquoi les ONG ne viennent plus? Ils veulent savoir ce qui ne va pas depuis que le ministre de l'Administration est venu offrir des dons que tout le monde n'a d'ailleurs pas reçu. Alors, ils souffrent terriblement. Ils viennent tout le temps me poser des questions", témoigne Joseph Ndeta.

Flux de déplacés

À Mabanda, les jours sont de plus en plus difficiles pour les déplacés internes. On enregistre chaque jour l'arrivée de nouveaux élèves et étudiants qui fuient les zones anglophones. Certains ont tout perdu dans la guerre.

Ce phénomène de déplacés internes fuyant la guerre, allié à une déscolarisation des enfants, représente une bombe à retardement à Mabanda, comme dans d'autres localités du Cameroun.

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