Cameroun: La France D'Emmanuel Macron prépare un coup contre Paul Biya

22 Novembre 2019

Macron en a marre. Vraiment marre. Il ne peut pas continuer à aider ce vieillard à rester au pouvoir au mépris de tous les principes hypocrites auxquels il prétend être attaché. Des voix s'élèvent de partout pour dire c'est trop. La libération des prisonniers politiques a été faite en traînant les pieds, Mamadou Mota et plusieurs autres sont encore en prison, et il ne se passe de jour sans que le Cameroun ne soit dénoncé pour des violations flagrantes des droits de l'homme.

Comment réussir un changement de président sans changement de régime ? Il faut faire vite avant que les américains s'en mêlent, car la tentation est forte pour Donald Tromp de présenter une éventuelle éviction de Biya comme un acte humanitaire et un signal de son intérêt pour l'Afrique noire et pour la démocratie, à l'approche des élections.

Les évènements récents, dirigés contre Paul Biya, ne sont pas le fruit du hasard.

La France était parfaitement au courant de l'état de santé du Président de la République du Cameroun, puisqu'elle est régulièrement impliquée dans ses soins, et elle suit au détail son poulain, scrutant chacun de ses pas à l'aune de ses intérêts.

Voilà qu'après avoir été empêché d'aller rencontrer Poutine, Biya est sommé de venir en France pour un sommet sur la paix. Bien évidemment, ses services de sécurité supplient leurs patrons français de bien le protéger et surtout de bien le cacher. No problème, répondent-ils en chœur.

Comment se fait-il donc qu'il se retrouve dans la souricière de la rue de Rivoli, dans l'hôtel Le Meurice ? Pendant toute la durée de l'assaut de la Brigade Anti-Sardinards, où se trouvent les renforts français ? Pourquoi avoir strictement interdit à la garde rapprochée du président d'utiliser des armes à feu, même non létales ? Autant de questions !

Pour Paul Biya, cette énième agression est le signe de trop que la France ne veut plus de lui, et qu'il doit comprendre qu'il faut quitter. Mais lui ne sait pas faire autre chose, sauf ... présider. Et puis, il leur a tout donné, sous la promesse que ces amis le soutiendraient jusqu'au bout, lui le seul garant de la paix, le représentant de leurs intérêts, celui sans qui c'est la guerre civile... Mais Macron est pressé, Paul Biya est devenue une charge, et il faut s'en débarrasser le plus vite possible.

La longue Humiliation à ParisA Paris, le président est présenté dans son plus mauvais jour. Une entorse au protocole n'aurait tué personne, si Paul Biya était sorti de voiture plus près des escaliers de l'Elysée. Et puis, pourquoi, après avoir constaté tout le mal qu'il avait à se déplacer, pourquoi le laisser là, livré à lui-même devant les escaliers ? Paul Biya exprime d'ailleurs son ras-le-bol en lâchant la main du chef de protocole de Macron pour s'appuyer uniquement sur celle, amie, de son aide. Scène qui n'honore ni Macron le parricide (Il déteste tous les vieux, sauf sa femme. Il a tué Hollande son père), ni Paul Biya le grand-père fatigué.

Le passage devant Ibrahim Mô est forcé, il a juste le temps de se faire préparer un discours. Ibrahim Mô ! Le soutien des libéraux socialistes, prêt à jouer au vertueux, militant en apparence pour une Afrique libre et prospère, mais acoquiné jusqu'à la moelle aux intérêts mondialistes des plus puissants. L'objectif est fixé, c'est clair : la règle du jeu est de ridiculiser Paul Biya un max. Personne ne sera traité de manière aussi cruelle ce jour-là. Kagame l'archétype des tripatouilleurs de constitution sera reçu en héros par ce Mô. Bien Evidemment, il n'avertit pas Paul Biya qu'il parlera anglais, lui qui parle pourtant bien le français, et qui se trouve à Paris. La suite, on le sait. Le regard condescendant, le cours sur l'usage du microphone et de l'écouteur, puis surtout ce malheureux 'do you understand me ?'

Un départ forcéLa France prépare ainsi l'opinion internationale à un départ forcé de Paul Biya. Pour eux, ce dernier est devenu encombrant, infréquentable, et conduit son pays dans un conflit aux conséquences aléatoires. Les cas de la Tunisie ou de l'Egypte sont encore en mémoire, et même au Burkina Faso, la France a eu besoin de la menace terroriste de Boko Haram pour reprendre la main. De justesse.

Dans une Afrique revenue à son antagonisme colonial primaire, où la France est présentée comme l'unique source de tous les malheurs, Macron a besoin de se présenter comme un arbitre acceptable, avant que les joueurs ne décident de quitter le terrain et de le désavouer. D'autre part, l'incapacité des forces armées camerounaises à mater la rébellion anglophone fait planer une possibilité de renversement du régime par une d'une révolution populaire. Enfin, L'arrivée au pouvoir d'une équipe à forte coloration bamiléké serait pour la France le coup de grâce, le pire des malheurs, et sans doute la fin de la Françafrique.

Pourtant, Paul Biya est serviteur naturel de la Françafrique, comme l'indique son ADN. Il a signé tout seul les APE, il vient de bloquer une attribution d'un marché stratégique, pour le réserver à Bolloré... Mais il est devenu encombrant, et il faut changer, trouver un successeur pouvant maintenir le pays sous la domination française. Les candidats sont nombreux, mais il faut de la stabilité.

Les insuffisances du pilote exigent qu'on le change en cours de vol, en gardant la même trajectoire, ou au pire, en la modifiant au minimum.

Paul Biya se méfieIl s'est fait beaucoup d'amis dans l'hexagone, et les ambassadeurs français successifs ont toujours eu auprès de lui une oreille attentive pour la gestion de leurs intérêts privés et leur enrichissement personnel. Après quelques années en poste, ils lui disent tout ce que la France veut cacher. Gilles Thibaut serait d'accord avec nous.

Biya rend le pays ingouvernable sans lui, se mêle de tout ce qui se passe, jusqu'au recrutement des enseignants. Il s'est enfermé dans un bunker administratif, avec son secrétaire général omniprésent. Il frappe tous les successeurs éventuels à travers une arme de destruction massive appelée Tribunal Criminel Spécial. Atanga Nji, un anglophone un temps pressenti par Macron, et qui s'opposait depuis la France via la chaîne de télévision France24 aux instructions du Président Biya exprimées par la voix du premier ministre, fait désormais profil bas, accusé des pires atrocités.

Biya garde la main sur le Haut Commandement militaire, où il a placé ses plus fidèles à TOUS les postes importants et donné tous les avantages financiers imaginables et inimaginables aux mercenaires israéliens qui dépendent directement et uniquement de lui.

Il sait que la France n'attend qu'un faux pas de sa part. Il évite les conflits, rampe si nécessaire, obéit au doigt et à l'œil, mais refuse de démissionner.

Pourtant il sent bien qu'il est perdu. La dernière solution serait de trouver des soutiens locaux qui lui assurent une paisible retraite avec le titre qu'il adore : président en exercice. Mais Est-ce faisable ?

Plusieurs stratégiesPaul Biya se rappelle très bien comment la France a manœuvré pour tromper son prédécesseur Ahidjo et l'installer à sa place. Le pauvre avait été convaincu par des médecins français qu'il devait se reposer absolument, sinon il mourrait. Aussi simple que ça. Quand les blancs parlent aux africains, c'est la vérité...

Donc il ne va pas s'en laisser conter. Il fait attention.

Les développements récents montrent que la France semble disposée à poser un acte fort de destitution et à l'assumer devant son opinion publique, au nom de la démocratie et des droits de l'homme. Iraient-ils jusqu'au meurtre ? Kadhafi ou Gbagbo pesaient bien plus lourd ! La solution la plus simple serait de déclarer Paul Biya défaillant, quitte à le rendre comme tel, et à passer à une période de transition sous la gestion de Niat Njifendji, Président du Senat. Compte tenu de la situation sociale tendue, cette période de transition, sous mandat français, serait alors longue de plusieurs années, le temps pour la France de procéder à plusieurs réglages et à la recomposition du paysage politique camerounais, sans doute une nouvelle période noire de 60 ans.

C'est vrai que Niat+ Njifendji ne sait pas marcher. Mais il rampe merveilleusement bien. Et il le fait mieux que Biya, qui a des sursauts d'amour propre. Niat donnerait les coudées franches à la France, qui procéderait à une recolonisation immédiate du Cameroun.

Et l'armée ?Une inconnue serait l'armée ? Non. L'intervention des français dans les différentes guerres, contre Boko Haram et au NOSO leur donne certainement des raisons de penser qu'ils maîtriseront sans peine une armée démoralisée et embourgeoisée. Et ils n'ont pas tort. Dans un pays où la corruption est généralisée et où l'intimidation est de règle. La menace d'une intervention humanitaire devrait suffire, et Les sanctions de l'UE feront l'affaire.

Paul Biya doit gérer aujourd'hui la plus grosse équation sécuritaire de sa vie. Pour rien au monde, il ne peut pas envisager de démissionner, ayant choisi de mourir au pouvoir. Le chemin de l'exil serait pour lui la pire des fins. Comme son prédécesseur. En attendant, Biya réfléchit et ne pense pas aux siens.

L'opposition devra aller plus vite...

Albin Njilo (Journaliste, Vice-Président du mouvement Agir, Coordinateur national du mouvement C'est le Moment)

Ne ratez pas ce que tout le monde regarde

Plus de: Camer.be

à lire

AllAfrica publie environ 700 articles par jour provenant de plus de 140 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.