Burkina Faso: Crise à La Poste BF - Roch sera-t-il la solution ?

A travers cette lettre adressée au Président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré, le secrétaire général du Syndicat des travailleurs de la Poste et le représentant des délégués du personnel décrivent «une gestion autoritaire» de la boîte par leur directeur général, Nabi Issa Coulibaly.

Chose qui a engendré la crise que traverse la société et débouché de nos jours sur «une rupture totale de confiance» entre les protagonistes ; d'où la demande d'implication du numéro un des Burkinabè pour «une résolution diligente et définitive ».

Excellence Monsieur le Président du Faso,

Comme vous le savez sans nul doute à travers votre ministre du Développement, de l'Economie numérique et des Postes (MDENP) et à travers d'autres canaux de communication et d'information, La Poste Burkina Faso (LA POSTE BF) traverse depuis de nombreux mois une grave crise qui affecte son fonctionnement normal et menace, à terme, sa survie.

Si aujourd'hui nous nous sommes résolus à nous adresser à vous en votre qualité de magistrat suprême, c'est parce que, malgré notre disposition constante au dialogue, nous n'avons toujours pas reçu d'oreille attentive pour une recherche concertée de solutions.

Cependant, la frustration du personnel se perçoit et croît de jour en jour, la division entre travailleurs gagne du terrain et une haine sans pareille tend à s'installer au sein de l'entreprise non seulement entre le personnel mais, pire, entre la presque totalité du personnel et le directeur général Nabi Issa Coulibaly.

L'interview du Secrétaire général de La Poste BF le 15 octobre 2019 sur « Le Faso.net » illustre bien le mépris de Monsieur Nabi Issa Coulibaly et de ses proches, acquis à sa cause, pour le reste du personnel de La POSTE BF.

Un adage bien connu des Burkinabè enseigne que le linge sale se lave en famille. Mais lorsque la famille est divisée, elle n'a pas d'autre choix, pour son unité, que de s'en remettre à l'implication d'une voix autorisée pour ramener la cohésion et l'entente en son sein.

C'est le souci de préserver l'avenir de LA POSTE BF, un patrimoine national, qui fonde notre démarche de nous adresser à vous en tant qu'ultime recours.

Excellence Monsieur le Président du Faso,

Il n'est un secret pour personne que depuis l'avènement des technologies de l'information et de la communication, la Poste évolue dans un contexte très concurrentiel, dont l'une des manifestations néfastes est l'effondrement du volume du courrier.

Conscients de cette nouvelle situation, les travailleurs de LA POSTE BF ont favorablement accueilli et surtout adhéré à la réforme du secteur postal intervenue en 2010 à travers l'adoption et la promulgation de la loi postale.

Au regard de cette nouvelle loi, qui consacre l'ouverture d'un secteur historiquement monopolistique, La Poste devait répondre à un double impératif : la culture constante de l'excellence et l'esprit d'innovation permanente.

Animés par cette double exigence, les représentants du personnel, lors des différentes rencontres avec Madame le ministre du Développement, de l'Economie numérique et des Postes, ont insisté sur la nécessité de nommer au poste de directeur général un homme ou une femme à même de porter cette nouvelle vision de LA POSTE BF.

A la nomination en Conseil des ministres du premier responsable actuel, Monsieur Nabi Issa Coulibaly, les partenaires sociaux ont reçu favorablement une telle décision et se sont engagés à accompagner le nouvel impétrant dans les différentes réformes qu'il viendrait à enclencher.

L'enthousiasme du personnel était d'autant plus grand que le nouveau directeur général, en plus des compétences qu'on lui attribue, a l'avantage d'être jeune.

C'est pourquoi, dès sa prise de fonction, le personnel lui a témoigné sa confiance et son soutien dans la conduite des affaires de LA POSTE BF.

En atteste, par exemple, l'adhésion du personnel à la mesure de réduction des formations à l'extérieur du pays au profit de celles à l'intérieur dans le souci d'élargir l'accès de la formation au plus grand nombre d'agents.

Ce fut le même accueil qui a aussi été réservé à l'annonce de « maîtrise des charges ». Mieux encore, tout le personnel a soutenu le projet de certification des produits courriers à travers un mémorandum signé par toutes les structures associatives de LA POSTE BF.

Excellence Monsieur le Président du Faso,

Alors que nous nous attendions à une mise en œuvre efficiente des mesures annoncées, nous avons plutôt assisté à une gestion autoritaire et solitaire de Monsieur Nabi Issa Coulibaly, sur fond de déficit criard de communication et de rupture totale avec les principes élémentaires du management.

Jugez-en-vous-même :

I- De la gestion financière de LA POSTE BF

Sur ce point, tout semble indiquer que nous assistons à une véritable opération de coulage de l'entreprise comme le montrent, entre autres, l'acquisition d'un véhicule neuf de fonction 4x4 alors que deux autres, en très bon état, étaient à sa disposition, l'utilisation irrégulière et abusive des bons de caisse dans les agences, les dépenses inappropriées comme celle due au changement inopportun et précipité de l'identité visuelle de l'entreprise d'un montant d'environ trois cents millions (300 000 000) de francs CFA, l'octroi d'une indemnité de transport de deux cent mille (200 000) francs CFA par mois alors qu'en tant que directeur général il bénéficie déjà d'une dotation en carburant servie à la pompe d'essence de LA POSTE BF, et la mise à sa disposition d'une carte TOMCARD créditée régulièrement.Le comble est que ces TOMCARD couramment utilisées pour les besoins du service à LA Poste BF font l'objet de mauvaise gestion et de malversations.

Nous en voulons pour preuve le contrôle effectué le 03 septembre 2019 par l'Inspection générale des services de la POSTE BF à la direction du Patrimoine et des Moyens généraux et au cours de laquelle des cas de malversations auraient été décelés dans la gestion du carburant, et le cumul des montants est provisoirement estimé à des dizaines de millions de francs CFA. Paradoxalement, les présumés auteurs, forts de leur soutien, ont fait l'objet d'un simple repositionnement dans leur service, chose qui pourrait biaiser l'enquête en cours.

Pour ce qui est des marchés publics, le personnel a la peur au ventre quant à l'avenir de l'entreprise car il y a trop d'études confiées à des cabinets et dont les résultats ne sont pas probants.

II- De la gestion des ressources humaines.

A ce sujet, il est à relever le mépris pathologique de Monsieur Nabi Issa Coulibaly pour le métier de postier.

En effet, il ne cesse de qualifier les diplômes de l'Ecole nationale des Postes (ENAPOSTE) et ceux de l'Ecole multinationale supérieure des Postes (EMSP) d'Abidjan de simples attestations de stage.

Il faut noter la question des sous-ordres qui sont très récurrents à La Poste Burkina Faso et qui créent trop de frustrations, notamment au sein des cadres supérieurs de l'entreprise, et qui engendrent de sérieux problèmes de commandement (des cadres supérieurs sont sous les ordres de cadres moyens). Est-ce cela l'approche managériale requise du personnel pour une entreprise à forte main-d'œuvre qui aspire à une nouvelle dynamique de production ?

A cela s'ajoutent la remise en cause des notes d'évaluation annuelle des travailleurs et leur reprise selon des critères qui lui sont propres, des intérims qui durent plus d'une année pour des raisons étranges, le refus de tenir une session régulière de la commission d'affectation ainsi que la non-tenue, depuis son arrivée, de la session du comité technique paritaire.

Il faut noter également la promotion de personnes sur lesquelles pèsent de forts soupçons de malversations et des distinctions honorifiques octroyées à certains agents dont le choix ne répond à aucun critère de mérite.

En plus de tous ces manquements préjudiciables à LA POSTE BF, le directeur général actuel, sûr de ses arrières, poursuit sa gestion solitaire au mépris de ses propres engagements et s'enfonce dans le culte indécent de la personnalité.

La situation qui prévaut actuellement à LA POSTE BF et dont les origines ont été rappelées ci-dessus a abouti aujourd'hui à une rupture totale de confiance entre le personnel et le directeur général actuel, Monsieur Nabi Issa Coulibaly.

Excellence Monsieur le Président du Faso,

En termes de bilan, pour deux (2) ans de gestion de Monsieur Nabi Issa Coulibaly, nous retenons de lui :

Un déficit criard de management créant des crises à répétition, un personnel profondément divisé, une baisse continue du résultat d'exploitation de l'entreprise, un manque remarquable de matériel et de certains consommables dans les unités de production dû à une compression exagérée des charges d'exploitation au profit des études de marché très peu concluantes.

C'est au regard, d'une part, des conséquences déjà manifestes de cette crise sur le fonctionnement de l'entreprise et, d'autre part, des menaces qui en découlent sur la survie de LA POSTE et sur l'avenir de plus de mille (1000) employés, constitués en majorité de jeunes, que les Partenaires sociaux signataires de la présente lettre ouverte, représentant l'ensemble du personnel de LA POSTE BF, ont décidé de s'adresser à vous.

Ils sollicitent par la même occasion votre souveraine implication dans la résolution diligente et définitive de cette crise qui n'a que trop duré.

En espérant une prompte réaction de votre part, nous vous prions de croire, Excellence Monsieur le Président du Faso, à l'assurance de la plus grande estime en laquelle nous vous tenons.

Ont signé :

Le secrétaire général du Syndicat des travailleurs de la Poste

Gilbert Goh

Chevalier de l'Ordre du Mérite burkinabè

Le représentant des délégués du personnel

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