Congo-Brazzaville: Evocation - La triple alliance se disloque ! (suite)

Sur le plan politique, tout l'édifice mental du coup se fondait sur un bluff. Structuré autour du concept du bouc-émissaire et jouant sur l'antagonisme des concepts politiques « droite » et « gauche », ce bluff avait consisté à braquer les forces de la « gauche » contre celles de la « droite », accusées de mener un « coup d'Etat technique et légal » au profit du commandant Yhomby-Opangault, leur "bouc-émissaire".

Le communiqué lu à la Radio nationale par le lieutenant Alphonse Matessa, aux environs de 10 h, ne faisait pas mystère de ce bluff en proclamant : « tout le monde sait en République populaire du Congo que le commandant Yhomby a toujours brigué le pouvoir » ! Lorsque des jours après l'échec du coup, on demanda au lieutenant Matessa de se justifier, il avouera le bluff en ajoutant « qu'il avait été le cobaye de cette histoire de fous » !

Au siège politique du putsch, à la commune de Bacongo, l'adjoint au maire Antoine Mayitoukou, Atondi Lecas Momondjo, les miliciens et d'autres passèrent la nuit du 21 au 22 février tout en spéculant sur le coup d'Etat que la droite projetait de mener. Il en fut de même à la commune de Makélékélé où l'adjoint au maire, Mafouta, passa la nuit avec des miliciens. Ces deux communes furent aussi les seules sur les six arrondissements de la capitale à se réveiller, le 22 février 1972, avec une tentative de coup d'Etat sur les bras. Le matin du 22 février, au pont du Djoué, siège du bataillon d'Infanterie, le lieutenant Diawara lui-même harangua les soldats avant de les envoyer garder la Radio nationale qui ne devait jamais tomber dans les mains de la droite !

Ainsi, incapables de justifier les motivations politiques de leur mouvement, ceux qui tentaient de pousser le président Ngouabi vers la sortie recoururent systématiquement au mensonge délibéré. Cette tactique connut sa première faille quand fut retransmis le message présidentiel depuis Pointe-Noire. Les officiers et soldats de l'Infanterie furent perturbés et, plus tard dans la confusion où ils étaient, prirent le parti d'aller demander des explications à leur commissaire politique le sous-lieutenant Jean-Baptiste Ikoko. Ce dernier et son chef, le lieutenant Ange Diawara, avaient déjà pris la fuite. Le sergent Vincent Niamankessi, chef de cabinet de Diawara à qui l'on demandait de confirmer cette fuite bredouilla à des amis : « C'est le désarroi, la droite a pris le dessus ! »

Sur le plan militaire, le coup était déjà un échec au fur et à mesure que le cadran horaire terrestre ponctuait ses coups autour du soleil. Aucun objectif militaire n'avait été atteint. Les commandants des différentes unités n'avaient pas avalé le bluff diffusé à la radio et s'en tenaient à des ordres verticaux de l'état-major général. Vers 15 h, le bouc-émissaire prenait sa revanche. Le commandant Yhomby sur le dos duquel on avait mis « le coup de la droite » tonnait maintenant à la radio. Dans sa bouche, le lieutenant Ange Diawara était « un officier félon assoiffé de pouvoir ». Le retournement était complet. Dans la matinée, le commandant Yhomby était accusé de briguer le pouvoir. Dans l'après-midi, c'est le lieutenant Diawara qu'on accusait d'être assoiffé de pouvoir ! Le 22 février 1972 fut une journée où le pouvoir devenu vagabond balançait à gauche, à droite. Finalement, le président Ngouabi, ramené à toute vitesse de Pointe-Noire par Fokker, retrouva sa chose non sans pousser des grands cris.

En prenant le parti d'attaquer frontalement, les armes à la main, le président Marien Ngouabi, le lieutenant Ange Diawara avait de façon spectaculaire brisé l'alliance militaro-marxiste qui le liait au premier cité depuis les événements d'août 1968.

Le 1er août 1968, le capitaine Marien Ngouabi s'insurgeait contre le régime du président Massamba-Débat. Si les casernes de Brazzaville accueillirent favorablement cette rébellion, les observateurs s'attendaient de voir le bras armé du régime, le Corps national de la Défense civile, s'opposer aux velléités des militaires professionnels. Or, il n'en fut rien. Ce corps était sous le commandement d'Ange Diawara. Après d'intenses négociations les 2, 3 et 4 août, naquit un Conseil national de la révolution présidée par Ngouabi avec Ange Diawara comme deuxième personnalité. Officiellement, l'Armée populaire nationale dont Marien Ngouabi venait de prendre le commandement et la Défense civile venait de coaliser. L'entrée en lice des politiciens dits « intellectuels-révolutionnaires» donnera la mouture connue sous l'appellation de triple alliance. (A suivre)

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