Zimbabwe: Deux ans après Mugabe - La désillusion est totale

Photo: The Herald
Président Mnangagwa

Deux ans déjà que Robert Mugabe, au pouvoir pendant environ quatre décennies, a abdiqué. Il est parti à la suite d'une révolution de palais alors qu'il nourrissait des ambitions présidentielles pour son épouse, Grace Mugabe.

Un projet de succession qui n'a pas eu l'heur de plaire à son premier cercle dont bien des membres allaient faire les frais ou avaient même commencé à faire les frais de sa volonté de règne dynastique. La suite on la connaît.

En effet, en début novembre 2017, camarade Bob, alors âgé de 93 ans, exprime son désir d'élever la première dame au rang de vice-président.

Le lendemain, c'est cette dernière qui demande publiquement au vieil homme de lui céder son fauteuil présidentiel. Pour ce faire, il fallait lever un obstacle en la personne du vice-président d'alors, Emmerson Mnangagwa.

Chose faite puisque, le 6 novembre, ce dernier sera limogé, mais la hiérarchie militaire ne l'entendit pas de cette oreille. C'est le début de la chute de la maison Mugabe puisque l'armée entrera en scène en plaçant le couple présidentiel en résidence surveillée.

Après quelques jours de confusion au sommet de l'Etat, la ZANU-PF, le parti au pouvoir, destitue finalement Mugabe de sa fonction et l'exclut des instances du même parti. Il est alors remplacé par un de ses fidèles lieutenants en la personne du même Emmerson Mnangagwa.

Cette annonce a été accueillie par une scène de liesse dans les rues d'Harare et d'autres villes du pays.

Mais très vite les Zimbabwéens seront désenchantés, car ils se rendront compte qu'il y a eu tout juste un changement et non une alternance ; en d'autres termes, Mugabe est parti, mais le système qui a régi le Zimbabwe est toujours là et bien là.

Afin de donner un verni de légitimité à son nouveau pouvoir, celui qu'on appelle le «Crocodile» organise une élection en juillet 2018 qu'il remporte bien sûr. Mais sa victoire est aussi bien contestée de l'intérieur que de l'extérieur et donnera lieu à une violente crise post-électorale.

Aujourd'hui, alors que les Zimbabwéens s'attendaient à l'instauration d'une vraie démocratie après une quarantaine d'années de dictature, ce rêve a vite tourné au cauchemar.

Les promesses d'ouverture politique du nouveau président sont restées lettre morte, et la situation des droits de l'homme, des libertés individuelles et publiques se sont dégradées au point que certains regrettent l'ère de «Papi Bob».

Sur le plan économique, l'après-Mugabe n'est guère meilleure : en effet, selon certains observateurs, l'ancien «Grenier de l'Afrique australe» traverse l'une de ses pires crises économiques.

L'inflation, qui avoisine 300%, illustre à elle seule l'état de délabrement de la santé économique du pays.

Face à la pénurie des produits de première nécessité, à l'effondrement du pouvoir d'achat, au chômage endémique et à la carence en services sociaux de base, les Zimbabwéens sont de nouveaux dans les rues pour exprimer leur mécontentement.

Mais en lieu et place d'une oreille attentive pour entendre leur complainte, c'est plutôt une chape de plomb qui leur sera servi. En effet, le pouvoir multiplie les arrestations de manifestants, l'intimidation des opposants, la dispersion des rassemblements à coup de canons à eau.

Deux ans après la chute de Mugabe, la désillusion de ses compatriotes est si grande qu'ils seraient tentés de crier : «Mugabe, revient, Mnangagwa est pire».

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Plus de: L'Observateur Paalga

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