Madagascar: Affaires Imerintsiatosika et Za Gasy - La Justice sur le banc des accusés

Le président Andry Rajoelina a réclamé des sanctions sévères, voire la radiation pour les magistrats corrompus.

Dans son engagement « numéro 3 », le président Andry Rajoelina promet le renforcement de la lutte contre la corruption et une Justice équitable. Pourtant, neuf mois après son accession au pouvoir, le monde de la Justice ne bénéficie pas encore de la confiance de la population. Les magistrats sont particulièrement pointés du doigt et sont accusés d'injustices. Même image pour les agents pénitentiaires, soupçonnés de soutirer de l'argent aux familles des détenus. « Je suis au courant de l'existence de corruptions ici », a déclaré le président Andry Rajoelina lors de sa descente à Antanimora le 1er novembre dernier. Par ailleurs, lors de ses deux rencontres avec le Conseil Supérieur de la Magistrature (CSM), le Chef de l'Etat a réclamé des sanctions sévères, voire la radiation pour les magistrats corrompus qui, selon lui, « ternissent l'image de la Justice malagasy ». Deux dossiers importants ont notamment fait que la Justice ait été placée sur le banc des accusés. Il s'agit des affaires du triple meurtre survenu à Imerintsiatosika au mois de septembre 2018, et l'affaire Za Gasy qui a aussi fait couler beaucoup d'encre après que ce candidat malheureux des dernières élections législatives dans le deuxième Arrondissement, accusé d'avoir participé au meurtre d'un jeune homme le jour du scrutin, a bénéficié d'une liberté provisoire le 9 octobre dernier.

Acquittement. Le verdict de l'affaire du meurtre des trois personnes d'une même famille dont le père de famille, son épouse et leur fillette âgée de quatre ans, a provoqué un tollé sur les réseaux sociaux cette semaine. Un seul individu a été condamné à une peine de travaux forcés à perpétuité tandis que les cinq autres coaccusés ayant comparu ont bénéficié d'un acquittement. Les observateurs ont déduit qu'il est impossible qu'un seul homme soit capable de tuer trois personnes, de violer la femme qui était enceinte de cinq mois, et de voler des documents, une forte somme d'argent et des mobiliers de bureaux, en une seule nuit. Après le verdict, le frère de l'accusé a fait plusieurs révélations sur les réseaux sociaux. En outre, le fils des défunts, le seul à avoir été épargné de cet acte de barbarie, a aussi exprimé son insatisfaction par rapport au verdict.

Témoins oculaires. En ce qui concerne l'affaire Za Gasy, ce politicien a quitté la prison de Tsiafahy au mois d'octobre dernier. Avec ses deux présumés complices, il a bénéficié, en catimini, d'une liberté provisoire. Pour le moment donc, aucun des personnes ayant été soupçonnées d'avoir tabassé à mort un jeune homme à Ambohipotsy au mois de mai dernier, ne séjourne en prison. Et ce, bien malgré l'existence de témoins oculaires qui ont confirmé les faits. Jusqu'ici, aucun procès. La question est donc de savoir comment, avec ces témoignages, ces gens ont pu bénéficier d'une liberté provisoire ? Nul n'ignore d'ailleurs que s'il y a eu le moindre doute, le Juge qui a prononcé leur placement sous mandat de dépôt à Tsiafahy aurait pris une autre décision.

Accusations. Cette semaine, le Secrétaire général du Ministère de la Justice a tenté d'enlever la responsabilité des Juges et d'annoncer que, quel que soit le verdict, il y a toujours une insatisfaction et de la grogne. « Les magistrats se heurtent toujours à des accusations », a-t-il soutenu. Est-ce une manière d'affirmer que ces derniers font leur travail convenablement et que les accusations portées sont infondées ? Quoiqu'il en soit, pour enlever le doute, pour calmer la colère engendrée notamment par l'affaire Imerintsiatosika, et pour rassurer les Malgaches dont la majorité ne fait plus confiance à la Justice, le ministre de tutelle et son département devraient sortir de leur mutisme et apporter des éléments d'explications à propos de ces dossiers.

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