Congo-Brazzaville: Mode - Bisseyou Créations ou la joie de vivre

Elle s'appelle Christelle Natacha Boukoulou, plus connue sous le nom de Bisseyou, un nom qui fut celui de sa grand-mère et qui lui a été donné à Mouyondzi, sa ville natale, selon la tradition Bembé. On pourrait traduire Bisseyou par la joie de vivre et, pour ceux qui l'approchent, nul doute que cette traduction colle à l'image de cette styliste qui semble brûler toutes les étapes du succès sans jamais se dépareiller de son large sourire.

Née d'un père professeur de biologie et d'une mère couturière, qui fut l'une des pionnières de la machine à coudre dans son village, la petite Christelle aura vécu une enfance ici et là, tantôt chez ses parents, tantôt chez une grande-soeur ou une cousine : « J'ai grandi à Mouyondzi jusqu'à l'âge de 8 ans. Mais tout le monde m'adorait et voulait m'avoir sous son toit, ma scolarité s'est donc faite un peu à droite à gauche, à 17 ans j'ai passé mon baccalauréat sans pouvoir l'obtenir. C'était une enfance heureuse mais joliment mouvementée et un peu décousue. C'est à Pointe-Noire, à la fin de mon adolescence, que j'ai posé au final mes bagages », lâche la voyageuse.

"Mon premier «mode popo» à l'âge de 9 ans"

Avoir une maman couturière aurait pu faire naître la passion de Bisseyou pour la couture mais celle qui est aujourd'hui styliste précise : « Je ne peux pas dire que c'était une passion, comme toutes les petites filles, la couture n'était qu'un simple jeu. Avec les chutes des tissus, je fabriquais mon monde, j'habillais mes poupées, me piquais les doigts avec les aiguilles... Je me souviens qu'au décès de mon père, ma mère s'était absentée pour aller l'enterrer au village. Je n'avais que 9 ans et j'étais restée dans son petit atelier de couture lorsqu'une cliente est venue pour avoir un « mode popo ». Au pied levé, j'ai donc remplacé ma mère derrière la machine. La cliente était ravie, j'ai gagné 700 francs, ça reste un joli souvenir d'enfance ».

Après quelques pas dans le mannequinat à ses 18 ans, Bisseyou use les petits métiers travaillant comme serveuse dans les bars ou dans les boîtes de nuit de la ville océane, avant de se consacrer à l'événementiel dans l'univers de la mode, collaborant notamment avec la célèbre agence de mannequins New face agency.

La crise économique qui sévit à Pointe-Noire sera la chance de Christelle, les soirées événementielles ne marchent plus comme avant, l'argent se fait rare et le destin appelle alors Bisseyou. « Le destin ? En quelque sorte, il s'appelle Merveille Matondo, une amie de Pointe-Noire partie vivre à Niamey, au Niger, et qui me dit qu'elle se lance dans le stylisme avec une première collection. Elle me dit encore que je suis bonne couturière, qu'elle veut me prendre comme assistante, qu'elle veut que je la rejoigne. Sans hésiter, je suis partie, je n'avais rien à perdre. Je suis restée six mois au Niger, c'est là-bas que Merveille m'a presque tout appris, moi j'étais alors prête à prendre mon envol », confie-t-elle.

Une confiance en soie

De retour à Pointe-Noire, Christelle achète dix mètres de soie, confectionne quelques robes pour une première collection privée, au grand satisfecit de ses premières clientes. C'est le déclic, le succès est en marche. Bisseyou Créations naît en novembre 2017, deux années où la styliste, âgée aujourd'hui de 30 ans, semble courir après la montre pour une ascension fulgurante. Ses collections voyagent et sont présentées au Togo, en Suisse, en Belgique et désormais en France où elle vit aujourd'hui. « J'habite en Normandie, à Coutances précisément.

Le stylisme est très différent ici en France, en Europe, il faut apprendre les quatre saisons et les collections Printemps/Eté ou Automne/Hiver, être capable de répondre quantitativement à la demande et créer pour toutes les tailles. Ce sont de nouvelles exigences et un véritable booster. Là, je viens de participer au défilé des créateurs Extravaganza qui a eu lieu le 20 novembre à Lille, dans le nord de la France », se réjouit- elle. Le temps est aujourd'hui plus précieux qu'hier et Bisseyou Créations est déjà plongé dans les croquis des prochains modèles pour la collection Printemps/Eté 2020. Ainsi va la joie de créer, de coudre et de vivre.

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