Ile Maurice: EDB - Le bilan de François Guibert divise

22 Novembre 2019

On sentait ses jours comptés. L'Economic Development Board (EDB) avait préféré laisser passer l'échéance électorale du 7 novembre avant de décider de son sort.

Finalement, mercredi après-midi, le couperet est tombé pour François Guibert. Il a été informé par le Chairman, Charles Cartier, qu'il n'est plus le Chief Executive Officer (CEO). Il aura une dizaine de jours pour préparer son départ du Cathedral Square. En attendant, Ken Poonoosamy, le Deputy CEO, a été appelé à assurer l'intérim. Le ressortissant français aura coûté à l'organisation plus de Rs 17 millions en 15 mois (salaires, voyages et autres bénéfices). Mais avec quel bilan ?

Le départ d'un CEO entraîne forcément son lot de tristesse pour certains et de joie pour d'autres. Car la nomination de François Guibert, un ressortissant français, le 20 août 2018, à ce poste tant convoité que celui du CEO d'EDB, fruit de la fusion du Board of Investment, de la Financial Services Promotion Authority et d'Enterprise Mauritius, avait suscité de grands espoirs au niveau du gouvernement. Qui s'appuyait sur l'expérience professionnelle du nouveau patron pour piloter cette nouvelle institution et atteindre les objectifs que celle-ci s'était fixés. Soit «d'assurer plus de cohérence et d'efficacité au niveau de la conception et la mise en place des stratégies de développement de l'EDB», comme François Guibert avait lui-même souligné dans un document trois mois après son installation.

Or, les directeurs du Board ainsi que le personnel sont divisés sur un premier bilan du CEO sortant après une quinzaine de mois à la direction de l'EDB. En douze mois, soit d'août 2018 à septembre 2019, François Guibert a effectué 13 missions, qui l'ont emmené en Chine, en Inde, en France, en Angleterre et en Afrique du Sud, et ce, pour participer à des Business Forums. Ce qui a coûté à l'organisation plus de Rs 1,5 million.

Mais avec quels résultats. «Nous avons le sentiment que le CEO sortant n'a pas bien compris son rôle à l'EDB. Il croyait qu'il n'avait comme mission que d'attirer des investissements étrangers. Or, il avait un rôle stratégique beaucoup plus grand, c'est d'agir comme un 'think tank' auprès du gouvernement en réfléchissant en bonne intelligence sur l'orientation et sa stratégie économique.» Or sur cet aspect, il n'a pas ' delivered'», souligne une source proche du conseil d'administration.

D'autres sources expliquent que même au niveau de la promotion industrielle, l'EDB aura été un échec. Car si la fusion est légalement effective, en revanche la synergie découlant des trois entités qui en font partie n'a jamais eu lieu.

C'est le cas pour la défunte Enterprise Mauritius qui avait pour objectif la promotion des produits Made in Mauritius, par le biais d'une stratégie commerciale pour doper les exportations de Maurice. Or, tous les spécialistes diront que les exportations souffrent d'une faible croissance, + 2,6 % estimée en 2019 contre +0,7 % en 2018, selon Statistics Mauritius. Certes, c'est une tendance qui perdure depuis au moins cinq ans. Mais, l'EDB n'a pas été en mesure de relancer les exportations à travers des campagnes de promotion en s'appuyant sur des études de «market intelligence» que l'ex-Enterprise Mauritius effectuait.

Dossiers en souffrance

D'ailleurs, une des principales critiques formulées contre l'EDB est sa stratégie de privilégier des investissements dans l'immobilier, qui ne sont pas productifs et n'ont aucune incidence sur la croissance. Au contraire, ils relancent la spéculation foncière. Sur les Rs 10,6 milliards d'investissements étrangers directs recensés par la Banque de Maurice pour le premier semestre de 2019, le gros, soit au moins 80 %, est injecté dans l'immobilier et le foncier. Le CEO sortant n'a fait qu'emboîter le pas avec des missions qui n'auraient rien rapporté à l'EDB, nous dit-on.

D'ailleurs, explique-t-on à l'EDB, à peine rentré d'une mission, François Guibert préparait déjà la prochaine. Résultat des courses : tous les dossiers étaient en souffrance dans son bureau alors même qu'il avait fait comprendre que toutes les décisions devraient passer par lui. Une situation qui aurait mis les clients d'EDB en colère.

Certes, il ne faut pas charger François Guibert de tous les péchés d'Israël. S'il y a un domaine où il s'est investi personnellement avec son équipe c'est l'assouplissement du cadre bureaucratique pour faciliter le business aux opérateurs. «Donnez- lui au moins le crédit d'avoir aidé à améliorer le classement de Maurice en termes de 'Ease of Doing Business'», concede-t- on dans les milieux proches du board. En effet, Maurice est passé de la 20e place à la 13e dans ce classement de la Banque mondiale.

Pour le moment, la nomination du successeur de François Guibert n'est pas encore sur le tapis. Mais, l'EDB ne devrait pas avoir de difficulté pour en trouver un, car la liste des nominés est visiblement longue après la victoire de l'Alliance Morisien.

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