Bénin: Retour Yayi Boni - Vers la fin de la crise post-électorale ?

analyse

Il avait quitté son pays sur la pointe des pieds, le voilà de retour sous le feu des projecteurs et, surtout, bien accompagné de beaux linges. En effet, après cinq mois d'exil, l'ancien président béninois Thomas Boni Yayi a foulé hier le sol de Cotonou, accompagné d'une haute délégation de la CEDEAO conduite par l'Ivoirien Jean Claude Brou, président de la Commission, d'un ministre des Affaires étrangères de la sous-région et de l'ancien président du Nigeria Abdulsalami Abubakar.

Signe de l'intérêt que l'organisation régionale porte à la crise post-électorale au Bénin ou gage d'assurance que le président d'honneur de Forces Cauris pour un Bénin émergent ne sera pas inquiété à sa descente d'avion ? En tous cas, l'exilé craignait pour sa liberté une fois de retour au bercail. Jusqu'au moment où nous tracions ces lignes, fort heureusement, l'ancien locataire de la Marina n'avait pas été inquiété, et même qu'il était prévu une rencontre avec son frère ennemi, il faut le dire, le président Patrice Talon.

Ce retour intervient dans un contexte de loi d'amnistie qui a été votée et promulguée depuis le jeudi 7 novembre dernier et qui autorise l'élargissement d'une soixantaine de personnes arrêtées suite aux violentes manifestations des 1er et 2 mai 2019. En effet, Le Quartier latin d'Afrique, laboratoire de la démocratie du continent, avait été secoué par une crise post-électorale suite aux législatives controversées du 28 avril 2019. La Commission électorale nationale autonome chargée de l'organisation du scrutin avait rejeté les dossiers de nombre de partis politiques de l'opposition.

Malgré les protestations des partis politiques et de la société civile, le gouvernement est resté droit dans ses bottes et a tenu le vote, qui s'est bien sûr soldé par une victoire écrasante du pouvoir en place, mais avec un taux d'abstention de près de 80%, selon plusieurs sources concordantes. Malgré tout, il a été validé par le Conseil constitutionnel qui donne ainsi au Bénin une assemblée monocolore, contraire vraiment à sa réputation de bon élève de la démocratie en Afrique.

C'est dans ce contexte qualifié par beaucoup de recul démocratique et de trouble que le président Yayi Boni ne s'embarrassera pas de son statut d'ancien président pour descendre dans la rue, s'il n'était tout simplement pas à la tête des croquants qui exigeaient la reprise des élections, voire le départ de Talon. Et il paiera cher ce crime de lèse-majesté parce que traqué et embastillé dans sa propre maison par une escouade de militaires et ce, pendant longtemps. C'est au moment où il devait être entendu par le juge qu'il a quitté le pays pour des raisons de santé.

Que de relations tumultueuses ces deux ont entretenues ! Eux qui s'entendaient si bien que le flamboyant homme d'affaires de l'époque qu'était Patrice Talon avait soutenu et même financé la campagne du candidat Yayi Boni à la présidentielle. Mais leur relations se sont détériorées tout au long du second mandat du dernier cité jusqu'à ce clash, en 2013, provoqué par cette présumée tentative d'empoisonnement du président Yayi Boni qui pointe aussitôt un doigt accusateur sur son ancien compagnon. Comme Yayi Boni aujourd'hui, Patrice Talon avait, lui aussi, dû son salut à l'exil.

Maintenant que le premier est rentré, même si c'est pour repartir, selon certaines sources, quelle attitude va-t-il adopter, sachant surtout que l'opposition tient toujours mordicus à l'annulation et à la reprise du scrutin d'avril dernier ? Sans doute la rencontre avec le chef de l'Etat sera-t-elle déterminante. Et ce sera peut-être l'occasion pour les deux de fumer le calumet de la paix, eux dont les inimitiés personnelles ne sont pas étrangères à cette crise post-électorale dont le laboratoire des conférences nationales souveraines en Afrique aurait dû se passer.

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