Congo-Kinshasa: Survie de la coalition FCC-CACH - Joseph Kabila doit s'exprimer

21 Novembre 2019

Au stade où en est la tension politique entre le FCC et le CACH, l'heure devrait être à la conciliation en vue de donner la chance à une gouvernance apaisée de ce quinquennat porteur d'espoir pour tout un peuple.

Si le président de la République, Félix Tshisekedi, a montré sa bonne volonté en appelant à l'apaisement des uns et des autres tout en indiquant clairement son « optimisme » à la coalition FCC-CACH, il n'est pas le cas du côté de Joseph Kabila, qui reste silencieux face aux actions et déclarations de sa famille politique. Ce dernier doit s'exprimer pour éviter le pourrissement de la situation et sauver la coalition au pouvoir.

Les accrochages politiques au sein de la coalition au pouvoir FCC-CACH se multiplient aussi bien sur le terrain, entre militants, que par médias interposés, entre les cadres de ces deux plateformes politiques. Tout ceci au risque de mettre en danger la bonne marche des institutions nées de l'alternance démocratique pacifique intervenue le 24 janvier 2019. Tout le monde a salué ce moment historique qui devait augurer une nouvelle ère de changement et surtout de concorde entre les forces politiques qui avaient l'obligation de tirer les leçons de cette passation « civilisée » de pouvoir.

L'on se souvient qu'avant les élections du 30 décembre 2018, le pays a connu des moments troubles non sans conséquence sur les plans économique, social, diplomatique et surtout politique. Les stigmates de toutes les manifestations qui ont émaillé le combat pour le respect de la Constitution ou celui du « non » à un troisième mandat de Joseph Kabila sont encore frais dans la mémoire collective. Le constat amer est que les acteurs politiques, témoins de cette histoire récente de la RDC, veulent cracher sur les acquis engrangés, juste pour des positionnements politiciens.

L'alternance pacifique devrait responsabiliser davantage la coalition dirigeante qui est face à des défis majeurs. La RDC qui a une vocation de grandeur doit, pendant ce quinquennat de Félix Tshisekedi, poser les jalons d'un bon envol pour le développement intégral du géant au cœur de l'Afrique. Tout le monde fonde l'espoir sur la relance de la RDC pour le bonheur collectif du peuple congolais et du reste de l'Afrique. Ce n'est un secret pour personne, la patrie de Patrice-Emery Lumumba est au centre de grands enjeux géostratégiques pour le développement du continent noir.

Cependant, le climat politique observé sur le terrain, avec récurrence ces deux derniers mois, des scènes d'affrontements entre les membres de la coalition FCC-CACH, n'est pas de nature à rassurer quant à l'avenir.

Fatshi, sapeur-pompier

Plusieurs fois, au pays ou dans ses nombreux déplacements l'étranger, le chef de l'Etat n'a cessé de calmer le jeu en invitant le FCC-CACH à privilégier l'intérêt supérieur de la nation. « Nous sommes en alliance, en coalition comme on dit. Ça se passe bien, mais il y a le haut et le bas. Ce qu'il ne faut pas l'oublier, c'est que nous étions il y a très peu de temps des belligérants. Puisqu'aujourd'hui, le peuple congolais a décidé de nous mettre ensemble par les résultats des élections, nous sommes obligés de composer pour l'intérêt de notre peuple », a dit Félix Tshisekedi devant la diaspora congolaise de Paris le 12 novembre. Il reste « très optimiste quant à l'avenir de notre coalition, mais en même temps ces soubresauts ne peuvent qu'arriver. Ils sont inhérents, c'est normal ».

L'escalade verbale entre FCC et CACH a été également épinglée par le cardinal Fridolin Ambongo lors de sa messe des prémisses le 17 novembre 2019 au Stade des Martyrs. Il a qualifié cette tension de « querelles stériles ». A cette messe des prémisses du cardinal Ambongo, Félix Tshisekedi, dans sa brève intervention, s'est montré une fois de plus conciliant et même « optimiste » pour l'avenir de la coalition FCC-CACH. Autant le président de la République joue au sapeur-pompier, autant de l'autre côté, l'autorité morale du FCC devrait sortir du bois et s'exprimer clairement pour éclairer l'opinion.

Joseph Kabila devrait clarifier sa position par rapport aux déclarations et autres actes que posent les cadres du FCC. D'autant que ceux-ci prétendent le faire « au nom » et « en faveur » de leur autorité morale. Des professeurs d'universités ont été même envoyés au front pour manipuler l'opinion publique. Bien plus, des meetings ont été prévus pour annoncer « la rentrée politique » de l'homme de Kingakati.

La banderole levée à Kinshasa avec comme message « Joseph Kabila forever ». Qu'est-ce ça dire ? Pire, des gouverneurs, estampillés PPRD ou FCC, ne se gênent pas non plus de lever de grandes banderoles dans leurs villes respectives pour exprimer leur reconnaissance et loyauté au seul président honoraire. Et dire qu'ils ont un mandat public !

Hier à Kinshasa, dans un meeting politique, Emmanuel Ramazani Shadary, ci-devant secrétaire permanent du PPRD, a promis des « uppercuts politiques ». « Ils pensaient que le groupe de Kabila allait partir, mais nous sommes toujours là. Ils ont insulté Kabila quand il était président et ils continuent toujours à l'insulter. Nous n'aurons pas peur... C'est maintenant le système des uppercuts. Nous allons nous donner des uppercuts politiques », a déclaré Emmanuel Ramazani Shadary, s'adressant à ses partenaires du CACH.

Tous ces faits sont de nature à troubler l'opinion publique qui se perd en conjectures concernant l'avenir politique de Joseph Kabila. Est-ce que ce dernier va rentrer aux affaires en 2023 ? Le FCC veut-il mettre fin à la coalition avec CACH ? Pourquoi l'autorité morale du FCC garde-t-elle silence alors qu'il y a effectivement des étincelles en l'air dans le mariage FCC-CACH ?

Puisque son interface politique Félix Tshisekedi ne cesse de montrer sa bonne volonté à pacifier les relations avec les sbires de l'ancien régime, Joseph Kabila devrait aussi s'exprimer. Il ne faudrait pas qu'il tombe dans le piège que ses lieutenants sont en train de creuser présentement avec toutes ces sorties politiques tendancieuses et tonitruantes. Et auxquelles l'UDPS répond sur le même ton.

Seule la patrie compte

Face à l'impérieuse nécessité du développement de la RDC qui doit se faire dans la paix et dans des relations démocratiques entre les forces politiques, il n'y a pas d'alternative à privilégier l'intérêt supérieur de l'Etat congolais et de sa nation meurtrie, notamment pendant les 20 dernières années sous la gestion de Joseph Kabila. Ce dernier, comme tout Congolais épris de paix et de sagesse politique, devrait s'inscrire sur la voie du changement que montre son successeur, en privilégiant l'intérêt du Congo que tous voudraient grand et debout.

S'investir dans des actions visant à saboter les acquis de l'alternance démocratique et à freiner l'envol de la RDC est une voie hasardeuse. Cela ne profiterait pas à l'autorité morale du FCC envers qui le peuple congolais et la communauté internationale se sont montrés jusqu'à ce jour condescendants. Au nom de la paix et de la concorde sur le plan politique. Ses erreurs et fautes de gestion durant son règne (janvier 2001-janvier 2019) risquent de remonter de temps en temps à la surface.

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