Ile Maurice: Mahen Seeruttun - «Il est impérieux de rehausser la bonne gouvernance dans les services financiers»

20 Novembre 2019
interview

Petit à petit, Mahen Seeruttun prend ses marques au sein du ministère des Services financiers. Parmi ses priorités majeures figure la nécessité de protéger et de conserver la réputation de la juridiction mauricienne.

Hier au ministère de l'Agroindustrie et aujourd'hui à celui des Services financiers et de la bonne gouvernance. Comment s'est opérée cette transition ?

Ce sont, de toute évidence, deux secteurs totalement différents. L'Agro-industrie, où j'ai passé cinq ans, ne m'est pas un secteur inconnu. C'est que je l'ai côtoyée bien avant mon affectation ministérielle. J'ai occupé pendant de nombreuses années la fonction de secrétaire comptable à l'Institut de recherche de l'industrie sucrière, le MSIRI. Ma nomination en tant que ministre de l'Agro-industrie m'a donné l'occasion d'entrer de plain-pied dans ce secteur. Je suis expert-comptable de formation. J'ai un Master en Business administration avec spécialisation dans la finance.

J'ai toujours été mêlé de près aux activités associées aux filières financière et économique. Mon affectation à l'Agro-industrie m'a permis d'évoluer à proximité de la sphère finance. Car en tant que membre d'un cabinet ministériel, on a l'occasion de partager ses idées sur les activités de tous les secteurs qui sont sur la liste des priorités du gouvernement. C'est ainsi que mon parcours personnel m'a offert les outils appropriés pour faire le point sur la situation dans le secteur des services financiers et de voir comment on veut procéder et progresser.

L'élaboration du programme de développement du gouvernement constitue une excellente occasion pour un ministre de se familiariser avec tout ce qui touche à la chose financière. Une autre occasion qui m'a permis d'évoluer dans la sphère de la finance est le fait que je fais partie de l'équipe qui aura pour tâche de trouver le mode de mise en route des mesures énoncées dans le discours du Budget.

Vos rencontres avec les hauts techniciens du ministère des Services financiers et de la bonne gouvernance vous ont permis d'approfondir votre connaissance de ce secteur. Si vous deviez établir un bilan de santé de ce secteur quel serait-il ?

Ce secteur a un gros potentiel de développement mais qui, malheureusement, a été la cible de certaines attaques pas nécessairement fondées. Bien d'efforts ont été déployés pour remettre sur orbite le véritable profil de cette juridiction qui, dans son mode de fonctionnement, est transparente, saine et propre. Cependant, la vigilance est de mise pour que les menaces qui constituent un risque potentiel et réel puissent être maintenues éloignées le plus loin de nos côtes. Là où la concurrence fait rage, les risques d'attaques vont toujours se manifester.

Il y a des efforts à engager au niveau de notre mode de communication avec le grand public. Les informations doivent être communiquées de manière beaucoup plus élaborée avec pour objectif d'être en position de dissiper tout doute qui pourrait surgir dans l'esprit des gens. Si on ne dispose pas d'un bon réseau de communication, les informations émises peuvent donner lieu à des interprétations diverses, voire contradictoires. C'est un facteur qui risque potentiellement de rendre la situation plus confuse qu'elle n'a été.

Maurice a toujours prôné une politique d'ouverture lorsqu'il s'agit de faire la démonstration que les activités de sa juridiction sont conformes aux normes internationales. Le pays collabore avec toutes les instances internationales et avec les investisseurs aussi. On va devoir consolider ce qui a déjà été fait sur ce plan.

Quels ont été les sujets abordés lors de vos rencontres avec les techniciens du ministère des Services financiers et de la bonne gouvernance ?

J'ai exposé ce que j'attends d'eux. J'ai également évoqué toute la question de formation continue, posture indispensable pour nous permettre de nous adapter aux changements inhérents d'un secteur aussi dynamique qu'est celui des services financiers et qui ne cesse de progresser. Il faut tout faire pour doter ce secteur des nouvelles compétences dont il a besoin.

Qu'en est-il de vos rencontres avec les opérateurs et autres parties prenantes du secteur ?

Jusqu'ici, je n'ai pas eu l'occasion de rencontrer les partenaires de l'industrie. Cela ne saurait tarder. J'ai également rencontré des représentants de certains organismes qui évoluent sous la tutelle du ministère. Je vais devoir compléter ces échanges dans les plus brefs délais. Il faut également tenir compte de l'importance d'établir une ligne de communication avec les professionnels des médias qui sont nos partenaires. S'il est vrai que la liberté de la presse constitue un droit fondamental des professionnels des médias, il est cependant important de ne pas écarter la possibilité de faire cause commune lorsque l'image du pays est en jeu et que sa protection présuppose que nous fassions preuve de patriotisme. Les médias locaux devraient être en mesure de se ranger de notre côté lorsque la réputation de Maurice subit des attaques inacceptables et sans aucun fondement.

Quelle stratégie devrait-on adopter pour contrecarrer à la source les critiques acerbes contre la juridiction mauricienne ?

Tout est dans la manière de communiquer et la façon dont on projette l'image de la juridiction mauricienne. Depuis quelque temps déjà, on a fait appel à une agence de communication pour projeter l'image de la juridiction mauricienne qui correspond à la réalité et faire en sorte que le message approprié atteigne les autres juridictions, de même les investisseurs qui ont manifesté un vif intérêt à opérer à Maurice. La responsabilité de la gestion du contenu des messages que cette agence de communication doit faire passer au grand public a été confiée à l'Economic Development Board. La stratégie visant à refaire l'image de la juridiction passe également par une présence assidue à toutes les manifestations internationales où une revalorisation de la destination Maurice en tant que centre financier est envisageable.

Outre la nécessité de préserver la réputation de la juridiction mauricienne, quels sont les autres sujets qui, à votre avis, méritent une attention particulière dès le début de ce mandat ministériel qui vous a été attribué ?

Il s'agit spécifiquement du remboursement des anciens clients de la BAI. C'est une promesse que l'Alliance Morisien a faite durant sa campagne électorale. En tant qu'homme de parole, le Premier ministre, Pravind Jugnauth, entend honorer son engagement. Il est impérieux de rehausser le niveau de la bonne gouvernance dans le secteur des services financiers. Il existe un nombre non-négligeable d'individus fortunés qui souhaitent venir s'établir à Maurice. C'est encore un dossier qui nécessite une attention toute particulière. L'examen des défis que mon ministère est appelé à gérer a permis de considérer comme priorité majeure l'élaboration d'un plan d'action pour les cinq années à venir. D'ailleurs, un plan de dix ans a déjà été élaboré par ce ministère l'année dernière. C'était dans le cadre de la conception d'un schéma directeur.

Je commence tout juste à prendre connaissance des grands axes de ce projet de développement destiné au secteur des services financiers pour les années à venir. Sur la liste de ces initiatives prioritaires il faut sans doute inclure l'établissement d'un National Office of Good Governance. On vient d'assister à une présentation de ce document.

Quels sont les récents développements liés justement à la promesse du gouvernement de rembourser les victimes de l'affaire BAI ?

Déjà il y a eu une réunion au ministère des Finances la semaine dernière. On a examiné la modalité devant nous permettre d'honorer cet engagement que nous avons pris lors de notre campagne électorale. On a à la tête du pays quelqu'un qui reste fidèle à la parole donnée. Il ne se rétracte jamais. Cela va se faire comme convenu.

Tout récemment, la confrontation entre adversaires politiques a débouché sur la publication de comptes bancaires d'un protagoniste. Ce qui constitue un viol inadmissible du principe de la bonne gouvernance relatif au respect du secret bancaire. Partagez-vous l'avis que la politique a franchi une ligne rouge qui pourrait potentiellement éclabousser l'image de la juridiction vis-à-vis des investisseurs étrangers ?

Le secteur bancaire de Maurice jouit d'une bonne réputation. Il faut tout faire pour préserver ce véritable patrimoine. Il y a eu des cas de fuites. Quelque part, quelqu'un a failli à son devoir de garder intacte la confidentialité des informations dont la banque dispose à l'endroit du client qui a été victime de ce cas de fuite allégué. La protection du code de confidentialité, c'est le maître-mot du système bancaire mondial. Ce devrait être le cas également pour le système bancaire mauricien. C'est un aspect du système bancaire contre lequel, il n'y a pas de compromis à faire.

Dans quel état d'esprit amorcez-vous le début de ce second mandat du Premier ministre Pravind Jugnauth ?

On a travaillé pendant cinq ans avec sir Anerood Jugnauth et deux ans et demi avec le Premier ministre Pravind Jugnauth. La population dans son ensemble a vu les réalisations du gouvernement sortant. Encore une fois, on est appelé à transformer le pays et à compléter tous les projets déjà initiés durant le mandat du gouvernement sortant. On n'est pas loin d'atteindre le statut de pays à revenu élevé. On est à quelques points de cet objectif. L'inflation est sous contrôle. On continuera à progresser au niveau de la croissance.

Une des priorités majeures du présent gouvernement, c'est de considérer le problème de chômage des jeunes. Déjà, le Premier ministre a annoncé son intention de réduire, coûte que coûte, le taux de chômage chez les jeunes. On a des idées qui peuvent nous aider à atteindre confortablement cet objectif.

La campagne électorale est derrière nous. Comme démontré durant les cinq dernières années, c'est le travail qui doit primer. Ce sera également le cas durant le présent mandat de ce nouveau gouvernement. Je suis heureux de pouvoir faire partie de cette nouvelle équipe et de continuer à oeuvrer pour le bien de l'ensemble de la population mauricienne. Ensemble il nous faut poursuivre le processus de modernisation du pays. Il y a du pain sur la planche.

On a vécu plusieurs évènements phares en 2019, notamment le verdict sur l'archipel des Chagos, les Jeux des îles de l'océan Indien ou encore la visite du pape François. J'espère que durant les cinq prochaines années, Maurice aura l'occasion de vivre d'autres évènements d'une intensité comparable et qui sont à même de contribuer à la consolidation de l'unité nationale pour le bien de tous les Mauriciens. C'est de cette manière qu'on parviendra à aider le pays à se positionner parmi les plus beaux pays du monde et parmi les meilleurs endroits où il fait bon vivre.

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