Congo-Kinshasa: Gouverneurs instables - Le pays profond en danger !

21 Novembre 2019

En l'espace de six mois, quatre tentatives de destitution des gouverneurs de provinces par des députés provinciaux, dont deux réussies (Haut Lomami et Ituri), viennent d'être enregistrées dans le secteur de la « grande » territoriale.

La dernière victime en date, Jean Bamanisa, le désormais ex-gouverneur de l'Ituri, a fait l'objet d'une motion de défiance votée hier mercredi 20 novembre 2019 à Bunia par 27 députés provinciaux sur 28. Les griefs mis à sa charge s'articulaient autour de la vente illicite de 12 lingots d'or, de l'état défectueux des routes, du non-paiement de 14 mois de loyers du bâtiment abritant l'assemblée provinciale, d'outrage à cette institution, etc.

Lorsque l'on jette un regard attentif sur les reproches généralement faits aux nouveaux gouverneurs de provinces, notamment la défectuosité ou l'inexistence des infrastructures de base, le non paiement des émoluments des ministres et députés provinciaux ainsi que des salaires des personnels politiques, les arriérés des loyers des bâtiments publics, le premier constat à faire est que la non-viabilité financière de leurs entités territoriales constitue le grand frein à leur auto-prise en charge. Nombre de gouverneurs de provinces gèrent des coquilles vides, dont la survie dépend exclusivement de la rétrocession attendue du gouvernement central.

La vérité est qu'hormis les provinces de Kinshasa et Lualaba, et dans une moindre mesure, celles du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, les autres sont à reconstruire, sur presque tous les plans, à partir de zéro. Paradoxalement, c'est à ces provinces sans unités industrielles, sans fermes agricoles, sans routes, sans électricité, sans eau potable, sans banques,... bref sans infrastructures de base, que l'on exige un redécollage économique immédiat.

Au rythme où les membres des assemblées provinciales se mettent à faire et défaire les exécutifs provinciaux, il est à craindre que le Congo profond ne s'engage dans une grande distraction. La conséquence néfaste de l'instabilité des gouverneurs de provinces est que, pour se maintenir au poste, d'aucuns risquent de passer leur temps à envoyer des « enveloppes » aux députés provinciaux, dans le but bien précis soit d'étouffer les motions de défiance au stade de projet, soit d'acheter leurs voix lors des votes.

Si ceux qui devaient concevoir et exécuter des projets de développement communautaire, en vue de planter le décor de la reconstruction nationale à partir de l'arrière-pays, ne savent plus se concentrer sur l'essentiel, les provinces risquent de faire du sur-place et de trainer leur pauvreté, comme un bourrelet, jusqu'en 2023, avec comme seul mérite d'avoir changé de gouverneurs tous les six mois.

D'où, il est temps que ces élus, bénéficiaires des suffrages des compatriotes du Congo profond, arrêtent le jeu des règlements des comptes politiciens, pour des intérêts égoïstes, et pensent à se mettre au service du grand nombre, en imaginant des pistes de transformation des potentialités agricoles, minières et autres en richesses réelles. S'il est acquis que le pays peut, avec ses terres, nourrir plus de 2 milliards d'êtres humains... fournir de l'eau douce et de l'électricité à l'ensemble du continent africain... approvisionner les marchés mondiaux avec son diamant, son cobalt, son cuivre, son coltan, son niobium, son litium, son fer, son pétrole de la côte de l'Océan Atlantique, du Lac Albert et de la cuvette centrale, les cerveaux des députés provinciaux devraient tourner à grande vitesse pour faire du pays l'Allemagne d'Afrique, selon la vision du Chef de l'Etat, Félix Antoine Tshisekedi.

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