Ile Maurice: Neeraj Umanee - «La bilan des banques démontre que le secteur financier est robuste»

22 Novembre 2019
interview

Quelle analyse portez-vous sur la performance des sociétés listées opérant dans le secteur financier ?

Si on prend le blue-chip qu'est la Mauritius Commercial Bank (MCB), le groupe a déclaré une hausse de 13,4 % de son «noninterest income» ainsi qu'une croissance de 18, 9 % de son profit attribuable aux actionnaires. Ainsi, on peut noter que le groupe puise le gros de ses revenus de ses opérations étrangères (segment B), majoritairement liées aux activités de «trade finance» de MCB Ltd en Afrique, soit essentiellement le financement du commerce des matières premières énergétiques.

Parallèlement, on note une hausse de 13, 6 % de son portefeuille de dépôts. Cela, malgré une baisse du taux d'épargne de la banque liée à la baisse du taux directeur. Cette hausse provient principalement des comptes en devises étrangères. Même tendance baissière pour des prêts déployés (7,7 %) soutenus. Notamment aux Petites et moyennes entreprises (PME) en leur offrant des taux préférentiels sur les crédits ainsi qu'aux opérateurs engagés dans le «trade finance» de la banque, devenue depuis l'année dernière le moteur du groupe et sa principale source de croissance.

Autre fait à signaler : le prêt de 800 millions de dollars contracté par la banque durant la période précédente afin d'élargir sa base de financement et en mobilisant des devises étrangères pour soutenir ses activités. Résultat des courses : une croissance de 50 % au niveau de l'item «other borrowed funds» et un «Loans to funding base ratio» se situant à 61, 4 %, soit quasiment au même niveau que la période précédente.

Il y a en revanche le ratio «loans to deposits» qui a baissé ?

Il a connu une baisse, passant de 75,2 % à 71,2 %, marqué par la plus forte croissance en termes de dépôts comparativement à celle des prêts. Le taux de «Non-Performing Loans» (NPL) a enregistré par ailleurs une légère baisse par rapport à la même période l'an dernier, démontrant ainsi une amélioration de la qualité des prêts. L'«Earnings per Share» du groupe a atteint dans la foulée Rs 10,60 alors que l'action est cotée à Rs 306,25, représentant un trailing P/E de 7.4, pour un rendement des dividendes estimé à 4,2 %. Du coup, nous maintenons notre recommandation d'achat sur cette valeur bancaire.

Et quid de la State Bank of Mauritius ?

En ce qui concerne la State Bank of Mauritius (SBM), le trimestre se terminant au 30 septembre 2019 ne peut pas être comparé aux mêmes bases que le troisième trimestre de 2018. Cela en raison du fait que ce trimestre comprend des items exceptionnels de Rs 204 millions liés à la cyber-attaque intervenue en 2018 et qui visait sa filiale indienne. Nous notons qu'un montant avoisinant Rs170 m a déjà été récupéré à la date de publication de ces résultats.

De plus, le trimestre se terminant le 30 septembre 2018 comprenait des «fair value gains» d'environ Rs 1 milliard sur l'ensemble des actifs et des passifs relatifs à la Chase Bank. Ce qui a stimulé le «Non-interest income » de la banque.

Quant au «Interest Income», il a augmenté de 23 % pour s'établir à Rs 2, 7 milliards en raison du rendement des titres de placement. Pour ce qui est des frais d'intérêt, ils ont augmenté de 31,7 % principalement en raison de la croissance des dépôts provenant de leurs activités au Kenya. Ce qui a entraîné une augmentation du «Net Interest Income».

Le résultat opérationnel («Operating Income») a pour sa part été affecté par la baisse du «Non-Interest Income. Le ratio de coût des revenus pour ce trimestre est passé à 71,3 % (2018 : 49,2 %) dû aux frais d'intérêts plus élevés et un profit opérationnel plus faible. L'«Earnings Per Share» pour le trimestre se situe à Rs 10,1 pour le trimestre (2018 : Rs 48,7).

Il est évident que pour avoir une meilleure vision de SBMH, il faudrait mettre fin à ces cas exceptionnels. Toujours est-il que la banque continue d'être une action attrayante pour l'investisseur à la recherche de dividendes depuis qu'elle a commencé à déclarer des dividendes de Re 0,10 par trimestre. Au prix actuel, le rendement prévu des dividendes pour l'année complète est d'environ 6,9 %. Du coup, nous maintenons notre recommandation d'accumulation sur la valeur boursière.

L'autre valeur financière listée est la Mauritius Union Assurance (MUA) qui a aussi publié ses résultats financiers. Comment se présentent les fondamentaux de cet assureur ?

La MUA a enregistré une hausse de 3 % au niveau du revenu brut tiré de ses primes et une croissance de son chiffre d'affaires de 27 % atteignant Rs 266 millions (Rs 210 millions en 2018). La grosse part de son chiffre d'affaires provient des opérations locales de l'assureur avec une légère hausse au niveau de l'assurance-vie qui contribue jusqu'à 26 % au chiffre d'affaires. Aussi, on note une plus forte contribution des filiales africaines à hauteur de 24 % (23 % en 2018).

Au niveau des passifs à long terme, une croissance notable peut être notée, passant de Rs 404 millions au 31 décembre 2018 à Rs 707 millions au 30 septembre 2019. Cette hausse est liée à la récente levée de fonds de l'assureur au moyen d'obligations à taux variable.

L'action est cotée à Rs 84, en se basant sur un trailing EPS de 8,04. Le ratio cours-bénéfice (Price Earning Ratio) est actuellement de 10.4. À ce prix, nous recommandons cette valeur boursière aux investisseurs.

En même temps, il y a les faibles taux d'intérêt pratiqués par les institutions financières qui n'attirent plus les investisseurs ?

Certainement. Le paysage financier a été marqué dernièrement par la baisse de 15 points de base sur le taux directeur. Ce qui a eu pour conséquence, une baisse des taux d'intérêt sur les comptes d'épargne. Implications directes : les investisseurs y sont de moins en moins attirés pour des placements car, pour un niveau de risque équivalent, ils peuvent avoir accès à des bons du trésor sur les marchés secondaires, avec un taux de rendement avoisinant les 3 % (1 year TBill). Cette hausse des taux sur les bons du trésor vise à éponger l'excès de liquidités sur le marché, ayant atteint Rs 12,8 milliards au troisième trimestre de 2019, selon la Banque de Maurice (Rs 11,2 milliards au deuxième trimestre 2019).

Nous notons aussi, par rapport aux banques, la consolidation des revenus liés aux activités locales et internationales. Le taux d'imposition a, lui, connu un changement, les revenus provenant des activités étrangères sont maintenant imposables à la même hauteur que le chiffre d'affaires lié aux activités locales. Les activités étrangères étaient autrefois plus profitables pour les banques en raison de leur faible taux d'imposition, soit de 3 % contre 15 % pour les activités domestiques.

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